Machiavel

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  • Publié le : 22 mai 2012
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1. Notes rapides sur la politique de Machiavel1
Le caractère fondamental du Prince, c'est de ne pas être un exposé systématique, mais un livre « vivant », où
l'idéologie politique et la science politique se fondent dans la forme dramatique du « mythe ». Entre l'utopie et le traité
scolastique, formes sous lesquelles se présentait la science politique jusqu'à lui, Machiavel, donna à saconception la
forme imaginative et artistique, grâce à laquelle l'élément doctrinal et rationnel se trouve incarné dans un condottiere,
qui représente sous un aspect plastique et « anthropomorphique » le symbole de la « volonté collective ». Le processus
de formation d'une volonté collective déterminée., qui a un but politique déterminé, est représenté non pas à travers de
savantes recherches et depédantes classifications des principes et des critères d'une méthode d'action, mais dans les
qualités, les traits caractéristiques, les devoirs, les nécessités d'une personne concrète, ce qui fait travailler l'imagination
artistique du lecteur qu'on veut convaincre et donne une forme plus concrète aux passions politiques.
Le Prince de Machiavel pourrait être étudié comme une illustrationhistorique du « mythe » sorélien, c'est-à-dire
d'une idéologie politique qui se présente non pas comme une froide utopie ou une argumentation doctrinaire, mais
comme la création d'une imagination concrète qui opère sur un peuple dispersé et pulvérisé pour y susciter et y
organiser une volonté collective. Le caractère utopique du Prince réside dans le fait que le Prince n'existait pas dans la
réalitéhistorique, ne se présentait pas au peuple italien avec des caractères d'immédiateté objective, mais était une pure
abstraction doctrinaire, le symbole du chef, du condottiere idéal ; c'est par un mouvement dramatique de grand effet que
les éléments passionnels, mythiques, contenus dans ce petit volume, se résument et prennent vie dans la conclusion,
dans l' « invocation » adressée à un prince, «réellement existant ». Dans son livre, Machiavel expose comment doit être
le prince qui veut conduire un peuple à la fondation du nouvel État, et l'exposé est mené avec une rigueur logique, avec
un détachement scientifique ; dans la conclusion, Machiavel lui-même se fait peuple, se confond avec le peuple, mais
non avec un peuple au sens « générique », mais avec le peuple que Machiavel aconvaincu par l'exposé qui précède, un
peuple dont il devient, dont il se sent la conscience et l'expression, dont il sent l'identité avec lui-même : il semble que
tout le travail « logique » ne soit qu'une réflexion du peuple sur lui-même, un raisonnement intérieur, qui se fait dans la
conscience populaire et qui trouve sa conclusion dans un cri passionné, immédiat. La passion, de raisonnement surellemême,
redevient « mouvement affectif », fièvre, fanatisme d'action. Voilà pourquoi l'épilogue du Prince n'est pas
quelque chose d'extrinsèque, de « plaqué » de l'extérieur, de rhétorique, mais doit être expliqué comme un élément
nécessaire de l'oeuvre, mieux, comme l'élément qui éclaire sous son vrai jour l'oeuvre tout entière, et en fait une sorte de
« manifeste politique ».
On peut iciessayer de comprendre comment Sorel, partant de l'idéologie-mythe2, n'est pas arrivé à la
compréhension du parti politique et s'est arrêté à la conception du syndicat professionnel. Il est vrai que pour Sorel, le
« mythe » ne trouvait pas son expression la meilleure dans le syndicat en tant qu'organisation d'une volonté collective,
mais dans l'action du syndicat et d'une volonté collective déjàopérante, action pratique dont la réalisation maximale
aurait dû être la grève générale, c'est-à-dire une « attitude passive », pour ainsi dire, de caractère négatif et préliminaire
(le caractère positif n'est donné que par l'accord réalisé dans les volontés associées), activité qui ne prévoit pas une
phase véritablement « active et constructive ». Chez Sorel, donc, se combattaient deux...