Premier principe des corps

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  • Publié le : 15 mars 2010
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Personne n'ignore que les Philosophes entendent par le mot d'Elemens les premiers principes materiels de tous les corps qui composent ce vaste Univers. Nous apprenons de Plutarque, qu'entre les anciens Philosophes il y en avoit qui distinguoient les Principes (αρχαὶ) des Ele[ page ]mens, (ϛοιχεῖα) pretendant que les principes ne sont ni composés ni produits, au lieu que les elemens sont des êtrescomposés. Mais comme les Philosophes tant anciencs que modernes sont extrémement partagés sur la doctrine des Principes, j'ai crû qu'il etoit à propos, & même necessaire à mon but, d'exposer en peu de mots, ce que les uns & les autres ont pensé sur cette matiere. Il sera facile de juger aprés cela si les divers sentimens qu'ils ont proposes, & les experiences qu'ils ont faites, peuvent être dequelque utilité pour lever, au moins en partie, ce voile epais qui couvre non seulement l'interieur, mais encore l'ecorce & la superficie de tous les corps.

Nous ne savons presque rien de la Philosophie des Chaldéens, & en particulier de leurs principes sur les elemens. Diogene Laërce, dans la préface de son ouvrage[1], nous apprend, qu'ils s'appliquoient à l'Astronomie & aux prédictions. Ilajoute au même endroit, que les Mages, qui etoient proprement les Philosophes de Perse, vaquoient au culte des Dieux & lui offroient de prieres & des sacrifices, comme s'ils etoient les seuls dont les Dieux acceptassent le culte ; ils enseignoient aussi plusieurs choses de l'essence & de la génération des Dieux, qui selon leur doctrine etoient composés de feu, de terre & d'eau.

On voit aussi dansla Chronique de Syncelle, qu'un celebre Mage nommé Berose, qui etoit Pretre de Belus à Babilone, avoit dit, en parlant de l'origine & de la production du monde, qu'il y avoit eu un tems, où l'eau & les tenebres faisoient le tout, dans lequel toute sorte d'animaux avoient pris naissance. Si l'on peut ajouter foi à ce que Philon de Biblis prétendoit avoir traduit des Ouvrages de SanchoniatonPhilosophe Phénicien[2], ces peuples assignoient [ page ]pour principe de toutes choses un air ténébreux & plein d'esprits, ou le souffle d'un air ténébreux & un chaos confus & environné de ténébres. Il vint ensuite un tems, dit-il, où l'esprit commença à devenir amoureux de ses propres principes & à se mêler avec eux. Cette union fut appellé désir, & c'est la le principe, ou la creation de toutes choses.L'esprit ne connoissoit pas sa propre production, & de cette conjonction de l'esprit se forma Mot, que quelques uns disent être le Limon, & d'autres la putrefaction d'une mixtion aqueuse, d'où viennent les semences de toutes les creatures, & la generation de tous les corps &c. Mais il faut en verité avoir perdu le sens comun, pour chercher un principe actif & une substance formatrice jusques dansle limon.

Les anciens Perses ont suivi les Dogmes de leur premier Philosophe Zardusht, auquel les Grecs donnerent longtems aprés le nom de Zoroastre. Ils tenoient le feu pour principe de toutes choses, prétendant qu'il est doüé d'une raison & d'une intelligence plus pure, à proportion qu'il tire vers la source de la lumiere. Ils appèlloient ce principe Oromazes, & donnoient le nom d'Arimanesaux ténébres qui lui sont opposées. Entre les deux principes, ils plaçoient un médiateur, une divinité mitoyenne, qu'ils appelloient Mesites, ou Mithra, & dont l'office etoit de diriger les deux autres dans la production des choses.

Il est bien difficile de developer les veritables sentimens des Egyptiens sur les Elemens. Les Pretres, uniques dépositaires, des Arts & des Sciences, avoient trouvéle secret de les cacher si bien sous le voile de leurs Hieroglyphes, que le veritable sens de leurs dogmes a toujours été un enigme, non seulement pour le peuple, mais encore pour le Philosophes de tous les Siecles. Diogene Laërce cite[3] sur cet article les Livres de Manethon & d'Hecatée qui sont [ page ]perdus, ajoutant seulement en deux mots : φασχειν τε ἆρχην μἑν ἔιναι τὴν ὕλην, ἔιτα τὰ...
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