Propos sur le bonheur

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  • Publié le : 3 janvier 2011
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Né à Dantzig (aujourd’hui Gdansk), il passe ses jeunes années à Hambourg. Après le suicide de son père, personne austère et malade, il suit sa mère Johanna à Weimar où, amie de Goethe*, elle deviendra une romancière renommée de son temps. Cette femme mondaine récolte d’ailleurs plus de succès littéraire qu’Arthur, dont les œuvres susciteront peu d’intérêt de son vivant. Mère et fils nes’entendant pas pour des raisons d’héritage et de train de vie, dès 1814, ils rompront définitivement leurs relations. Ayant obtenu un poste de privatdozent à l’université de Berlin en 1820, Schopenhauer voue une haine féroce à Hegel dont il déteste la personnalité autant que la philosophie. «En effet, tout sépare ces deux philosophes. Pour Hegel, la philosophie est l’esprit de réconciliation, poussé par lebesoin de se sentir chez soi dans le monde. Pour Schopenhauer, en revanche, elle est la discipline du regard désabusé, tenant à distance un monde inhospitalier» (C. Larmore, «Schopenhauer», dans M. Canto-Sperber (dir.), Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, p. 1357). En 1831, il quitte Berlin pour Francfort où il consacrera ses trente dernières années à l’écriture philosophique. Sonchef-d’œuvre, Le monde comme volonté et comme représentation (1818), influencera des penseurs comme Nietzsche*, Burckhardt, Freud*, Jaspers et Wittgenstein. Il enchantera des écrivains comme Thomas Mann et des compositeurs comme Richard Wagner. Ses Aphorismes sur la sagesse dans la vie (1851), la seule œuvre qui lui apporta une certaine popularité durant sa vie, ne représente sa pensée que de façonapproximative. Par un certain souci de plaire à ses lecteurs, il y suppose que l’on peut s’accommoder de la vie, même s’il ne faut pas en attendre beaucoup, tandis que, dans ses œuvres majeures, il estime que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. La mort tragique de son père, l’échec de sa vie familiale et de sa carrière universitaire ont sans doute exercé une influence sur sa conceptionpessimiste de l’existence. Cependant, ses fréquentations de la spiritualité monacale dans le bouddhisme* et chez Arnaud Jean Le Bouthillier de Rancé, réformateur de la Trappe, ont donné un grand souffle à sa pensée.
Guy de Maupassant exagère à peine «l’irrésistible ironie du philosophe allemand» et son influence ineffaçable sur sa génération en France, lorsqu’il écrit dans Contes et nouvelles:«Schopenhauer a marqué l’humanité du sceau de son dédain et de son désenchantement. Jouisseur désabusé, il a renversé les croyances, les espoirs, les poésies, les chimères, détruit les aspirations, ravagé la confiance des âmes, tué l’amour, abattu le culte idéal de la femme, crevé les illusions des cœurs, accompli la plus gigantesque besogne de sceptique qui n’a jamais été faite. Il a tout traversé de samoquerie, et tout vidé. Et aujourd’hui, même ceux qui l’exècrent semblent porter, malgré eux, en leurs esprits, des parcelles de sa pensée» (Paris, Gallimard, «La Pléiade», p. 727-731). «La vie est une si triste affaire, écrit-il, que j’ai décidé de la passer en y réfléchissant.» Dans la nature brute, nous reconnaissons déjà un effort continu, sans but, sans repos, mais les bêtes et les humains sontdévorés par une soif inextinguible. Vouloir, s’efforcer, voilà tout leur être. «Or tout vouloir a pour principe un besoin, un manque, donc une douleur» et, de tous les êtres, les humains sont les plus assiégés de besoins. La vie humaine est donc la plus douloureuse forme de vie, car elle «oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui». Pour la plupart, «la vie n’estqu’un combat perpétuel pour l’existence même, avec la certitude d’être enfin vaincu. Et ce qui leur fait endurer cette lutte avec ses angoisses, ce n’est pas tant l’amour de la vie que la peur de la mort.» Paradoxalement, la fuite de la mort soutient notre désir de vivre et, dès que le besoin et la souffrance nous accordent quelque répit, l’ennui s’installe. On ne sait plus quoi faire de son...
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