Proust le roman moderne

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  • Publié le : 27 novembre 2009
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PROUST ET LE ROMAN MODERNE

L’objectif de ce cours est de montrer le renouvellement apporté dans les 30 premières années du siècle par l’œuvre de Proust, plus précisément par son roman A la recherche du temps perdu (7 volumes, 1913-1926). On peut dire en effet qu’il y a un avant et après Proust dans le roman français. Quelle est la mesure de ce renouvellement ? A quoi Proust s’oppose-t-il ?Pourquoi est-il si important dans l’histoire littéraire ?

I. Le roman Belle Epoque

Cette appellation est anachronique évidemment, puisque, comme on l’a vu précédemment, l’expression Belle Epoque est une invention de l’après-guerre. Sous ce titre, on aimerait simplement dresser ici un état des lieux de la littérature romanesque vers 1910. Pour saisir la nouveauté proustienne, il importe eneffet de voir ce qu’il a changé.
Le roman est devenu le genre dominant à cette époque ; il a remplacé la poésie au panthéon des genres. Mais le foisonnement qui en résulte peut dérouter : on parle alors de roman d’art (pour des romans très cultivés), romans féminins, romans d’amour, romans catholiques, romans de l’enfance, romans fantaisistes, etc. On s’y perd un peu… comme à toutes les époques.Et, comme à toutes les époques ( ?), une bonne partie de la littérature d’alors est médiocre : les vrais créateurs (ceux que nous considérons aujourd’hui comme tels) sont alors difficiles à voir, ils publient peu ou dans de petites revues introuvables ; c’est le cas de Proust, de Gide, de Valéry. Et de bien d’autres.
Essayons de dessiner les grandes lignes de ce qu’on trouve en matière de romanen France vers 1910.

- Roman provincial:
On peut regrouper sous ce label (qu’on appellerait aujourd’hui régionaliste) toute une littérature « de terroir », qui se développe dans la plupart des régions françaises : par exemple en Bretagne avec Anatole Le Braz (1859-1926) ou Charles Le Goffic (1863-1932). Ces romans sont assez largement oubliés aujourd’hui, mais ont été très lus.

- Romanpopulaire:
Le genre est né au XIX° siècle avec le développement de la presse et du feuilleton. Il est toujours présent dans la production littéraire du XX°, mais sa qualité est en baisse : on ne trouve plus l’équivalent d’Eugène Sue, d’Alexandre Dumas, de Jules Verne, etc. En revanche, comme le roman provincial, il se caractérise par d’importants tirages.
Le début du XX° voit cependant l’apparitionde héros populaires, qui passeront dans l’inconscient collectif : les plus connus sont Arsène Lupin (Maurice Leblanc, 1864-1925), Rouletabille et Chéri-Bibi (Gaston Leroux, 1868-1927), Pardaillan (Michel Zévaco, 1860-1918), et bien sûr Fantomas, créé par Marcel Allain (1874-1914) & Pierre Souvestre (1885-1969) ; le duo publiera 32 volumes entre 1911 et 1913, Souvestre continuant tout seul aprèsla mort d’Allain (11 volumes de 1919 à 1948).

Fantomas a laissé des traces dans la littérature (et le cinéma) dès cette époque (cf. poèmes de Max Jacob, de Cendrars). Mais plus généralement, on sous-estime souvent l’influence de cette littérature populaire sur de nombreux écrivains qui ont fait ensuite tout autre chose. Un seul exemple, un peu inattendu : dans son autobiographie Les mots(1964), Jean-Paul Sartre (pas vraiment un auteur de romans populaires !) avoue sa nostalgie pour les romans de Zévaco et le personnage de Pardaillan. Il n’est pas le seul ; on trouverait des échos chez bien d’autres (Céline, Queneau).

- Avatars du naturalisme:
Le roman du début du XX° est très marqué, comment s’en étonner, par le courant naturaliste. Mais ce courant va être peu à peu infléchi. Ons’en aperçoit dès la fin du XIX°, avec l’ Enquête sur l’évolution littéraire, conduite par le journaliste Jules Huret, et publiée en 1891 (elle a été rééditée depuis). Des conversations avec de très nombreux écrivains, il ressort que le naturalisme a perdu du terrain, bien que le modèle zolien demeure. La plupart des critiques adressées au naturalisme portent sur le mauvais goût, le débraillé,...
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