Psy economie

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L’économie psychique de l’addiction par Joyce MCDOUGALL
| Presses Universitaires de France | Revue française de psychanalyse 2004/2 - Volume 68
ISSN 0035-2942 | ISBN 2130544347 | pages 511 à 527

Pour citer cet article : — McDougall J., L’économiepsychique de l’addiction, Revue française de psychanalyse 2004/2, Volume 68, p. 511527.

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L’économie psychique de l’addiction
Joyce MCDOUGALL

J’aimerais commencer ma conceptualisation de l’économie psychique de l’addiction par l’étude du mot « addiction » lui-même parce que sa signification illumine d’une certaine façon ma perspective quant à l’économie psychique qui sous-tend les comportements addictifs. Comme nous le savons, le terme « addiction » vient du latinaddictus qui se réfère à une coutume ancienne par laquelle un individu était donné en esclavage. Lors de mes premiers écrits sur le sujet (qui datent maintenant de quarante ans), j’ai consulté mon dictionnaire anglais-français afin d’y trouver la traduction française du terme, et j’ai découvert que le seul mot auquel il est fait allusion était « toxicomanie ». Le propos de cette digressionétymologique est de démontrer que, du point de vue de l’ « économie psychique », la terminologie française me suggérait que celle-ci est fondée sur le désir de se faire du mal, alors que la terminologie anglo-saxonne transmet l’impression que le sujet addicté est l’esclave d’une seule solution pour échapper à la douleur mentale.

QU’EST-CE QUE L’ADDICTION ?

Étymologiquement, même si le mot « addiction» se réfère à un état d’esclavage, telle n’est évidemment pas la visée originelle du sujet qui est l’esclave de son objet – que cet objet soit le tabac, l’alcool, la nourriture, les opiacés ou le sexe. Au contraire, l’objet d’addiction est investi de qualités bénéfiques, voire de l’amour : objet de plaisir à saisir à tout moment pour atténuer des états affectifs autrement vécus comme intolérables.En tant que tel,
Rev. franç. Psychanal., 2/2004

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Joyce McDougall

cet objet est perçu, du moins dans un premier temps, comme bon ; à l’extrême, comme ce qui donne sens à la vie. L’économie addictive vise la décharge rapide de toute tension psychique, que sa source soit extérieure ou intérieure. De plus, cette tension n’est pas uniquement fonction d’états affectifs pénibles ; il peuts’agir également d’états excitants ou agréables. En fait, un appel psychique est transformé dans l’esprit de l’addicté qui le traduit comme un besoin somatique. C’est en cela que la solution addictive devient une solution somato-psychique au stress mental. Il faut peut-être souligner, en passant, l’étendue des conduites de fuite addictives chez tout un chacun. Quand des événements internes ouexternes dépassent notre capacité habituelle de contenir et d’élaborer les conflits, nous avons tous tendance à manger, boire, fumer, plus qu’à l’ordinaire, à prendre des médicaments, à la recherche d’un état d’oubli provisoire, ou bien à nous jeter dans des relations, sexuelles ou autres, avec la même visée. Ainsi, cette économie psychique ne devient problème que dans le cas où elle est quasiment...
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