Religion

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  • Publié le : 3 juin 2012
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Psychologies : Pouvons-nous vraiment choisir le cours de notre existence ?
Dominique Miller : Choisir notre vie ? La psychanalyse le propose. Elle suggère de repérer les obstacles récurrents qui se dressent systématiquement devant nous à chaque fois que nous essayons d’être en accord avec nos désirs.
Robert Misrahi : « Résistances », « obstacles »… La psychanalyse part du principe que noussommes malades ! Et si nous commencions par considérer un individu qui aille bien ? Un individu qui puisse se dire : « Si je ne veux pas le faire, je peux ne pas le faire » ? Je pense que nous sommes tout-puissants. Nous sommes totalement libres de choisir notre vie et d’accéder par là au bonheur.
Si nous pouvons choisir, alors pourquoi faisons-nous si souvent notre malheur ?
R.M. : Nous fabriquonssouvent notre propre malheur en prenant de mauvaises décisions, dictées par ce que je nomme notre « conscience spontanée » : un état ignorant, déchiré, dans lequel des désirs primaires nous agitent et nous gouvernent. Ces désirs confus, aveugles, sont des désirs de possession, de pouvoir, de jouissance, qui ne tiennent absolument pas compte de la réalité du monde et ne peuvent pas être assouvissans nuire à autrui ou à nous-même. Pour caricaturer, la « conscience spontanée », c’est un peu l’illusion du « je peux faire n’importe quoi ». Mais ce n’est pas l’inconscient, auquel je ne crois pas…
D.M. : Les « mauvais » choix que nous faisons sont généralement liés à un événement essentiel de notre histoire qui, souvent, se rencontre dans notre enfance. Cet événement obscur est parfois raconté,parfois tu; il peut être massif (la mort d’un être cher liée à notre naissance, la séparation de nos parents…), ou apparaître anodin (un accident vécu ou vu, une humiliation à l’école, une colère parentale, etc.). Il marque profondément sans qu’on le sache. Il fait tellement vérité pour nous qu’il pèse sur nos décisions dans les moments cruciaux de notre vie (choix amoureux, orientationsprofessionnelles…). Il a une telle influence inconsciente qu’il contribue à nourrir, voire à causer, ce qu’en psychanalyse nous appelons un « symptôme ». Des exemples : ne pas pouvoir parler en public ou prendre le métro, être la proie de crises de panique, se trouver embarrassé lors d’une rencontre amoureuse, ou bloqué à l’idée d’avoir un enfant, ou encore ne pas pouvoir s’empêcher de trop manger ou detrop fumer, et enfin se mettre dans une position insatiable de demande d’amour… À cause de lui, nous nous mettons systématiquement en « excès » ou en « déficit » par rapport à notre désir, tout en ayant l’impression d’un « c’est plus fort que moi ! »
Si nous cédions moins à nos pulsions ou si nous étions plus « éveillés », nous pourrions donc faire des choix qui permettent d’accéder au bonheur ?D.M. : La psychanalyse pense que nos désirs ne peuvent jamais être comblés. Nous voulons un certain nombre de choses que nous ne pouvons pas obtenir. Nous avons l’idée qu’il y a des raisons sociales à cela; mais nous ignorons qu’il existe des raisons intérieures, structurales. Car nous nous construisons à partir d’un défaut, d’un manque, non pas à partir de la réflexion ou d’une « planification »d’objectifs à remplir. En revanche, nous pouvons, par la psychanalyse ou par certaines circonstances, apprendre à nous accommoder de cette faille, au point d’en tirer parti. Prenons le cas d’une personne passionnée par la photographie, mais qui échoue dans cette voie qu’elle a choisie. Je ne pense pas qu’on l’aidera en lui conseillant de suivre telle ou telle formation, de postuler dans tel ou telendroit… Je pense qu’il faudrait plutôt l’amener à interroger sa passion : pourquoi est-elle fascinée par l’image ? Pourquoi cela la mobilise-t-elle ? Pourquoi veut-elle persister alors qu’elle ne parvient pas à percer ?
R.M. : Je ne suis pas du tout d’accord avec cette idée que le bonheur est inaccessible. Quand nous rencontrons des obstacles, quand nous avons la sensation d’être bloqués, il...
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