Rousseau

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  • Publié le : 4 décembre 2011
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J’étais seul, je m’enfonçai dans les anfractuosités( Anfractuosité : creux) de la montagne, et de bois en bois, de roche
en roche, je parvins à un réduit si caché que je n’ai vu de ma vie un aspect plus sauvage. De noirs sapins entremêlés de hêtres prodigieux, dont plusieurs tombés de vieillesse et entrelacés les uns dans les autres, fermaient ce réduit de barrières impénétrables ; quelquesintervalles que laissait cette sombre enceinte n’offraient au-delà que des roches coupées à pic et d’horribles précipices que je n’osais regarder qu’en me couchant sur le ventre. Le duc, la chevêche et l’orfraie( duc, chevêche, et orfraie : noms d’oiseaux) faisaient entendre leurs cris dans les fentes de la montagne, quelques petits oiseaux rares mais familiers tempéraient cependant l’horreur de cettesolitude. Là je trouvai la Dentaire heptaphyllos, le Ciclamen, le Nidus avis, le grand Lacerpitium et quelques autres plantes qui me charmèrent et m’amusèrent longtemps. Mais insensiblement dominé par la forte impression des objets( objets : ici, tout ce qui frappe le regard), j’oubliai la botanique et les plantes, je m’assis sur des oreillers de Lycopodium et de mousses, et je me mis à rêverplus à mon aise en pensant que j’étais là dans un refuge ignoré de tout l’univers où les persécuteurs ne me déterreraient pas. Un mouvement d’orgueil se mêla bientôt à cette rêverie. Je me comparais à ces grands voyageurs qui découvrent une île déserte, et je me disais avec complaisance : sans doute je suis le premier mortel qui ait pénétré jusqu’ici ; je me regardais presque comme un autre Colomb.Tandis que je me pavanais( se pavaner : ici, être fier et satisfait) dans cette idée, j’entendis un peu plus loin de moi un certain cliquetis que je crus reconnaître ; j’écoute : le même bruit se répète et se multiplie. Surpris et curieux, je me lève, je perce à travers un fourré de broussailles du côté d’où venait le bruit, et dans une combe( combe : vallée encadrée par des escarpements), à vingtpas du lieu même où je croyais être parvenu le premier j’aperçois une manufacture( manufacture : grande fabrique, établissement industriel utilisant surtout le travail à la main

BREVET BLANC|Série : Collège|District Aulnay/Tremblay|Page : 1/7|

) de bas.

Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire

PREMIERE PARTIE
QUESTIONS (15 points)

Un paysage

1.Quel est le tempsqui domine le début du texte jusqu’à « solitude » (l.8) ? Justifiez son emploi. (1/2 point)
2.a- Entre les lignes 1 à 6, relevez six adjectifs qualificatifs ou participes employés comme adjectifs. (1/2 point)
b- « un réduit si caché que je n’ai vu de ma vie un aspect plus sauvage. » : Quelle est la figure de style employée dans cet ensemble ? Appuyez votre réponse sur l’observation deséléments soulignés. (1/2 point)
c- En tenant compte de vos réponses précédentes, définissez l’atmosphère ainsi créée. (1 point)
3.a- « oreillers » (l. 11), « mousses » et « aise » (l.12) : quelle sensation évoque l’ensemble de ces trois termes? (1/2 point)
b- Donnez un mot de la même famille que « réduit » (l. 4). Déduisez-en le sens de ce nom. (1 point)
c- En tenant compte de vos réponsesprécédentes, dites quel nouvel aspect de la nature apparaît ici. (1 point)
4. Quel est le point de vue (ou focalisation) adopté(e) dans cette description ? (1 point)

Une rêverie
5. « J’oubliai », « je m’assis », « je me mis à rêver »(l.11 et 12) : en quoi ces verbes marquent-ils un changement d’attitude du personnage ? Quelle conjonction de subordination annonce ce changement ? (1 point)6.a- Qu’est-ce qui est à l’origine de la rêverie de Rousseau ? (1/2 point)
b- Que traduit l’adverbe « insensiblement » (l. 10)? (1/2 point)
7.a- Expliquez la formation du verbe « déterrer » (l.13). Puis donnez le sens de l’expression :
« les persécuteurs ne me déterreraient pas » (l.13) (1 point)
b. Quel rôle est ainsi...
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