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  • Publié le : 4 avril 2011
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La réédition dans la collection Quadrige est toujours une consécration pour un ouvrage de sciences humaines contemporain, et en effet, l’ouvrage tiré de la thèse de doctorat de Serge Paugam peut être déjà considéré comme un classique de la sociologie de l’exclusion. L’auteur cherche avant tout à construire un objet sociologique rigoureux qui puisse rompre avec les « prénotions » du sens commun, àpropos de la pauvreté. Ainsi, il concentre son travail sur les rapports entre les « exclus » et les services sociaux qui les prennent en charge. L’approche n’est donc pas « objective », mais résolument « compréhensive » : l’enquête de terrain, fondée sur des entretiens approfondis, et réalisée dans une cité de Saint-Brieuc, cherche à reconstituer les expériences individuelles et collectives despopulations touchées par la « disqualification sociale », qui place ces individus dans un « statut social spécifique, inférieur et dévalorisé, marquant profondément l’identité de ceux qui en font l’expérience ». L’auteur construit par la suite une typologie de trois grands types de populations (les fragiles, les assistés, les marginaux), associés à sept types d’expériences possibles.

L’auteurrappelle au début de l’ouvrage que ce sujet souffre de l’opposition stérile entre deux approches : une approche « populiste » prônant l’autonomie des populations exclues, par des pratiques, des représentations, et des valeurs distinctes de la société globale ; et une approche « misérabiliste » faisant reposer sur la société extérieure la responsabilité entière de l’exclusion. Afin de dépasser ceclivage, Serge Paugam s’intéresse avant tout aux relations entre les individus en difficulté d’insertion économique et sociale, et les interventions dont ils font l’objet. L’enquête consiste dans des entretiens approfondis auprès de soixante-dix personnes connues des services sociaux, au cours desquels sont abordées leurs trajectoires résidentielle, socioprofessionnelle, familiale, les relations dansla cité, la vie quotidienne. Ces entretiens sont complétés par une enquête auprès de ménages aidés par le centre communal d’aide sociale. À travers cette enquête de terrain complète et très classique (qui pourrait servir de modèle à tout sociologue débutant), l’auteur aboutit à une série de sept expériences « idéal-typiques », c’est-à-dire modélisées, construites théoriquement, qui (l’auteurinsiste bien sur ce point) ne sauraient être confondues avec la réalité. L’enjeu de ces expériences de la précarité porte sur la construction de l’identité par ces personnes, et la négociation de leur statut.

On peut d’abord repérer les « fragiles », qui connaissent un éloignement de la sphère du travail, mais peuvent espérer une réinsertion : il s’agit d’un « apprentissage » de ladisqualification, qui peut être vécu dans l’angoisse (« fragilité intériorisée ») ou conjuré par une attitude volontaire et pragmatique (« fragilité négociée »). Les services sociaux sont utilisés ponctuellement, mais encore mis à distance. Dans une situation plus difficile (dans la troisième édition de son ouvrage, l’auteur parlera d’une succession d’étapes, en réalité, plutôt qu’une superposition), lesbénéficiaires de l’action sociale en deviennent dépendants : ils adoptent le statut et la « carrière morale » des « assistés » : assistance « différée », « installée » ou « revendiquée », selon la motivation au retour au travail, le degré de dépendance et la relation aux services sociaux. Enfin, dans un troisième temps, les « marginaux » ne peuvent plus guère espérer une réinsertion économique ou sociale,ils sont dans une situation d’ « infra-assistance » et n’ont plus qu’à « résister au stigmate », à travers les attitudes de « marginalité conjurée » (avec une attitude de résistance à la disqualification, même si le changement de comportement et d’identité paraît inévitable) ou bien de « marginalité organisée » (avec la rationalisation de la vie quotidienne d’exclu, et la recherche d’espaces...
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