Universalisme/ relativisme

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  • Publié le : 7 avril 2010
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Notre réflexion s'achève ainsi non sur une certitude, mais sur une difficulté. Il n'est pas aisé en effet d'éviter un double écueil, dans notre rapport aux autres civilisations : celui de l'ethnocentrisme, qui en vient rapidement à penser la civilisation au singulier, et celui du relativisme, qui, lui, réussit à prendre en compte les différences culturelles, mais s'avère incapable de les référerà une norme universelle. Or, le sens de la relativité des cultures et de leur égale valeur ne doit pas conduire à un relativisme intégral, ni à l'abandon de valeurs universelles, que sont aujourd'hui la démocratie politique, les libertés démocratiques, les droits de l'homme. Les civilisations, de fait, n'échappent pas à l'histoire universelle, à une histoire toujours plus mondiale. Même cellesqui croient trouver momentanément refuge dans la tradition (culturelle ou religieuse) n'y pourront longtemps échapper, ni non plus éluder indéfiniment le dialogue fécond de la tradition et de la modernité. « Voilà le paradoxe : comment se moderniser, et retourner aux sources ? Comment réveiller une vieille culture endormie et entrer dans la civilisation de l'universel ? » demandait Paul Ricoeuravant même la fin de la décolonisation. Ces questions se posent aujourd'hui avec la même acuité. C'est même le grand défi du début du troisième millénaire.
l’Occident, qui a colonisé le monde durant plus de trois siècles, peut-il légitimement imposer ses conceptions universalistes à la terre entière?
Il existe d’incontestables arguments en faveur de la thèse qui propose d’infléchir la portéedes droits de l’homme en fonction de la situation géographique ou de l’appartenance religieuse (droits de l’homme africain, asiatique ou musulman, par exemple).
Le principal est l’écart entre l’éthique des droits de l’homme et le spectacle de la violation des droits dans pratiquement tous les pays du monde, «entre, comme le notait lucidement Norberto Bobbio, un pays et un autre, entre une raceet une autre, entre les puissants et les faibles, entre les riches et les pauvres, entre les majorités et les minorités, entre les violents et les résignés». Faut-il pour autant considérer que la philosophie des droits de l’homme est irrémédiablement pervertie par son origine et, dès lors, l’adapter en fonction des caractéristiques culturelles des peuples auxquels elle s’adresse?
A la racinede l’universalisme des droits de l’homme, on trouve l’idée, exprimée par Herder en 1785, selon laquelle «quelle que soit la variété des formes humaines, il n’y a sur toute la surface de la terre qu’une seule et même espèce d’hommes». A l’opposé, l’invariant du racisme, qu’il soit ordinaire ou savant, est la contestation de l’unité du genre humain. On ne peut donc imaginer opposition plus tranchéeentre une théorisation qui ne peut être comprise sans la référence à l’homme en général, abstraction faite de ses enracinements particuliers, et une «pensée» qui ne perçoit et reconnaît que le divers.
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Ainsi la déclaration finale de la Conférence mondiale des droits de l’Homme, organisée par les Nations Unies à Vienne en 1993, affirme certes que les droits de l’Hommesont universels, mais elle s’empresse d’ajouter qu’il «convient de ne pas perdre de vue l’importance des particularismes nationaux et régionaux et la diversité historique, culturelle et religieuse». Derrière la description des différences se profile trop souvent la conclusion qu’il est en réalité impossible de les surmonter. Les tentatives de régionalisation des droits (dès Bogota en 1948) sontlégion. On insistera sur le tournant représenté par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée par l’OUA en 1981, charte qui «met en avant l’équilibre entre l’individu et le groupe auquel il appartient».
Dans le monde réel, un universalisme conséquent doit ainsi être fondé sur le pari que la communication est possible, malgré la pluralité des codes et en dépit de nos...
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