la grammaire

Pages: 63 (15661 mots) Publié le: 14 août 2014
III) Le sujet et autrui

A) Définition de « autrui »

Pour étudier les rapports du sujet à autrui, nous prendrons appui sur la définition sartrienne : autrui, c’est « ce moi qui n’est pas moi et que je ne suis pas ». Autrui est donc un sujet, un « moi », mais c’est un moi distinct et différent de moi (un autre que moi). Il est à la fois mon semblable, et mon Autre. Nous verrons au cours denotre raisonnement qu’il peut être intéressant de « tordre » un peu cette définition de Sartre pour inclure dans le domaine de l’altérité tout ce qui, en moi, n’est pas « Moi » ; « l’Autre en moi » (qu’il vaut mieux désigner par cette formule, pour éviter les amalgames), c’est ce qui en moi excède les limites du « Moi ».

B) Autrui et moi

1) Autrui, support de la conscience

Pour Sartre, lerapport entre moi et autrui est d’abord un rapport de soi à soi, comme l’indique l’analyse du regard de l’autre. Regarder les autres de l’autre, ce n’est pas (sauf pour l’ophtalmologiste) regarder ses yeux, c’est le regarder « dans » les yeux. En d’autres termes, regarder autrui dans les yeux, ce n’est pas percevoir ses yeux, mais son regard ; et ce regard ne « court-circuite » pas seulement laperception des yeux, il évacue aussi la perception de tous les autres objets. Lorsque je regarde autrui dans les yeux, je ne « vois » plus rien d’autre. Mais alors qu’est-ce que je « vois » quand je regarde le regard de l’autre ? Un regard, ce n’est pas une « chose », un objet dont je pourrais étudier la taille ou la couleur. Pour Sartre, ce que je « vois » lorsque je regarde autrui qui me regarde,c’est que je suis vu. La perception du regard de l’autre est donc moins du registre de la perception, que de l’ordre de la conscience : face au regard d’autrui, je prends conscience d’être regardé. Ce à quoi me renvoie le regard d’autrui, c’est à moi-même : je suis vu.
Mais justement ; pour Sartre, en prenant conscience qu’autrui me voit, je ne reconnais pas seulement que je suis vu. Car autruime voit tel que je ne peux jamais me voir, moi : il me voit « de l’extérieur », comme une chose qui s’offre à son regard. Et c’est parce qu’autrui me regarde que je peux moi-même me voir comme lui me voit, c'est-à-dire comme un objet.
Pour Sartre, cela apparaît notamment lorsqu’autrui porte sur moi un jugement moral. En l’absence d’autrui, je ne « me » vois pas : je regarde le monde, je regardeles autres, je regarde ma voisine en train de se déshabiller devant sa fenêtre. Au moment où je la regarde, je suis tout absorbé par ma perception, je ne « me » vois pas, moi, en train de regarder ma voisine à son insu. Mais si je m’aperçois soudainement que quelqu’un est en train de me regarder, que quelqu’un me voit, que je suis vu en train de me livrer à cette pratique voyeuriste (et trèscondamnable), d’un coup j’accède à cette vision de moi-même qui est la sienne ; je « me » vois, caché derrière ma fenêtre, et j’ai honte. La honte ne désigne pas ici le fait de se dire « flûte, il sait » : c’est bien une émotion qui vient du regard que je porte sur moi-même. Avoir honte, c’est avoir honte de soi, se sentir coupable. On voit donc dans cet exemple en quoi le regard de l’autre conditionnela possibilité, pour moi, de porter un regard sur moi-même, et donc de porter un jugement moral sur moi-même. En d’autres termes, si autrui est déjà le support de la conscience de soi, il est par la même occasion le support de la conscience morale. C’est parce que je suis vu que je peux « me voir », au sens que cette expression possède dans la formule « mon pauvre vieux, si tu te voyais », ou «tu t’es vu quand t’as bu ». L’idée de Sartre est précisément parce qu’autrui me regarde que je peux ainsi me voir.
A titre d’illustration, on peut indiquer que, pour Sartre, un individu qui se trouverait soustrait à tout regard d’autrui aurait peu de chance de maintenir durablement une conscience morale, ou même une conscience esthétique. S’il n’y a plus personne pour me poser comme objet d’un...
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