Le poète, l’autre et la cité

Pages: 11 (2736 mots) Publié le: 2 janvier 2012
A la lecture d’Alcools de Guillaume Apollinaire, de Discours, derniers vers de Pierre de Ronsard, du Spleen de Paris de Charles Baudelaire et de Sagesse de Paul Verlaine, des points communs peuvent être dégagés. Evidemment, ces quatre ouvrages sont des ouvrages poétiques, à cela près que le Spleen de Paris est écrit en prose. Ce qui ne le distingue pour autant pas tant que ça des trois autres.Par ailleurs, bien que Discours, derniers vers fut publié en 1586, soit près de trois siècles avant Baudelaire, les ouvrages d’Apollinaire, de Baudelaire et de Verlaine sont contemporains les uns par rapport aux autres (ils datent de 1869 pour Baudelaire à 1913 pour Apollinaire –Sagesse datant de 1880), n’ayant que quarante quatre ans d’écart. Ainsi, alors que la « violente nostalgie », selon lestermes de D. Poirel, pourrait peut-être plus se ressembler pour les trois auteurs de la fin du XIXème-début du XXème, elle serait de tout autre ordre pour Ronsard ; c’est ce que l’étude des œuvres nous révèlera. Pour l’heure nous nous contenterons de nous demander si le poète a bel et bien une « violente nostalgie d’un ailleurs ou d’un jadis indéfinissable » ou pas. Evoquant d’abord la possibilitéque cette affirmation ne soit basée que sur la vie du poète en dehors de son œuvre, nous poursuivrons par essayer de démontrer que cette affirmation n’est vraie que pour un poète uniquement par rapport à son œuvre de poète ; avant de constater qu’elle ne prend toute sa signification lorsque la vie du poète se mêle véritablement à son œuvre et vice-versa.

Lorsque l’on s’intéresse de près ou mêmede loin à la biographie de chacun de ces quatre auteurs, on se rend bien vite compte que chacune d’elles fut mouvementée. Il suffirait ensuite de chercher l’élément de la vie de chacun d’eux pourrait être à l’origine d’un jadis ou d’un ailleurs. Et lorsque l’on s’essaie à ce petit exercice, on se rend aussi bien vite compte que cela marche à tous les coups ! Apollinaire fut épris de plusieursfemmes : Annie Playden, une gouvernante anglaise qu’il rencontra quand il était précepteur dans une famille anglaise mais qui n’eut de cesse de l’éconduire ; Louise de Coligny-Châtillon, qu’il rencontra à Nice et dont il reste une très belle correspondance poétique (« Lettres à Lou ») mais que ne fut jamais amoureuse de lui, ce qu’elle lui fit savoir quand il était dans les tranchées en 1915, etMadeleine Pagès, qu’il rencontre dans un train en 1915 à laquelle il parviendra tout de même à se fiancer quelques temps après, encore au début de la guerre et dont il ne pourra pas véritablement « profiter » (en mourant quasiment le jour de l’armistice, le 9 Novembre 1918). L’énoncé des ces amours révèle une vie amoureuse plus que tumultueuse, Apollinaire n’ayant jamais réussi à être aimé comme ill’aurait souhaité, ou les circonstances jouant fortement en sa défaveur lorsque ce fut le cas, le titre d’un de ses poèmes le montre d’ailleurs clairement puisque La Chanson du mal aimé fut écrit lorsque Annie Playden partit pour l’Amérique. Apollinaire pourrait donc ainsi être à la poursuite de l’être aimé et surtout de l’être aimant, qu’il n’aura pas réellement connu, Madeleine Pagès arrivant troisans avant sa mort. Il serait ainsi peut-être moins à la recherche d’un jadis que d’un ailleurs. Ou alors d’un jadis suspendu : il aurait arrêté le moment où il rendait de régulières visites à Annie Playden –elle ne serait jamais partie pour l’Amérique–, il aurait suspendu les quelques moments passés avec Louise à Nice pour ne jamais la quitter pour le front…
Dans un tout autre registre, CharlesBaudelaire nous présente le cas de quelqu’un qui serait à la constante recherche d’un « ailleurs ici-même ». Baudelaire a passé presque toute sa vie à Paris. Mais sa vision de poète de la ville est partagée. Il éprouve pour Paris deux aspirations: une fascination profonde, attractive, séduisante car séductrice, mais aussi une sensation d'étouffement, une éternelle insatisfaction - chère au...
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