99 Francs

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Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder est un écrivain français né à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) en 1965 dans une famille aisée ; sa mère est traductrice, son père chasseur de têtes. Il étudie aux lycées Montaigne et Louis-le-Grand à Paris puis sort diplômé de Sciences Po Paris en 1987, section service public, avant d’obtenir un DESS en marketing à l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (CELSA). En 1990 il devient concepteur-rédacteur pour des agences de publicité, et il officie en parallèle comme critique littéraire ou chroniqueur pour divers magazines.

 

Sa carrière littéraire commence en 1990 à vingt-cinq ans alors que paraît chez Grasset, où il publiera tous ses romans dès lors, Mémoires d’un jeune homme dérangé, livre dans lequel son alter ego, Marc Marronnier, un jeune homme de bonne famille, mène une vie alcoolisée dans un Paris en fête, au gré de virées avec les copains ou de ses diverses amours. Le jeune auteur s’y essaie à l’humour – multipliant les jeux de mots – et au sarcasme. Le livre, accumulant légèreté et lourdeurs, sans grande prétention littéraire, annonce déjà ce qui plaît ou agace chez le personnage Beigbeder, entre la folie douce et la désinvolture.

Vacances dans le coma remet en scène l’anti-héros Marronnier en 1994, toujours fêtard et en quête de partenaires sexuelles, cette fois au cours d’une nuit d’orgie quelque peu psychédélique lors de l’inauguration des Chiottes, nouveau club à la mode. On a pu reprocher à l’œuvre de paraître aussi vide que les conversations des « people » du Paris branché, inventés ou non, qu’elle contient, plutôt que d’en constituer une dénonciation. L’auteur, également publicitaire, se montre toujours en quête de la formule qui frappe, au prix que l’effort se sente et que le soupçon d’une certaine complaisance se forme dans l’esprit du lecteur. Ceux favorables à son style en notent la modernité, relèvent la fidélité des portraits, témoignages éthologiques d’une certaine faune, et apprécie les références littéraires, ici à Patrick Süskind ou Brett Easton Ellis, dont Beigbeder est un grand admirateur, Jean-Baptiste Grenouille et Patrick Bateman figurant sur la liste des invités. Toujours en 1994, Frédéric Beigbeder crée le prix de Flore dont il devient le président du jury, lequel est composé de journalistes qui récompensent un auteur jugé prometteur. Il crée le prix Sade en 2001 qui distingue « un authentique libéral » dont l’œuvre défait « les carcans de la littérature comme ceux de la politique ».

Dans L’Amour dure trois ans en 1997 Frédéric Beigbeder livre une réflexion, toujours à travers son même alter ego, autour de la passion et du sentiment amoureux, se demandant si tendresse et passion sont deux sentiments profondément différents, ou simplement l’avers et le revers d’une même médaille que l’on peut choisir de retourner après s’être épuisé dans des aventures éphémères pourvoyeuses, certes, d’une puissante impression de vivre, mais qui ne nourrissent peut-être pas en profondeur.

Avec un premier essai dans le genre de la nouvelle avec Barbie en 1998, Frédéric Beigbeder publie Nouvelles sous ecstasy chez Gallimard en 1999, où il analyse les effets de cette drogue popularisée dans les années 1980 dans divers contextes festifs. Le ton varie beaucoup d’une histoire à l’autre et l’auteur fait preuve d’un regard toujours désabusé et lucide à la fois sur la société.

En 2000 Frédéric Beigbeder publie un très grand succès de librairie qui sera adapté en film en 2007 par Jan Kounen, 99 francs. Un nouvel alter ego de l’auteur y apparaît sous les traits d’Octave, un concepteur-rédacteur trentenaire, qui déverse une longue diatribe contre l’univers qui l’a nourri jusqu’ici, comptant à la fois dénoncer le système de la publicité et se faire licencier par l’agence qui l’emploie. La forme du récit se distingue par des intermèdes publicitaires inventés sous la forme de scénarios. Le ton se veut insolent et cynique, le publicitaire est plus que jamais toutes voiles dehors avec ses slogans chocs. L’œuvre fonctionne alors comme un traité déjanté du marketing et du consommateur manipulé pour les nuls. L’auteur est effectivement licencié de l’agence pub Young & Rubicam peu après la publication du livre.

Dernier inventaire avant liquidation répertorie en 2001 cinquante œuvres du XXe siècle sélectionnées par un panel de Français à l’occasion d’un sondage – œuvres que commente l’auteur, de Proust à Goscinny en passant par Hemingway, Sagan, Kafka, Soljenitsyne ou Gide, et où surnagent des œuvres adaptées au cinéma. Le XXe siècle littéraire y apparaît dans son disparate, entre livres légers et ceux dénonçant la barbarie qui l’a caractérisé. Entre anecdotes, contextes resitués et extraits, l’auteur désacralise des chefs-d’œuvre en les présentant comme proches de la vie et du monde deslecteurs.

Windows on the World est le titre du cinquième roman de Beigbeder et le nom du restaurant qui se trouvait au 107e étage de la tour nord du World Trade Center. On retrouve un auteur loin des provocations qui déroule ici des pensées personnelles et entremêle des considérations sur l’existence à l’histoire fictionnelle de Carthew, un père divorcé piégé dans ce restaurant entre 8 h 45 et 10 h 29, le 11 septembre 2001, avec ses deux fils auxquels il tente de dissimuler son angoisse. L’œuvre vaut à l’auteur le prix Interallié.

Dans Au secours pardon en 2007 on retrouve Octave, quadragénaire cynique à Moscou ; son nouveau métier est de dénicher pour une marque de cosmétiques un nouveau mannequin d’envergure internationale. Parmi les femmes qu’il rencontre, Lena, quatorze ans à peine, se distingue. L’œuvre illustre le pouvoir de l’argent et la dictature de la beauté, à travers, à nouveau, une ribambelle de bons mots.

En 2009 Un roman français surprend une partie de la critique : il s’agit d’un Beigbeder sur un mode mineur, qui ressemble davantage à de la « vraie littérature », au point qu’on lui attribue le prix Renaudot. Si l’œuvre porte le nom de « roman », l’on sait que l’auteur a été arrêté par la police, puis a passé une nuit en cellule après avoir été pris en train de sniffer de la cocaïne sur le capot d’une voiture, nuit pendant laquelle il aurait procédé à un long retour sur sa vie qu’il met en scène dans cette œuvre en parallèle à l’histoire de France. Alors que certains y voient d’abord un sens de l’autodérision très poussé, d’autres y perçoivent un égocentrisme délirant et des parallèles indécents qui auraient à voir avec une manipulation de publicitaire. C’est en tout cas une œuvre au ton souvent intimiste, poétique parfois, qui évoque abondamment de grands auteurs et se veut en outre une dénonciation de l’arbitraire du système judiciaire.

 

Irritant pour certains, touchant et spontané pour d’autres dans ses attitudes de sale gosse, lucide sur certains aspects du monde contemporain, Frédéric Beigbeder est rapidement devenu un visage original et bien identifiable du monde des lettres françaises, comme Amélie Nothomb. Chacun de ses livres, largement commenté et relayé par la presse, se vend très bien, au point qu’on a pu reprocher au battage médiatique qui entoure des œuvres souvent jugées mineures de faire oublier les ouvrages d’autres auteurs qui ne bénéficient pas de la même aura médiatique.

 

 

« La littérature m’apparaît de plus en plus comme une maladie, un virus étrange qui vous sépare des autres et vous pousse à accomplir des choses insensées (comme de s’enfermer pendant des heures avec du papier au lieu de faire l’amour avec des êtres à la peau douce). Il y a là un mystère que je ne percerai peut-être jamais. Que cherchons-nous dans les livres ? Notre vie ne nous suffit donc pas ? On ne nous aime pas assez ? Nos parents, nos enfants, nos amis et ce Dieu dont on nous parle ne sont pas assez présents dans notre existence ? Que propose la littérature que le reste ne propose pas ? »

 

Frédéric Beigbeder, Dernier inventaire avant liquidation, 2001

 

« Vous êtes les produits d’une époque. Non. Trop facile d’incriminer l’époque. Vous êtes des produits tout court. La mondialisation ne s’intéressant plus aux hommes, il vous fallait devenir des produits pour que la société s’intéresse à vous. Le capitalisme transforme les gens en yaourts périssables, drogués au Spectacle, c’est à dire dressés pour écraser leur prochain. Pour vous licencier, il suffira de faire glisser votre nom sur l’écran jusqu’à la corbeille, puis de sélectionner “vider la corbeille”. »

 

Frédéric Beigbeder, 99 francs, 2000

 

« L’amour est une catastrophe magnifique : savoir que l’on fonce dans un mur et accélérer quand même ; courir à sa perte, le sourire aux lèvres ; attendre avec curiosité le moment où cela va foirer. L’amour est la seule déception programmée, le seul malheur prévisible dont on redemande. »

 

Frédéric Beigbeder, L’Amour dure trois ans, 1997

 

« Je fuis celle qui me plaît, j’ai peur de ce qui m’attire, j’évite celle qui m’aime, je drague celles qui s’en foutent. »

 

Frédéric Beigbeder, L’Égoïste romantique, 2005

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