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Une vision cynique et outrée de la société de consommation

Pour Beigbeder, la société de consommation est prête à nous faire avaler tout et n’importe quoi tant que cela rapporte : que ce soit du gavage de nourriture ou du gavage intellectuel, tout est bon à prendre, peu importent les conséquences. Dans les premières pages du roman, l’auteur fait une liste affligeante des horreurs que nous sommes prêts à avaler : poulets transgéniques, vaches folles, poissons gavés… Le tout sans prêter attention à toutes les maladies qui se profilent, qui nous rongent à petit feu : « Autrefois les poulets mettaient trois mois à être adultes ; aujourd’hui entre l’œuf et le poulet vendu en hypermarché s’écoulent seulement 42 jours dans des conditions atroces […] Les vaches laitières sont nourries avec du fourrage ensilé qui fermente et leur donne des cirrhoses. […] Les manipulations génétiques introduisent du poulet dans la pomme de terre, […] de l’homme dans la tomate. Parallèlement, de plus en plus de trentenaires attrapent des cancers du rein, de l’utérus, du sein ». Il en va de même pour les appareils électriques : autrefois ils étaient réputés pour leur résistance ; aujourd’hui un lave-vaisselle ne tient pas plus d’un an. Quand des progrès deviennent possibles pour améliorer la qualité de vie des machines, ils sont automatiquement cachés. En effet, quel intérêt pour des commerçants ? Une machine qui ne tombe pas en panne freine la consommation. Ce qu’il faut, c’est pousser à acheter plus, toujours plus. L’auteur reproche à ceux de son métier de fermer les yeux sur cette évidence, de ne pas chercher à ralentir cette surconsommation mais de l’encourager. Lui a voulu mettre des barrières et on l’a empêché de parler : « Tu seras prié de fermer les yeux et de garder tes états d’âme par-devers toi. »

Selon l’auteur, la société de consommation indique que penser et comment penser : sa plus grande force est de nous faire croire que nous sommes libres, mais nous ne sommes que des pantins : « Vous croyez que vous avez votre libre arbitre, mais un jour ou l’autre, vous allez reconnaître mon produit dans le rayonnage d’un supermarché, et vous l’achèterez ». Sous couvert de vouloir nous faire du bien, Beigbeder accuse cette société-là de nous séquestrer, de nous réduire à suivre les chemins de raisonnements tout tracés, de nous conduire à nous comporter comme des moutons.

Sa vison est très cynique parce que son regard ne peut être objectif. Ayant réellement travaillé dans la publicité et derrière les caméras, l’auteur connaît les processus et vices de la falsification d’images. Cependant, à force d’être plongé en son sein, il est probable qu’il ait été conduit à en faire une représentation outrée, de par l’aigreur que la fréquentation d’un tel milieu a dû nourrir, et la détestation de soi afférente perceptible dans l’œuvre. Le publicitaire est présenté comme tout puissant quand le téléspectateur semble avoir peu accès à un sens critique : « Votre désir est le résultat d’un investissement qui se chiffre en milliards d’euros. C’est moi qui décide aujourd’hui ce que vous allez vouloir demain. » L’œuvre, néanmoins, aura sans doute participé, au tournant du siècle, à réveiller une conscience endormie chez quelques-uns.

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