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L'univers impitoyable de la publicité

Dans la description que l’auteur fait du monde de la publicité, l’image qui en ressort est à peu près celle-ci : « Marche ou crève ». Dans ce monde, pas le droit à la faille, la pression est immense. Il faut vendre à tout prix, vendre quoi qu’il en coûte. C’est pour cela qu’au fur et à mesure du temps, les pubs deviennent de plus en plus nulles, insipides. Une publicité jugée trop peu drôle, mal jouée ? Ce sont des milliers de produits qui ne partent pas. Derrière chaque mauvaise pub se cache une bonne idée : c’est un peu le message que nous passe l’auteur. Il explique pourquoi les pubs sont si mauvaises ; au départ, elles sont drôles, bien tournées, innovantes, puis elles passent dans les mains d’un, de deux, trois professionnels qui en changent chacun un bout, ce qui ne donne à la fin qu’une « bouse ». Les publicitaires créent des pubs grotesques où ils ne se mouillent pas trop : le public est pris pour un imbécile et le travail des publicitaires est réduit à néant.

Par ailleurs, personne n’ose contredire ses supérieurs : que leur idée soit nulle ou leurs remarques déplacées, tout le monde acquiesce et rit à gorge déployée à leurs blagues. La peur de se voir congédié ou raillé est grande. C’est ainsi que le réalisateur choisi pour filmer la nouvelle pub Maigrelette est un homme qui dit « oui » à tous les projets et se laisse marcher sur les pieds en souriant. Le monde de la pub semble marcher à coup de courbettes et d’hypocrisie, ce dont tout le monde paraît conscient.

Beigbeder aborde également les délais trop courts : « – Mais il nous faut trois semaines de délai. Silence à l’autre bout du sans-fil. – Vous êtes cinglés les gars ? Je dois leur représenter quelque chose la semaine prochaine ! ». Il est impératif de respecter les échéances sous peine de se voir retirer le produit à promouvoir et de perdre des clients. L’expression « le temps c’est de l’argent » est ici parfaitement appropriée. Il faut avoir l’idée, la réaliser dans un budget restreint, le plus vite possible, et faire mouche auprès du téléspectateur.

Pour finir, les ravages d’une telle pression sont manifestes : Octave, comme ses autres collègues, se drogue pour se détendre, oublier, il joue à l’homme bête et décontracté mais son travail le ronge : « Dès que tu es déprimé, c’est-à-dire tout le temps, tu te payes une séance d’ultra-violets. » Deux de ses amis en meurent : Marronnier se suicide en se laissant couler et Charly se tranche les veines. Un événement qui bascule, une pression trop forte et c’est l’élément déclencheur. L’auteur imagine un retour aux sources où il n’existerait ni publicités, ni télévisions et où la vie serait faite de bonheurs simples, mais à ses yeux c’est une utopie.

L’auteur dresse donc un portrait à l’acide du monde de la publicité, qui a de quoi effrayer, ou plutôt dégoûter lecteur. Il faut néanmoins nuancer des propos volontairement provocateurs et moqueurs et qui cherchent à marquer les esprits. De plus, l’auteur aussi a des impératifs de vente et l’œuvre révèle en son sein même ses propres procédés : un livre vulgaire et choquant marque plus qu’un livre mielleux, tout dans la nuance.

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