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Un roman satirique : le culte de l’image, l’injonction au bonheur

À travers ses propos crus et durs, Beigbeder mène une analyse poussée de la société, de son mode de fonctionnement et de nos réactions de consommateurs. Au fil du texte est montré à quel point la société cherche la perfection : il faut être mince, intelligent, beau, « cool ». Il n’y a pas de temps pour les plaisirs simples, l’ennui est une preuve d’échec, il faut être actif tout le temps. Le bonheur a une image : la richesse. Plus le salaire est gros, plus on peut s’acheter de choses et plus on est heureux. Or l’auteur prouve à travers le personnage d’Octave combien cette image est faussée et surfaite. Avec un salaire conséquent de 13 000 euros par mois, Octave est incapable d’être heureux : il se drogue pour oublier, fait appel à des prostituées ou se masturbe de manière acharnée pour pallier son manque d’amour, et il doit jouer les hypocrites en permanence car il est incapable de s’affirmer. Les gens qui l’entourent ne sont pas des amis à qui il peut se confier : son image doit toujours être reluisante, il ne peut donc pas se plaindre de choses importantes, expliquer ses problèmes, compter sur eux. Chaque geste, chaque parole est transmise, décortiquée et jugée par tous ceux qui sont autour de lui. Il se doit de coller à son image de bonheur perpétuel. C’est la société qui pousse à un tel comportement car si le malheur n’était pas un tel tabou, la vie serait probablement plus facile à vivre.

L’image que la télévision et les médias nous renvoient sans cesse est complètement fausse, assène l’œuvre tout du long. Les vidéos sont tournées sous des angles avantageux, les images toutes retouchées, les acteurs entraînés à transpirer le bonheur. Il n’y a pas de problème de poids, de famine, etc. L’image des films ou des publicités est édulcorée pour donner à chacun une sensation de bien-être possible – sauf qu’elle n’offre qu’une seule image possible du bonheur, qui finit par faire penser que si notre vie, notre corps, notre famille ne ressemble pas à l’image imposée, alors nous n’allons pas si bien que cela. Dans les magazines, femmes et hommes sont toujours jeunes, en pleine forme, bien habillés : « Tout le monde doit avoir 16 ans pour toujours. Il faut être beau, jeune, sportif, bronzé, souriant et en rythme. S’éclater, d’accord, mais obéissant et discipliné sous le soleil. »

Ces personnes à travers l’écran du marketing ne semblent pas connaître les problèmes de cœur, le chômage ou encore la fatigue de la journée de travail. À force de les voir nous souhaitons connaître cet état de joie permanente et tentons de ressembler aux modèles proposés. Mais ces gens n’existant pas, nous nous confrontons à une insatisfaction perpétuelle : nous vivons dans la frustration de ne pas avoir quelque chose au lieu de profiter de ce que nous avons déjà. Ces images trafiquées sont grandement critiquées par l’auteur : « Ciel toujours bleu, nanas jamais moches, un bonheur parfait, retouché sur Photoshop. […] Vous faire baver, tel est mon sacerdoce. Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas. ».

En grossissant les défauts de notre société, Beigbeder dresse une véritable satire de la consommation, des publicités et de la population en général. Cette exagération peut prêter à sourire parfois, mais elle cache malgré tout un véritable mal-être qui mérite une remise en question selon l’auteur. Le lecteur est amené à reconsidérer sa façon d’acheter et sa vision des images qu’on lui présente. À travers son livre, l’auteur assène quelques évidences perdues dans un tourbillon d’images et d’objets de consommation pour certains : la perfection n’existe pas, il n’est pas nécessaire de se fixer comme objectifs le bonheur ou la beauté que l’on voit dans les pubs ; l’important est de se trouver bien selon ses propres standards et non pas selon des normes éloignées de soi et irréalistes.

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