A l’ombre des jeunes filles en fleurs

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Albertine et le narrateur : un jeu d'attraction et de répulsion

La relation entre Albertine et le narrateur, et les sentiments que voue celui-ci à cette jeune fille sont ambigus et teintés de soupçons. Il est fait mention de la jeune fille de manière détournée dans la première partie de l’œuvre, mais c'est à Balbec que le narrateur va faire sa connaissance.

Lorsque qu'il aperçoit la bande des jeunes filles pour la première fois, il leur porte un désir confus et indifférentié. Ce désir se fixe ensuite sur Albertine, qu'il n'identifie d'abord que par le polo noir qu'elle porte, supposant à juste titre qu'elle s'appelle Simonet. C'est le peintre Elstir qui va permettre leur rencontre.

Albertine, loin des regards des adultes, laisse libre cours à son caractère rude et fait mention de son antisémitisme. Le narrateur, confronté au remplacement de l'Albertine fantasmée par la vraie, continue à ressentir du désir pour cette fille spéciale : mettant un grand soin dans son apparence, elle se passionne de peinture mais n'a guère d'intérêt pour la musique. Elle lui présente Gisèle mais est vite agacée par l'intérêt manifeste du narrateur pour celle-ci, ce qui peut être interprété comme une forme implicite de jalousie. Passant de plus en plus de temps au sein de la bande, le narrateur en vient à préférer Andrée à Albertine, même si cette dernière continue d'être l'objet de ses désirs. Sans doute est-ce là un calcul pour rendre Albertine jalouse et susciter son intérêt.

Le narrateur, ne sachant si les sentiments qu'il nourrit à l'égard d'Albertine sont partagés, croit avoir une chance de connaître une relation lorsque celle-ci lui donne un message sur lequel sont écrits ces simples mots « Je vous aime bien ». Ce message, ni vraiment explicite ni vraiment décisif, laisse le narrateur en proie au doute.

Lors d'une partie de furet, son cœur tranche définitivement en faveur de la jeune fille et c'est celle-ci qui reçoit désormais toutes ses pensées et rêves d'amour. Il croit tenir sa chance quand Albertine lui demande de le rejoindre, un soir, seul, dans sa chambre d'hôtel. Croyant pouvoir interpréter cette invitation comme un signal favorable, le narrateur est décontenancé quand la jeune fille se refuse au baiser qu'il veut lui donner. Ses espoirs balayés, le narrateur décide de détourner son affection d'Albertine. Les relations spéciales que celle-ci entretient avec des hommes fortunés ou de pouvoir laissent planer le doute sur sa vertu dans l'esprit du narrateur. La saison prend fin bientôt, et les jeunes filles quittent Balbec, laissant le narrateur comme il est venu, seul, et ne lui ayant jamais permis de percer à jour le mystère de l'insaisissable Albertine, pour qui les sentiments qu'il éprouve oscillent entre les pôles contraires mais complémentaires de l'attraction et de la répulsion, toujours sous le signe de la fascination.

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