A l’ombre des jeunes filles en fleurs

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Résumé

Autour de Mme Swann

 

Dans le Paris de la fin du XIXe siècle, le narrateur, encore adolescent, fait part au lecteur de ses observations et de son ressenti. D’une santé fragile, il est toujours à la merci d’un refroidissement qui tournerait en crise d’asthme fatale. Il est de plus, à tous égards, d’une sensibilité exacerbée. Dans sa famille issue de la haute bourgeoisie, il grandit entouré de l’affection étouffante mais pourtant chérie de sa mère, de sa grand-mère, et même de son père qui lui voue une rude tendresse. Dans ce tome, il assiste pour la première fois à une représentation théâtrale, véritable aventure qu’il prépare comme un expédition : il va voir la Berna, illustre tragédienne, coqueluche des gazettes, dans le rôle de Phèdre qu’il connaît bien. Il s’attend à être transporté par le ton que la diva mettra sur les mots, leur insufflant vie et l’emmenant au plus haut du plaisir. Aussi est-il fort étonné de ne pas trouver le sublime au rendez-vous : le décalage entre ses attentes et la réalité est patent, décalage d’autant plus étonnant qu’il est le seul à ne pas être au diapason de l’extase convenue : on est venu entendre la Berma, on se doit d’être transporté.

Il a peine à évoquer ce ressenti devant M. de Norpois, diplomate ami de son père que la famille reçoit le soir de la représentation. Norpois, homme digne, estimé, assène ses sentences avec une bienveillance calculée et distante, auréolé par le prestige de sa carrière. Quand l’adolescent ose évoquer devant lui ses propres ambitions littéraires, c’est avec condescendance que M. de Norpois lui répond, écornant au passage l’image que le narrateur se fait de son écrivain préféré, Bergotte. Mais ce dîner est aussi l’occasion d’évoquer le ménage Swann. Charles Swann, de confession israélite, est un mondain de haute volée, reçu dans les cercles les plus fermés de Paris ; sa religion n’est pas encore un grand obstacle : l’affaire Dreyfus n’a pas encore éclaté. Le narrateur admire Swann, bien qu’il ait épousé Odette de Crécy, une cocotte que ne reçoivent pas les milieux fréquentés par Swann. En effet, dans cette haute-bourgeoisie qui se pique quasiment d’aristocratie, les seules activités qui vaillent sont recevoir et paraître. Peu importe au jeune homme : il rêve d’être introduit chez les Swann.

Quand sa santé le lui permet, il va jouer aux Champs-Élysées avec Gilberte, la fille des Swann, qu’il a connue en vacances à Combray. Les deux jeunes gens se livrent à des jeux ambigus, à des étreintes enfantines qui mènent parfois l’adolescent jusqu’à l’extase physique. Quand Gilberte lui apprend que ses parents ne le « gobent pas », il est cruellement déçu. Sa joie est donc immense quand il est enfin reçu chez eux : Swann lui serre la main, et il participe dès lors aux goûters que donne Gilberte chaque semaine, préfiguration de sa future vie mondaine. Surtout, il s’enivre de la compagnie d’Odette : sa voix, son parfum, ses toilettes, son anglomanie affectée, tout en elle le charme. Il est amoureux de Gilberte, qui lui écrit sur un papier à lettres armorié. Les promenades au Bois dans la calèche des Swann le ravissent : il est fier d’être vu en compagnie de ces gens qu’il admire et de leurs connaissances, comme ce jour où les Swann le présentent à la princesse Mathilde, nièce de Napoléon Ier. Lors d’un dîner, il est présenté à Bergotte, l’écrivain qu’il idolâtre. Sa joie est cependant ternie : celui qu’il imaginait, à travers sa prose, comme un « divin vieillard », se trouve être jeune, myope, et avoir le nez en coquille d’escargot. Le narrateur trouve d’abord que les paroles du maître ne sont pas à la hauteur de ce qu’il écrit : il « fait du Bergotte » ; il vaut mieux le lire que l’entendre… Mais contrairement à Norpois, l’écrivain n’écrase pas le jeune homme de sa supériorité intellectuelle, et décèle même en lui une nature tellement sensible que sa santé pourrait en être affectée : il lui conseille de ne plus se faire suivre par l’illustre docteur Cottard qui est bon praticien mais bête, et ne peut comprendre, donc soigner, un être comme lui.

Mais tout a une fin, et Gilberte se lasse de leur amour adolescent. Le narrateur, qui voit la relation perdre sa chaleur, accompagne maladroitement ce désamour par de longues lettres qu’il écrit à Gilberte qu’il évite de rencontrer, jusqu’au jour où il la voit dans la rue, marchant avec un garçon qu’il ne connaît pas. Pourtant, il fréquente toujours le salon de Mme Swann où se croisent des femmes qui occupent le plus clair de leur temps à parler de futilités, à ne jamais approfondir une question, à parler des êtres et non des idées. Médisance élégante et persiflage sont les moteurs de cette société. Niché dans le jardin d’hiver d’Odette, le narrateur assiste à ces joutes et voit venir le printemps. La saison d’été arrive, et le souvenir ravi de Mme Swann saluant ses amis aristocrates et mondains, sous le soleil de mai, se grave dans la mémoire du jeune homme, plus fort que celui du chagrin d’un amour éteint.

 

Nom de Pays : le pays

 

Deux ans ont passé quand le narrateur prend le train en compagnie de sa grand-mère pour Balbec, petite station normande. On espère que le soleil d’été et l’air marin soigneront son asthme. Il a bien du mal à se séparer de sa mère, même pour une courte période, mais Balbec est un lieu dont il rêve depuis longtemps. Pourtant, sa déception est grande quand, dès sa descente de train, il visite l’église qui depuis des années hantait son imagination. Comme lorsqu’il a entendu la Berma au théâtre, la réalité n’est pas à la hauteur des sommets que son esprit avait espérés. Pour l’heure, sa grand-mère et lui sont installés au Grand-Hôtel, fréquenté par des estivants cosmopolites, aristocrates et bourgeois, ces derniers étant incapables de reconnaître un vrai membre de la plus haute société. C’est ainsi que les bourgeois provinciaux du Grand-Hôtel prennent la marquise de Villeparisis, amie de la grand-mère du narrateur, pour une « horizontale », ainsi que son amie la princesse de Luxembourg. Cette société continue de cultiver en villégiature son habitude de scruter, médire, persifler, et passe le temps en recevant comme à Paris et en écoutant des concerts sur la plage.

Mme de Villeparisis présente son petit-neveu au narrateur : Robert de Saint-Loup est un élève officier issu de la plus ancienne noblesse, un aristocrate républicain aux idées avancées, qui considère son cocher comme son égal. Une amitié naît entre le narrateur et lui et les jeunes hommes vont parfois manger en célibataires dans un restaurant de Rivebelle. Le narrateur est ravi quand Mme de Villeparisis leur présente un autre neveu : Palamède de Guermantes, baron de Charlus. C’est un original dont la société oscille entre l’indifférence, la chaleur et le mépris. Et il y a Bloch, jeune Juif aux manières de rustre et au parler imité des auteurs grecs antiques, dont le régal est de se répandre en diatribes confidentielles sur tout le monde, et qui rêve d’intégrer les sphères les plus fermées, malgré l’obstacle de sa religion : l’affaire Dreyfus a maintenant éclaté, et les Israélites, très peu reçus, restent entre eux. Enfin, le narrateur voit souvent sur la plage une « petite bande » de jeunes filles, riantes promeneuses dont la douceur lactée enflamme son imagination. Elles sont de vivaces plantes en fleurs qui rient et jouent comme les enfants qu’elles sont encore, qui parlent un français moins châtié mais plus moderne que celui dont usent les pairs du jeune homme. C’est le peintre Elstir – une connaissance des Verdurin amis de Swann – qui présente l’une d’elles, Albertine Simonet, au narrateur, celle dont l’image aux détails brouillés a formé une sorte d’idéal dans son esprit. Il en vient à les connaître toutes et à ne plus les quitter, négligeant sa grand-mère et Saint-Loup. Il prend part à leurs jeux enfantins auxquels se mêle le trouble des mains qui s’effleurent quand il est proche d’Albertine. Celle-ci lui confie : « Je vous aime bien » ; il est amoureux. Quand elle l’invite à l’heure du dîner dans sa chambre, le jeune homme se croit autorisé à l’embrasser ; or, elle repousse ses avances.

La réalité, une fois encore, trahit ce qu’il avait imaginé. Il porte alors ses rêves sur Andrée, puis Rosemonde, telle ou telle des jeunes filles de la « petite bande ». Mais le temps passe, le soleil se fait plus rare, et les estivants quittent Balbec sous la pluie qui frappe les vitres. Albertine est la première des jeunes filles à regagner Paris. Bientôt, le narrateur et sa grand-mère sont parmi les derniers occupants du Grand-Hôtel. Les vacances à Balbec prennent place dans la boîte à souvenirs qu’est la mémoire du narrateur, idéalisées et protégées des outrages du temps telle la dépouille sacrée d’une momie d’autrefois.

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