Aladin, ou la lampe merveilleuse

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Résumé

 Aladin ou La lampe merveilleuse, qui fait partie du célébrissime recueil des Mille et Une Nuits, est un texte surprenant en ce qu’il n’est plus vraiment lu. Il fait en effet partie de ces textes à la pérennité incroyable, dont on ne connaît que des ersatz, des adaptations, des réécritures, mais rarement la forme originale (qui, d’ailleurs, n’est plus vraiment accessible puisqu’elle était purement orale, et que le récit n’a été fixé à l’écrit qu’au Moyen Âge, pour être popularisé en Europe quelque cinq siècles plus tard avec la fameuse traduction d’Antoine Galland). Parmi les ersatz les plus connus, nous avons évidemment la franchise Aladin mise en place par les studios Disney. La question qu’on se pose en entrant dans le texte source est, de fait, la suivante : les studios Disney ont-ils effectué, avec ce conte oriental, la même opération d’aseptisation que pour les contes occidentaux ?

 

         Dans un royaume de Chine, vivent Mustafa, un tailleur très pauvre, et sa famille, composée de sa femme et de leur fils, Aladin. Comme ils n’ont ni le temps ni les moyens d’éduquer Aladin comme il se doit, le jeune homme grandit en développant de mauvaises inclinations. Au moment où le récit commence, Aladin passe ses journées dans la rue, à traîner avec des vagabonds, tandis que son père essaie de lui enseigner le métier de tailleur. C’est en vain : Aladin est un chien fou, il ne sait pas se concentrer, et dès que son père a le dos tourné, il retourne gambader dans les rues. Son père, accablé par ce fils si inconstant, meurt. La mère revend la boutique et tout ce qu’elle possède en espérant pouvoir subsister sans qu’Aladin ne travaille. La mort de Mustafa, plutôt que de le remettre dans le droit chemin, libère encore davantage les mœurs d’Aladin, qui se moque absolument des remontrances de sa mère.

         Un jour, alors qu’Aladin s’amuse dans la rue, un magicien africain fait irruption. Le magicien révèle très vite qu’il est le frère de Mustafa et donc l’oncle d’Aladin. L’oncle lui donne un peu d’argent et le prie d’aller annoncer sa venue à la mère, mère qui croyait que cet oncle était mort. Le lendemain, même scène : l’oncle interrompt Aladin dans ses jeux, lui donne un peu d’argent et le charge d’un message pour sa mère. Il ira manger chez elle le soir même.

         Le repas a lieu. L’oncle, la mère et Aladin mangent et discutent. L’oncle raconte comment il est arrivé là, et comment il les a retrouvés. Enfin, il demande à Aladin ce qu’il fait et, constatant qu’il ne fait strictement rien, il propose de l’aider à faire le métier qu’il souhaite (et non pas le métier qu’on lui a toujours imposé). Aladin explique qu’il aimerait être marchand.

         Le lendemain, l’oncle achète de magnifiques habits à Aladin, lui fait visiter les lieux les plus luxueux et lui fait rencontrer les marchands les plus importants de la ville.

Le jour suivant, l’oncle lui fait visiter des palais sublimes. Le ton de l’oncle devient de plus en plus cynique. Il mène Aladin jusqu’aux montagnes et, dans une petite vallée, il fait s’ouvrir une sorte de grotte secrète. Aladin, effrayé, veut s’enfuir, mais l’oncle le frappe pour qu’il reste. Il explique à Aladin que s’il l’écoute et fait tout ce qu’il lui indique de faire, ils pourront accéder à un trésor inestimable. Aladin, à cette annonce, devient docile. L’oncle lui donne alors une série d’instructions qu’Aladin tâche d’exécuter rigoureusement, et lui confie en outre un anneau censé l’aider dans ces épreuves. Après s’être emparé d’une lampe, Aladin traverse des lieux incroyables, utopiques, où les arbres produisent des fruits aux couleurs éclatantes. Il remplit ses bourses au passage, sans vraiment avoir conscience de la valeur des choses qu’il attrape. Quand il veut ressortir, l’oncle refuse de l’aider et tient à ce qu’il lui donne avant tout la lampe. Aladin refuse et l’oncle s’enflamme. Il prononce une formule magique et la grotte se referme sur Aladin.

         À ce stade, le narrateur révèle que le magicien africain n’était pas le frère de Mustafa. Ce qui l’a amené en ville, c’est l’existence d’une lampe magique qui donne un pouvoir ultime, surhumain. Il a voulu manipuler Aladin pour le rendre docile, lui faire aller chercher la lampe et la lui prendre avant qu’il ne sorte de la grotte. Son plan ayant échoué, il retourne en Afrique.

         Aladin reste deux jours entiers enfermé dans la grotte, sans manger ni boire. Au troisième jour, il se met à prier de toutes ses forces et, joignant ses mains pour la prière, il frotte involontairement l’anneau que lui a offert le faux oncle. Un génie apparaît. Aladin le supplie de le faire sortir d’ici. Le génie exauce ce vœu, sans pour autant faire de trou dans la terre, ce qu’Aladin ne comprend pas. Aladin rejoint la ville, et, se nourrissant enfin, il raconte ses mésaventures à sa mère, éplorée. Il lui montre au fil du récit ce qu’il a récolté dans la grotte, mais ni lui ni elle ne savent estimer la valeur de ces objets et pierreries.

         Le lendemain, la mère avoue à Aladin qu’ils n’ont plus rien pour subsister. Aladin souhaite vendre la lampe. Comme elle est sale, la mère tient à la nettoyer. Mais en la frottant, le génie réapparaît. La mère s’évanouit. Aladin lui demande à manger et le génie lui apporte de la nourriture. Le génie disparaît, la mère se réveille : sans comprendre, elle se met à table, et Aladin avec elle. Il y a tant de nourriture qu’ils ont assez à manger pour plusieurs jours.

         Aladin raconte ce qui s’est passé à sa mère. Il explique que le génie de la lampe est différent du génie de l’anneau. La mère est terrifiée par toutes ces histoires et veut voir disparaître ces objets. Aladin, qui voit bien tout le profit qu’ils peuvent tirer d’eux, persuade la mère de les garder. La mère accepte, mais refuse d’assister une fois de plus à l’une de ces effrayantes apparitions.

         Aladin et sa mère vivent pendant quelque temps en revendant les plats du génie vidés de leur nourriture à un marchand juif. Quand cet argent est entièrement utilisé, Aladin rappelle le génie de la lampe et obtient la même quantité de nourriture que la première fois. Cette fois-ci, c’est un orfèvre qui lui rachète les plats, et pour leur valeur réelle. Dans le même temps, Aladin se renseigne sur la valeur des pierres précieuses qu’il a ramenées de la grotte et en obtient le meilleur prix.

         Un jour, le sultan ordonne que tout le monde se terre chez soi et ferme boutique pendant que sa fille va aux bains et jusqu’à ce qu’elle en revienne. Aladin a très envie de voir la princesse et se cache dans les bains pour l’observer. Il la voit et tombe maladivement amoureux d’elle. Il se met en tête de l’épouser et demande à sa mère d’aller demander sa main au sultan. Sa mère essaie de le raisonner, mais en vain. Aladin la convainc un peu en lui apprenant qu’ils sont plus riches qu’elle ne le croit.

         Le lendemain, la mère, les bras chargés des richesses familiales, va rendre visite au sultan. Le premier jour, elle revient bredouille car le sultan n’avait pas de temps à lui consacrer. Le second jour, le sultan ne fait pas d’audiences. Les jours passent et bientôt le sultan remarque la mère, qui vient imperturbablement, tous les jours, à la première heure, et reste debout jusqu’à la fermeture du palais. Le lendemain, le sultan l’accueille et l’écoute. Il prend la proposition très au sérieux mais déclare qu’il ne peut pas marier sa fille avant trois mois. Aladin est heureux.

         Plus tard, la mère apprend que le sultan a donné la main de sa fille au fils du vizir. Aladin, déçu et choqué, décide d’utiliser le génie de la lampe pour empêcher ce mariage. Il lui demande de téléporter chez lui le lit des amants, ainsi que les amants eux-mêmes, avant qu’ils n’aient consommé leur mariage. Une fois la manœuvre exécutée, le génie débarrasse Aladin du fils du vizir et Aladin prend sa place dans le lit, en prenant soin de mettre un sabre entre la princesse et lui, afin de se forcer à résister à la tentation de la chair. Au petit matin, le lit est renvoyé dans le palais, avec le fils du vizir à sa place. Les jeunes mariés sont traumatisés par cette troublante expérience. Aladin exécute à nouveau ce stratagème la nuit suivante. Au matin, les jeunes mariés révèlent ce qui leur arrive chaque à nuit à leur père respectif. Le sultan et le vizir rompent le mariage.

         Une fois que les trois mois sont écoulés, Aladin envoie de nouveau sa mère chez le sultan. Voici ce que le sultan réclame en échange de la main de sa fille : « quarante grands bassins d’or massif, pleins à comble des mêmes choses que vous m’avez déjà présentées de sa part, portés par un pareil nombre d’esclaves noirs, qui seront conduits par quarante autres esclaves blancs, jeunes, bien faits et de belle taille, et tous habillés très-magnifiquement ». La mère transmet le message à Aladin qui, aussitôt, fait appel à son génie pour lui faire part de cette liste. Le génie lui obtient tout cela sans problème aucun, et bientôt toute cette assemblée se met en marche vers le palais. Le sultan finit par accepter le mariage.

         Avant de se rendre au palais, Aladin prend soin d’appeler encore une fois son génie, pour en obtenir les plus beaux chevaux et la plus belle suite. Lors d’un somptueux repas, le sultan et lui parlementent. Le sultan tient à voir le palais d’Aladin. Aladin rentre chez lui et ordonne la construction d’un riche palais à son génie. Le lendemain, le palais, le plus luxueux qu’on ait vu sur terre, est construit. Le sultan, quand Aladin le lui fait visiter, est très impressionné, et il est même forcé à l’humilité car la richesse d’Aladin est manifestement plus grande que la sienne. Aladin s’habitue à sa vie luxueuse, qu’il organise à sa guise.

         C’est à ce moment du récit que le magicien africain est de retour. Furieux d’apprendre qu’Aladin est vivant, et qu’il se sert abusivement de la lampe magique, il se met en tête de lui nuire et revient en ville pour lui reprendre la lampe.

         Il ruse, achète de belles lampes neuves, et crie dans la rue « échange nouvelles lampes contre vieilles lampes ! ». La princesse fait échanger, sans que ni le magicien ni elle-même ne sache que c’est la lampe recherchée, la lampe magique d’Aladin. Une fois le stratagème exécuté, le magicien se met à l’écart, et frotte toutes les lampes ainsi obtenues. Bientôt, il frotte la lampe d’Aladin, et le génie apparaît. Il ordonne au génie de téléporter le palais d’Aladin, ainsi que son contenu, vivant ou non – princesse incluse donc – dans ses territoires africains. Le sultan, énervé par une telle manœuvre, ordonne l’arrestation d’Aladin et organise son exécution. Mais le peuple, qui aime Aladin, forme une émeute et le sultan arrête l’exécution in extremis. On explique à Aladin ce qui a causé la rage du sultan : son palais et la princesse ont disparu. Aladin est malheureux, mais il fait appel au génie de l’anneau, et lui demande de le téléporter là où se trouve désormais son palais.

         Une fois la princesse retrouvée, il met en place un plan pour éliminer le magicien africain. La princesse devra le charmer et lui faire boire un verre empoisonné. Le plan fonctionne à merveille. Aladin demande au génie de remettre le palais à sa place originelle. Le sultan est rassuré, même si Aladin et la princesse peinent à le convaincre que tout est de la faute d’un mystérieux magicien africain.

         Le narrateur à ce niveau introduit un nouveau personnage : le magicien avait en fait un frère cadet ! Ce frère cadet, ayant appris la mort du magicien, souhaite le venger. Il tue une suivante du palais d’Aladin, Fatime, et lui vole ses habits pour pénétrer dans le palais. Son déguisement lui permet de se rapprocher de la princesse, et il se fait loger dans les plus beaux appartements. Il conseille à la princesse de faire mettre un œuf de Roc (oiseau merveilleux) au sommet d’un des dômes.

         Quand Aladin demande un œuf de Roc au génie, le génie pousse un cri effroyable. Il refuse d’exaucer ce vœu car le Roc est son maître. Aladin, qui soupçonne à juste titre Fatime, la tue. Il est ainsi libéré des malveillances des magiciens africains.

         Le récit se conclut par un paragraphe moral, où Schéhérazade, qui a raconté l’histoire, distingue les personnages positifs (Aladin et le sultan) des personnages négatifs (les deux magiciens).

 

         Pour en revenir à la question soulevée en introduction : oui, les studios Disney ont aseptisé Aladin comme ils ont aseptisé Blanche-Neige ou Cendrillon. Le parti-pris est regrettable car les particularités culturelles, propres au monde arabe, sont éludées pour ne pas perturber le jeune spectateur, alors même qu’elles pourraient, par leur exotisme, constituer une autre source de merveilleux. 

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