Aladin, ou la lampe merveilleuse

par

Une morale intrigante

Comme vu précédemment, le contes’accompagne presque toujours d’une morale. Celle-ci permet de faire réfléchirle lecteur sur les éléments de sa vie, son comportement, son caractère, sesactions. Le rôle de la morale est de permettre de reconnaître ses torts, ainsique ceux des autres, d’apprendre à reconnaître les actions coupables des bonnesactions, et d’inciter le lecteur à s’améliorer. Mais la morale que nousenseigne le conte d’Aladin a de quoi surprendre ; en effet, elle ne prône pasles valeurs habituelles.

 

1.Un héros antipathique

 

Dès les premières pages, l’auteurnous décrit un jeune garçon égocentrique, fainéant, incapable de grandir. Il nesait ni obéir ni travailler, allant jusqu’à causer la mort de son père. Cetteperte ne lui servira en aucun cas de leçon, car une fois seul avec sa mère, iln’en deviendra que plus indomptable : « Aladinqui n’était plus retenu par la crainte d’un père, et qui se souciait si peu desa mère, avait même la hardiesse de la menacer à la moindre remontrance qu’ellelui faisait ». Il est presque une caricature du jeune adolescent, incapablede se décentrer de son  monde. Pourtant,dans les contes classiques, le héros a plutôt des valeurs morales, et cherche àaider son prochain et à se rendre agréable à tous.

Il se fait avoir à cause de sanaïveté, de son envie de ne point s’abaisser à des travaux manuels et de savénalité – « Cette offre flatta fortAladin, à qui le travail manuel déplaisait d’autant plus, qu’il avait assez deconnaissances pour s’être aperçu […] que les marchands étaient bien habillés etfort considérés. » Si la chance ne l’avait pas aidé, il serait mort seuldans la caverne magique.

De nombreux autres éléments jouenten sa défaveur : plutôt que d’apprendre de ses erreurs, le jeune homme serepose sur les pouvoirs de la lampe et fait vivre le foyer grâce à lanourriture et l’argent qu’elle peut leur procurer. C’est par les richesses dela lampe qu’il brille et réussit à obtenir la main de la princesse, et nongrâce à ses valeurs, son caractère ou son physique. Finalement, le héros neréussit que par chance, ce qui ne correspond à aucune leçon de vie pour lelecteur. Il ne parvient pas à corriger ses défauts : il s’ôte simplement toutsouci.

2.Une histoire qui récompense la facilité ?

Ici, le travail et l’effort ne sontpas à l’honneur. Cette histoire ne nous enseigne-t-elle pas que l’on peut secomplaire dans la facilité tant que l’on possède argent et pouvoir ? En effet,une fois le jeune Aladin en possession de la lampe, tout lui est possible. Enrentrant chez lui, plutôt que de travailler avec sa mère et de profiter despouvoirs de la lampe seulement pour leur permettre de vivre correctement, lejeune garçon laisse sa mère continuer de travailler. Il se contente de demanderà manger au génie et, une fois les plats en argent contenant la nourriturevides, il dit à sa mère d’aller les vendre. L’effort propre au travail lui esttoujours inconnu. Par la suite, lorsqu’il faudra séduire la princesse, plutôtque de lui faire sa demande en personne, le jeune garçon enverra plusieursjours de suite sa mère au palais afin qu’elle s’entretienne avec le sultan.Lui-même n’interviendra que bien plus tard. Pour la séduire, il aurait pu luimontrer les quelques talents qu’il a, ou bien la charmer par son intelligenceet sa sagesse, mais il a préféré montrer le luxe et la démesure dont il étaitcapable, attendant toujours simplement que le génie lui permette cet étalage.

Enfin, en cas de situationdifficile, c’est toujours la chance et la magie qui l’ont sauvé. Par exemple,alors qu’il se morfondait sur son sort et la disparition soudaine de sonpalais, le terrain glissant l’entraîne vers la rivière, et seul le hasard de l’anneaumagique se frottant contre une pierre lui permet de s’en sortir. Lui-mêmen’avait pas pensé qu’il portait toujours à son doigt un objet enchanté : « Heureusement pour lui il portait encorel’anneau que le magicien africain lui avait mis au doigt […]. Aladin fûtagréablement surpris par une apparition si peu attendue dans le désespoir où ilétait. »

Finalement, ce jeune héros ne sesera élevé au rang de sultan que par la force des choses et non par son méritepersonnel. Il ne peut en aucun cas faire figure de modèle dans l’apprentissagedu dépassement de soi, de l’effort, et du renforcement de sa volonté.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Une morale intrigante >