Alexis, ou le traité du vain combat

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Analyse des idées et des thèmes

Pour expliquer à sa femme lesraisons qui le poussent à la quitter, et assumer une fois pour toutes sestendances homosexuelles, Alexis se livre à une véritable introspection delui-même. Il décante ses propres sentiments et les raisons qui l’ont amené,petit à petit, à reconnaître cette tendance impensable aux yeux de la sociétéde bonne famille.

Le thème de la maladierevient de manière récurrente dans ses paroles. Par exemple, Alexis compare sonhomosexualité à une sorte de tare, d’anomalie conçue pour lui, par lui, maisqui finalement lui convient. Il exprime une incapacité à comprendre ce qui luiest arrivé, comme si son homosexualité ne correspondait à rien de naturel. Ilne semble pas croire tout à fait à tout ce qu’il dit, éprouver des certitudes,mais davantage chercher à ce que son épouse Monique le comprenne et lui pardonnecette longue période de mariage pendant laquelle il s’est tu : « C’était comme si je venais dedécouvrir une maladie contagieuse qui s’étendait autour de moi ; et, bienque je m’affirmasse le contraire, je sentais qu’elle pouvait m’atteindre. »Ainsi, sans pour autant donner à son homosexualité le caractère d’undéfaut, d’une épidémie, il retient de celle-ci le côté hasardeux, approximatifdu destin qui frappe au hasard et qui tombe sur une personne sans que celle-cine puisse rien y faire. Ainsi, il affirme la totale absence de notion de« faute ». Monique ne sera donc pas à blâmer pour les préférences deson mari, de la même façon qu’Alexis ne mérite aucunement les jets de pierredes esprits conservateurs, pas même désireux de commencer à comprendre lestenants et aboutissants de sa différence.

Mais fatalement, ce thème dudestin hasardeux, qui rejoint celui d’une maladie étrange et plaisante, estindéfectiblement lié au thème de la solitude. Ainsi, dans l’œuvre, Alexis doitfaire face à l’acceptation de cette solitude, au rejet de la part de ceux dontil sait pertinemment qu’ils n’accepteront pas sa différence : « Il y a unejouissance à savoir qu’on est pauvre, qu’on est seul et que personne ne songe ànous. » Cette solitude s’accompagne d’une recherche desoi-même, d’un véritable dilemme entre le choix de vivre seul avec sonintégrité, ou bien d’entretenir un mensonge permanent, en ne se confrontant pasvéritablement au regard des autres. Solitude, intégrité et respect de l’autrese mêlent étroitement et forment un hymne qui, bien au-delà du thème del’homosexualité, deviennent les vecteurs de valeurs plus profondes :l’égalité et le respect mutuel, le lien et la cohésion entre des hommes quis’acceptent les uns les autres, malgré leurs différences.

« S’ilest difficile de vivre, il est bien plus malaisé d’expliquer sa vie » déclareAlexis. Se fait ressentir le besoin sous-jacent d’une compréhension d’autruiqui permettrait une vie beaucoup plus confortable, beaucoup plus sereine, loinde tout ce qui empoisonne l’esprit et contraint la parole. En évoquant lanotion de parole, nous abordons une dernière composante très importante dans leroman : le thème du non-dit, aussi bien envers les autres que personnel.En effet, l’écriture de cette lettre repose sur un mensonge ayant duré desannées, une incapacité à traduire sa pensée aussi bien à son épouse qu’à soi-même.En effet, Alexis lui-même ne parvient pas à reconnaître au départ qu’il est belet bien homosexuel, et c’est précisément cette incapacité à communiquer qui lepénalise et lui fait ruminer son secret des années durant : « La première conséquence de penchantsinterdits est de nous murer en nous-mêmes : il faut se taire, ou n’en parlerqu’à des complices. » Le sentiment d’interdit empêchedonc Alexis de parler à la fois pour se protéger lui-même, mais également pour éviterà ses proches des interrogations et des souffrances inutiles : « Si j’avais osé me confesser aux miens, ce qu’ils m’eussent le moins pardonné,ç’aurait été, précisément, cette confession. J’aurais mis ces gens scrupuleuxdans une situation difficile, que l’ignorance leur évitait ; j’aurais étésurveillé, je n’aurais pas été aidé. » Ici, le non-dit estdonc source de tromperie, souhaitée même par le trompé, et rejoint une illusiondu confort, étouffe l’authenticité sous la protection supposée de ceux auxquelson tient. Alexis est toujours tendrement attaché à Monique, même si ce n’est nipar amour ni par désir, et ses aveux visent un bien qui a sans doute d’abord àvoir avec sa propre émancipation, mais qui permet aussi celle d’autrui. Ainsi,les thèmes abordés par l’auteure dans son œuvre reflètent tous, parrecoupement, un désir de connaissance de soi-même et de respect de l’autre pource qu’il est.

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