Alexis, ou le traité du vain combat

par

Analyse du style

Marguerite Yourcenar s’exprime en partie à la première personne par la bouche d’Alexis. Ce personnage a plus de trente ans, l’auteure ne les a pas encore, mais tous deux semblent se compléter, et Yourcenar paraît souvent exprimer ses propres sentiments, sa propre sensibilité. L’écriture de la lettre à Monique regorge de sincérité, de sensibilité. Alexis est en effet un personnage ayant été élevé majoritairement par sa mère et ses sœurs, et l’affection qu’il leur porte est toujours très forte. « Il en était de leur présence comme de ces lampes basses, très douces, qui éclairent à peine, mais dont le rayonnement égal empêche qu’il ne fasse trop noir et qu’on ne soit vraiment seul. » Cela a développé chez lui une grande connaissance de la gent féminine, lui a conféré une sensibilité qui s’exprime avec quelque parenté.

Ainsi, la sensibilité qu’il a développée à leur côté transparaît dans ses mots et son style. Mais le statut social de l’homme est également visible dans sa manière de s’exprimer. Yourcenar nous montre la profondeur de sa pensée, la finesse de son esprit, et l’analyse de celui-ci à laquelle il se livre, en utilisant des tournures complexes, un vocabulaire châtié et l’emploi récurrent du subjonctif dans ses phrases. L’homme, bien qu’il se proclame mauvais écrivain, peu habile à s’exprimer fidèlement, en accord avec sa pensée véritable, se fait cependant fort dans l’art de flatter Monique en lui montrant qu’elle n’est pour rien dans l’échec de leur mariage – « Et, pour la même raison, j’eusse préféré que vous fussiez moins belle », lui dit-il par exemple. Son vocabulaire est donc toujours très soutenu, son niveau de langue élevé et délicat, en accord avec la sensibilité qu’il a acquise auprès de ses sœurs et de sa mère.

Ces tournures n’en demeurent pas moins poétiques. En effet, Yourcenar utilise la voix d’Alexis pour en faire une sorte de barde, témoin sensible d’une homosexualité enfin assumée. Il écrit une missive en forme de poème en prose, d’une délicatesse et d’une qualité telles que celles-ci pourraient s’assimiler à celles d’un orateur. La lettre a donc un aspect persuasif indéniable. Ainsi, lorsqu’il achève sa lettre sur ces mots : « Je vous demande pardon le plus humblement possible, non pas de vous quitter, mais d’être resté si longtemps »,le lecteur peut ressentir dans son discours une affectation particulière, un désir de conclure sa lettre sur la prière d’un pardon, d’une ultime compréhension. Alexis, outre de sincérité, fait donc preuve d’une rhétorique pleine de sensibilité à travers la narration de sa propre vie, propre à tirer, peut-être, quelques lecteurs butés de l’époque vers une meilleure compréhension et acceptation de ce qui ne leur ressemble pas.

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