Antimémoires

par

La vie et la mort

Un tel récit, qui s’appesantit sur les réalisations del’homme, sur ses souvenirs et sur ses regrets, ne peut qu’évoquer la mort. Ledécès de ses deux fils – morts dans un accident –  constitue en quelque sorte la raison tragiquequi pousse l’auteur à écrire cette œuvre. Toute sa vie ici relatée se voitéclairée sous un nouveau jour. Tout ce qu’il se remémore renvoie à l’idée d’unemort pour laquelle Malraux se prépare : « Réfléchir sur la vie – sur la vie en face de la mort – sansdoute n’est-ce guère qu’approfondir son interrogation. Je ne parle pas du faitd’être tué, qui ne pose guère de question à quiconque a la chance banale d’êtrecourageux, mais de la mort qui affleure dans tout ce qui est plus fort quel’homme, dans le vieillissement et même la métamorphose de la terre ».

         Âgé decinquante-six ans et survivant de plusieurs guerres, Malraux estime que la vieet la mort ne sont que les deux faces d’une même pièce et que réussir sonpassage sur terre, c’est préparer sa mort. En effet, il estime que la vie n’ade sens que si elle est employée à atteindre un but, si elle répond à un enjeu.L’énigme fondamentale de la vie est, pour lui, de la construire, d’en faire unmonument éternel qui saura braver le temps et l’oubli. Malraux s’interrogealors sur les nombreux auteurs qui l’ont inspiré et cite longuement sescontemporains. Il analyse leurs avis quant à la question des mémoires et dusens de l’existence. Celui d’un homme ayant souffert, découvert, tremblé etespéré, son récit philosophique sera empreint de cette palette de sentiments etdu ressenti de celui qui, sentant la vieillesse approcher, commence à envisagerla mort et sa propre fin avec humanité et tempérance.

Malraux met son expérience personnelle au service de cettequestion unique : en quoi le souvenir peut-il être utile à notrevie ? Cependant, dans le terme de « vie », l’auteur penseégalement à la fin de celle-ci. Une vie, pour lui, est synonyme de mort, carcelle-ci fait partie intégrante du cycle du temps. Ainsi, pour réussir sa vie,il faut, selon l’auteur, lui trouver un but, un enjeu, afin que le moment venu,la mort ne nous prenne pas au dépourvu et qu’elle soit l’achèvement d’une vieutile et justifiée. Malraux se fait alors philosophe et existentialiste :il croit donc à un but de la vie de chacun, il estime que chacun doit êtreresponsable de l’enjeu, des aspirations qui régiront sa vie et seront propres àla sortir du carcan terrible de l’absurde. Rien ne doit être laissé au hasard. L’absurditéest la pire des manières de régir une vie. 

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