Au rendez-vous allemand

par

La poésie d'un résistant

Nous pouvons considérer qu’Au rendez-vous allemand fait d’Éluard un véritable héros de larésistance qui, plutôt que d’utiliser des armes à feu, préfère se consacrer auxmots et aux idées qu’ils peuvent transporter.

En effet, le poète ne se contente par de décrire unepériode à travers ses événements pour la postérité, mais il met également toutson cœur d’homme engagé à défendre les intérêts de la France, à affirmer sonamour pour elle, à faire preuve de patriotisme et de solidarité, à exhorter leshommes à la résistance tout en leur montrant que leur combat n’est pas vain,que l’espoir perdure, bref, en agissant par le biais des mots et de la poésieexactement de la même manière qu’agirait un résistant grâce à sa voix et sesarmes.

En effet, la poésie résistante d’Éluard se caractérise ence qu’elle porte toujours le message d’un espoir inaltérable, persistant malgréles difficultés que l’époque engendre. Ses poèmes se construisent souvent surle même modèle : le début est souvent dur, quelques lignes utilisant desmots simples et percutants afin de décrire une réalité sombre et désespérante.Puis, tout au long du corps du poème, se développe l’argumentation en faveur desidéaux de justice et de liberté, pour aboutir sur une explosion d’espoir, unhymne à la liberté et un appel aux armes, à la fraternité et au courage pours’unir dans l’adversité.

En effet, le poète ne s’apitoie pas sur le sort de laFrance : il montre son amour pour elle dans les poèmes, usant souvent del’allégorie pour la comparer à une dame noble et digne, qu’on a blessée maisqui reste fidèle et souveraine malgré les humiliations et les blessures. Parexemple, dans « Courage », s’il entame son poème sur un ton lugubre,comparant Paris à une ville déjà morte, utilisant la troisième personne dusingulier pour marquer la distance, il change soudain de ton au onzième versavec l’apostrophe : « Ne crie pas au secours Paris / Tu es vivantd’une vie sans égale ». Il vante ensuite la vertu qu’incarne la ville,la force morale inhérente à celle-ci et à ses habitants, la considérant commel’égale de la justice et de la ténacité. Dans cet éloge de sa capitale, ilmontre ainsi tout son amour patriotique, tout son désir de la voir se relever,en insistant sur le fait qu’elle en a les capacités, que ce n’est qu’unequestion de temps avant qu’elle ne prenne conscience de ce que sa perfectionmorale est supérieure, et de loin, à la force de l’envahisseur : « Finecomme une aiguille forte comme une épée / Ingénue et savante / Tu ne supportespas l’injustice ». L’utilisation du présent de vérité généraleapparaît ici comme descriptif, universel, donnant presque un caractère sacré etindéniable aux paroles du poète. Celui-ci aime sa ville, et en toutesubjectivité, en défend l’honneur et par là, exhorte ses habitants à reprendreconfiance en eux. Paris est « fine » et « forte », ce quitémoigne à la fois de sa droiture morale et de son ingéniosité – elle échappe àla corruption –, tout comme de sa force et de la puissance de ses habitants.

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