Au rendez-vous allemand

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Une poésie lyrique

Poésie engagée ne signifie pas pour autant poésie dénuée de tout lyrisme. Rappelons au préalable quelles sont les caractéristiques qui rendent un texte lyrique : celui-ci doit exprimer les sentiments personnels de l’auteur afin d’éveiller chez le lecteur le même sentiment, un ressenti proche ou à défaut, de susciter du moins une interpellation émotionnelle. Pour cela, l’auteur utilisera souvent des champs lexicaux bien définis, qui réfèrent par exemple au sentiment amoureux ou à la violence d’une impression.

Ainsi, si Éluard utilise souvent une écriture simple et dénuée de tournures trop ampoulées, d’artifices, destinée ainsi clairement à un public universel et diversifié, il sait également se montrer lyrique et exprimer ses propres émotions et par-delà les siennes, celles d’une France entière qui espère, croit, s’attriste et tente de résister.

Il est ainsi nécessaire d’insister sur le fait que le lyrisme d’Éluard n’est cependant en rien semblable à celui des auteurs romantiques, qui eux expriment un ressenti qui leur est propre et bien souvent partagé par personne d’autre qu’eux. Si c’est l’incompréhension d’autrui face à eux qu’exaltent ces auteurs, Éluard en prend le contre-pied total en proposant un lyrisme de partage et de renforcement du lien avec les autres, de la solidarité.

Il faut pour bien comprendre cette notion l’expliciter concrètement. Prenons par exemple la première strophe du poème d’Éluard « Gabriel Péri » dans lequel il fait l’éloge d’un résistant mort pour la France. Ces vers introductifs se présentent ainsi : « Un homme est mort qui n’avait pour défense / Que ses bras ouverts à la vie / Un homme est mort qui n’avait d’autre route / Que celle où l’on hait les fusils / Un homme est mort qui continue la lutte / Contre la mort contre l’oubli ».

Nous retrouvons donc ici les caractéristiques du texte lyrique. Les champs lexicaux présents, en effet, sont ceux de la mort et de la vie, qui éveillent à la lecture des sentiments forts, universels, qui auront de la valeur pour chacun de nous. Ainsi, si le poète raconte avec émotion sa propre expérience de la mort de cet homme telle qu’il la ressent, il partage également cette émotion avec le lecteur, focalisant l’intérêt de celui-ci non pas sur sa propre personne mais sur le décès de Gabriel Péri. L’anaphore « Un homme est mort », figure de style classique du registre lyrique, est utilisée pour renforcer les propos de l’auteur et l’irrévocabilité du destin de Gabriel Péri. Il évoque également des sentiments nobles, tels que la joie de vivre et le pacifisme, destinés à provoquer compassion et indignation chez le lecteur. Le lyrisme ici sert donc principalement la cause de la destinée de cet homme mort en martyr et non la violence des émotions de l’auteur uniquement. Il se destine à faire prendre conscience de l’horreur de la guerre et de la négation du pacifisme chez l’ennemi, ainsi que de la valeur de cet homme mort, valeur qu’Éluard attribue également à tous les résistants.

Son lyrisme est donc focalisé davantage sur autrui et sur le partage des valeurs qui lui sont chères, que sur l’interprétation de ses propres sentiments.

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