Au rendez-vous allemand

par

Une œuvre témoin de son temps

Si Paul Éluard décide, en 1945, de faire publier au grandjour son recueil composé durant toute la période de la guerre, nous pouvonsnous interroger sur la véritable valeur de résistance que celui-ci convoie,puisque la publication ne viendra donc qu’après la période de guerre qu’ilincrimine, et après que la résistance, qu’il soutient avec ferveur, eutfinalement vaincu les puissances ennemies. Ainsi, si bien souvent nous évoquonsla poésie d’Éluard comme une poésie de résistance, un autre enjeu demeurecependant en celle-ci : la parution postérieure de l’ouvrage par rapportaux faits décrits s’attache donc à diffuser le récit de ceux-ci en se chargeantde la lourde tâche de décrire une période de l’histoire, mais en ne cachantrien de sa subjectivité.

C’est ainsi presque un récit historique que nous livre Éluarddans son recueil. En effet, il y vante les qualités des hommes et des femmes dela résistance, brossant ainsi le portrait d’une société confrontée à une époquedéterminée. Par exemple, dans le poème « Courage » écrit en 1942, ilmontre à travers une allégorie de la ville de Paris dévastée, triste etsilencieuse, les conditions de vie des Français dans la capitale, et la forcemorale qu’il leur faudra pour tenir bon sous l’Occupation. Il s’attache àdécrire par de petites allusions anecdotiques, passagères, témoignages du modede vie des Parisiens avant et pendant la guerre, les us et coutumes de ceux-ci,environnant son poème de atmosphère descriptive, pittoresque, d’une réalité auxclichés embellis et amplifiés par le poète : « Paris ne mange plusde marrons dans la rue […] Paris dort tout debout sans air dans le métro […]Plus de malheur encore est imposé aux pauvres ».

Ici par exemple, le poète s’appuie sur des faitstypiquement parisiens, évoquant la vie passée grâce à l’allusion aux marronschauds mangés dans la rue, entre deux boutiques, le métro où l’on ne respireplus de la même façon, la pauvreté qui régnait toutefois dans la capitale commedans toute grande ville. En évoquant la tradition des marrons chauds qui n’estplus d’actualité, il fait la lumière sur les restrictions, les tickets derationnement, toute la misère qu’engendre la guerre. Il se fait ainsirapporteur et témoin de deux époques à la fois, montrant au lecteur ignorant dela réalité de Paris un aperçu poétique de ce à quoi la capitale et seshabitants pouvaient bien ressembler avant la guerre, et ce à quoi ils sontsoumis désormais.

Afin de bien ancrer son recueil et ses poèmes de manièredéfinie dans l’histoire, le poète parsème son œuvre de petites allusions autemps réel, montrant que malgré sa manière de contourner la censure et lapropagande, son engagement s’inscrit bel et bien dans une durée déterminée etspécifique. Par exemple, son poème « Le même jour pour nous »daterait du 19 novembre 1944, et ainsi, renverrait à une réalitéhistorique : ce jour est en effet celui durant lequel les Alliés ont faitsonner le glas de l’Axe en s’approchant du Rhin. De plus, d’autres poèmes comme« Comprenne qui voudra » par exemple relatent précisément desévénements marquants de cette période, qui seront ensuite décrits dans leslivres d’histoire.

Par cette précision historique volontaire, Paul Éluardprouve ainsi qu’il se fait témoin d’une époque et qu’il désire en informer lesgénérations futures, en rapportant de petits détails du quotidien visant àmettre en lumière la réalité imagée d’une époque tout entière.

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