Blanche ou l'oubli

par

Intertextualité et références dans le texte

Dans Blanche ou l’oubli,Aragon utilise un processus de réécriture spécifique : l’intertextualitéimplicite. Le lecteur peut ainsi facilement reconnaître des passages d’uneœuvre d’Aragon précédemment lus. Un exemple pertinent de l’utilisation de cettetechnique dans Blanche ou l’oubli estla reprise par Aragon de quelques fragments du chapitre VI de L’Éducation sentimentale de Flaubert. Mêmela séquence chronologique des actions qui se déroulent dans Blanche ou l’oubli (souvenirs deGaiffier, arrivée inattendue de Blanche, etc.) partage des similarités aves lesadieux de Marie Arnoux et de Fréderic Moreau.

« Jeparle au mur. Ou peut-être que j’anticipe, qu’il y aura un vous ? Il meressemble, autant dire qu’il n’existe pas, que je me parle dans un miroir. Sije dis vous, pourtant, c’est que j’ai besoin d’un vous. Pour penser. Pour mesouvenir. Pour parler. Rien ne m’est plus atroce que la vérité, cette mort demoi-même, qu’il faut m’avouer : et c’est bien le secret de ma vie, ce queje cache comme dans les romans anglais, l’enfant monstrueux que personne n’avu, et que trahit pourtant une fenêtre de plus à la façade du château. »

Ce « collage intellectuel » d’Aragon, qui estpropre aux écrivains surréalistes, ajoute une valeur esthétique à l’ouvrage.Aragon choisit minutieusement les auteurs de roman auxquels il désire faire référence,et partage à son tour ses opinions sur des notions qu’ils ont traitées. Enreprenant les adieux de Marie Arnoux à Frédéric Moreau, Aragon renforce le liendu texte au sujet qu’il expose. Ce n’est pas l’idée qu’il emprunte à Flaubert,mais la structure de son texte, comme s’il n’avait pas été envisageable oupossible d’écrire autrement ou d’écrire mieux la scène telle qu’écrite parFlaubert.

« Elledit : “tu as des ciseaux…” et ce n’est pas une question.Personne comme Blanche ne fait à la fois la question et la réponse […] Elledéfit son peigne ; tous ses cheveux blancs tombèrent. Elle s’en coupa,brutalement, à la racine, une longue mèche.

– Gardez-les !adieux !

– C’estincroyable, parfaitement insensé, dans un moment pareil, de ne pouvoir faire autrementque de penser à Frédéric Moreau, à Mme Arnoux. »

Aussi, l’intertextualité permet à Aragon de montrer toutce qui a changé d’un texte à l’autre. La scène des adieux sert donc deréférence pour jauger, à un siècle d’écart, les valeurs qui ont été modifiées.Alors que Frédéric regrette un peu la lâcheté de ses choix, Gaiffier acceptetout entière sa défaite sans même exprimer un remords, un regret ou la moindredéfiance.

Dans Blanche ou l’oubli,l’intertexte est très présent et très évident pour les lecteurs avisés.L’auteur s’en sert pour défendre un argument, produire un effet. Le fait dereprendre à l’intérieur du texte des fragments déjà parus crée un écho qu’un« lecteur idéal » ne pourrait manquer de percevoir. Et cetterépétition volontaire dans la rédaction s’ajoute à d’autres éléments pourdonner une dimension onirique à l’œuvre.

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