Blanche ou l'oubli

par

La dimension onirique du souvenir

Blanche ou l’oubli se déroulecomme dans un rêve. Le récit part de l’effort de mémoire d’un personnage etdémontre que la mémoire n’est pas infaillible. Le récit est souvent interrompu,entrecoupé d’autres événements.

« Unavion supersonique me coupe d’un bang la pensée, et laisse après lui dans leciel son paraphe silencieux, frisé, frisé, blanc »

Les descriptions sont parfois interrompues et larépétition est fréquente. Ainsi, le lecteur ne peut cerner une chronologieexacte des événements, perdu dans les souvenirs incertains de Gaiffier.Ensuite, le fait que le lecteur est mis en présence de deux textes, faisanttous deux usage d’intertextes et écrits par deux auteurs, dont l’un estintérieur au texte, rajoute à la confusion générale. Non que le récit soitincompréhensible, mais le lecteur se sent emporté, comme dans un rêve à traversles lignes des récits qui se croisent.

« Impossiblede retrouver son nom, tout d’un coup… ah, c’est bête. Je le vois comme si j’yétais, en 1922, au théâtre Antoine… et puis son nom, pas mèche ! Enfin, jene connais que ça… »

Blanche oul’oubli est un récitsur la mémoire, et en particulier sur l’oubli comme l’indique son titre, etdans cette optique, Aragon parvient habilement à produire des effets de sens eneffaçant ses personnages. En effet, peu de leurs caractéristiques physiquessont retranscrites. Du narrateur le lecteur ne devinera rien ; Blancheautour de qui le titre est construit n’est jamais évoquée que par desdescriptions très laconiques de sa chevelure, de ses yeux, de sa peau ou de sonbras.

« Et moi,tout d’un coup, peut-être à cause de cette ressemblance, je cesse à nouveaud’entendre Blanche, est-ce que je n’ai pas rêvé tout ça ? »

Tantôt on se souvient, mais souvent on oublie. Gaiffierchoisit d’exister par procuration à travers les écrits de Marie-Noire, de sorteque même les personnages « solides » basculent dans l’imagination. Laconfusion envahit tout le récit et s’installe dans l’esprit du personnageprincipal qui ressent le besoin d’ordonner ses pensées. Au plan psychologique,c’est l’indécision et l’inaction absolue de Gaiffier qui donnent l’impressionau lecteur d’assister à un rêve éveillé où le rêveur subit son songe sansjamais tenter d’en prendre le contrôle.

« Quandje me retourne en arrière, c’est moins de mes souvenirs que je m’émeus, cesjours-ci, je veux dire à cet âge de brume où me voici, moins de mes souvenirsque de ce qui m’en échappe. La vie pour l’œil intérieur qui cherche à lareconstituer, ressemble beaucoup à ces rêves dont on se croyait mémoire, etpuis qu’il est impossible de préciser. Une image en flotte encore, au-delà delaquelle on voudrait aller, ou en deçà, sans y vraiment parvenir. »

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