Blanche ou l'oubli

par

La richesse linguistique

Blanche ou l’oubli abonde de ressourceslinguistiques ; Aragon exemplifie la richesse littéraire du mouvement surréaliste.Chaque chapitre regorge d’exemples du talent de l’auteur et de la qualité de saprose.

« Onrevient sur cette silhouette de soi-même comme si on louchait sur son nez, sesépaules : il ne reste du jeune homme que j’étais qu’une vague attitude,qu’un soupçon de ce qu’il va sans doute advenir de lui. Je relis ma vie, commeun roman que j’aurai aimé, enfin qui m’eût fait jadis une certaineimpression. »

De son amalgame de figure de styles à sa synchronisationdialectale d’idées en passant par le titrage énigmatique de ses chapitres,Aragon maintient le mystère – bien qu’il semble raconter ouvertement l’histoire– qui accompagne un récit habilement rédigé. Son usage tempéré des figures destyle que sont le parallélisme et la métaphore nous fait une fois de pluspenser au style de Flaubert dans L’Éducationsentimentale. Aussi, la maîtrise impeccable qu’Aragon démontre de la languefrançaise est cohérente avec le métier de linguiste de son personnageprincipal.

« Nousnous en tirons, les grammairiens, à qualifier ce vous-là d’explétif. À vraidire, c’est une simple défaite […] On dit d’un mot qu’il est explétif pours’en débarrasser, quand on n’a pas élaboré de théorie qui rende compte de sonentrée en scène. »

Malgré sa maîtrise des aspects les plus sophistiqués dela langue, Aragon maintient un registre de langue plus simple dans son œuvre.On y trouve des expressions en apparence peu soignées telles que « ça »,« est-ce que », qui, au regard du métier de linguiste du personnage, appuientl’effet de confusion que l’auteur a rendu omniprésent dans son récit. Parti del’utilisation abusive du mot « ça » et de la locution interrogative« est-ce que », Aragon pousse même plus loin ses effets par uneapocope du nom « Geoffroy » qui devient « Geoff’ », prêtantainsi à son récit et à son personnage une certaine banalité.

« Fumeuseavec ça, qui vous offrait des cachous. La petite boîte de fer ronde, voussavez, dont on fait tourner le couvercle, que ça t’ouvre un trou sur latranche. »

Blanche ou l’oubli peutégalement être considéré comme une tentative de « nouveau roman »,car cette œuvre fait réfléchir le lecteur à ce qu’est l’acte d’écrire.L’intertexte est employé comme démonstration de la dynamique de l’écriture quise base non seulement sur l’imagination, mais sur le subconscient, la mémoireet l’oubli. Il semble défendre l’argument selon lequel on ne fait qu’emprunter,en écrivant, aux textes d’autres auteurs. Et cette reprise des textes d’unautre – qui ne précède pas toujours la reprise de l’idée – est un moyen deprésenter sous un aspect nouveau un fait décrit par des narrateurs différents,ou une pensée analysée par des esprits distincts.

Geoffroy (ou Aragon) sait délicatement utiliser les motspour raconter son histoire ; introduisant dans le texte des témoignages dela poétique particulière d’Aragon, il parvient, grâce à la simplicité dulangage employé dans Blanche ou l’oubli,à partir à la rencontre du lecteur, se substituant parfois à la pensée de cedernier pour en faire un spectateur plus impuissant que de coutume. 

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