Cinq leçons sur la psychanalyse

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Résumé

Publié en 1910, cet ouvrage regroupe cinq conférences prononcées par Sigmund Freud à l’université américaine Clark (Massachusetts). Il propose une synthèse des avancées de la recherche en matière de psychanalyse, et ses idées novatrices qui prennent la suite des travaux de Breuer et Charcot. Cette nouvelle « science » – même si de nombreux scientifiques lui refusent un tel nom puisqu’elle se fonde surtout sur une « herméneutique » et non des outils durs et sûrs – fait des émois dans la société de Freud. Elle permet de nombreuses avancées dans les traitements des personnes « hystériques », souvent abandonnées puisque la médecine ne pouvait rien pour elles. Véritable ouvrage vulgarisateur, Freud synthétise ici ses travaux et sa pensée, sans trop d’exemples, pour faire connaître les fondements d’une discipline encore balbutiante.

 

Première leçon

 

      Freud retrace les premiers travaux qui donnèrent naissance à la psychanalyse. Le docteur qui l’inspira se nomme Joseph Breuer, et soigna une première patiente souffrant d’hystérie – « cet état bizarre et énigmatique auquel les médecins grecs donnaient déjà le nom d’hystérie, état capable de simuler tout un ensemble de troubles graves, mais qui ne met pas la vie en danger et qui laisse espérer une guérison complète » – avec des méthodes nouvelles. En effet, la distinction faite entre le patient « organique » et le patient « hystérique » change beaucoup l’attitude du médecin : à l’époque de Freud, les hystériques étaient souvent accusés de jouer leur maladie, d’accorder trop d’importance à leurs symptômes, bref, de faire semblant d’être malade. Le Dr. Breuer, lui, prit au sérieux la maladie de cette jeune fille : en la faisant parler, en lui demandant de se remémorer les premières apparitions de ses symptômes, le docteur réussit à en éradiquer certains. Freud décide donc d’appliquer à ses propres patients les méthodes de Breuer, en les théorisant : « Nous pouvons grosso modo résumer tout ce qui précède dans la formule suivante : les hystériques souffrent de réminiscences. Leurs symptômes sont les résidus et les symboles de certains événements (traumatiques). Symboles commémoratifs, à vrai dire ». Encore affectivement attachés à certains souvenirs traumatiques, les patients hystériques développent des symptômes liés à ces réminiscences enfouies, qu’ils ont oubliées mais que leur corps sans cesse leur rappelle. Freud note alors l’importance de l’hypnose pour soigner de telles maladies : en effet, la libération étant fondée sur la parole, l’hypnose permet de retrouver des souvenirs enfouis, que le patient a oubliés ou qu’il s’est forcé à taire. Pourtant, ces états « hypnoïdes » peuvent être dépassés, et Freud fait allusion rapidement à de nouvelles techniques pouvant remplacer cette hypnose que Breuer conseillait.

 

Deuxième leçon

 

      Freud aborde alors les travaux d’un deuxième psychanalyste, Charcot. Alors que Breuer s’adonnait à la « talking cure », Charcot développait d’autres analyses de l’hystérie, qui était selon lui une « faiblesse du système nerveux ». À l’image de la femme revenant des courses avec des bras chargés de paquets, l’hystérique voit ses idées et ses sentiments s’effondrer autour de lui, à mesure qu’il tente de les maîtriser. En nuançant les travaux de Charcot, Freud et Breuer en viennent à une conception psychologique de l’hystérie. Mais Freud se distingue de son maître à penser sur l’hystérie : comme il l’avait annoncé dans la première leçon, l’hypnose ne le satisfait pas, car c’est un procédé incertain et trop « mystique ». Ainsi, il essaye une autre technique, fondé sur la parole ; un autre chercheur avait remarqué que les patients sous hypnose ne se rappelaient de rien de ce qui se passait quand ils dormaient, mais que si on les pressait de questions, les souvenirs remontaient : « Si on les interroge, une fois réveillés, sur ce qui s’est passé, ces sujets prétendent d’abord ne rien savoir ; mais si on ne cède pas, si on les presse, si on leur assure qu’ils le peuvent, alors les souvenirs oubliés reparaissent sans manquer ». La résistance qu’opposent les malades aux questions du psychanalyste peut s’expliquer par une force de « refoulement » : la conscience fait disparaître les souvenirs pénibles, traumatisants, et en bloque l’accès.

 

Troisième leçon

 

      Freud avoue que les pressions exercées par les questions du psychanalyste ne permettent souvent pas de découvrir « le » souvenir à l’origine des troubles psychiques mais il pressent – et ce principe sera plus tard démontré par son disciple Carl Jung – que les souvenirs qui refluent ont, malgré tout, un lien détourné avec le souvenir originel. Il appelle cela la « détermination psychologique ». Ces associations sont ainsi à l’image du mot d’esprit, qui fait des parallèles entre différentes réalités, parallèles motivés par des liens enfouis, parfois personnels, entre ces deux choses. Ainsi, le psychanalyste doit pousser son patient à dire ce qui lui vient à l’esprit, même s’il pense que c’est hors-sujet : « mais une observation minutieuse montre qu’un tel arrêt des associations libres ne se présente jamais. Elles paraissent suspendues parce que le malade retient ou supprime l’idée qu’il vient d’avoir, sous l’influence de résistances revêtant la forme de jugements critiques. On évite cette difficulté en avertissant le malade à l’avance et en exigeant qu’il ne tienne aucun compte de cette critique. Il faut qu’il renonce complètement à tout choix de ce genre et qu’il dise tout ce qui lui vient à l’esprit, même s’il pense que c’est inexact, hors de la question, stupide même, et surtout s’il lui est désagréable que sa pensée s’arrête à une telle idée. S’il se soumet à ces règles, il nous procurera les associations libres qui nous mettront sur les traces du complexe refoulé. » Les associations d’idées ne sont pas les seules voies vers cet inconscient refoulé : l’analyse des rêves permet aussi de remonter la chaîne des souvenirs et des traumatismes, car les éléments oniriques sont des symptômes de ces souvenirs enfouis.

Freud note alors les diverses oppositions que rencontrent cette nouvelle « science » : de nombreux scientifiques ne la considèrent pas comme rigoureuse, ses outils et ses savoirs n’étant que pures spéculations. À cela il rétorque, sans véritablement défendre les points attaqués, que la psychanalyse est ainsi refusée car elle révèle ce que l’inconscient de tous tente de refouler. Ce serait la même force qui nous dissimulerait nos traumatismes et nous ferait rejeter cette discipline.

 

Quatrième leçon

 

      Freud esquisse alors une constante dans toutes ses expériences : le caractère sexuel des traumatismes enfouis par la conscience. Même les plus jeunes enfants manifestent cet instinct sexuel, inconsciemment, et peuvent être sujets à de tels refoulements, connaissant d’abord une phase « d’auto-érotisme » où le sujet éprouve du plaisir par différentes voies – physique ou mentale –, puis l’enfant se concentre de plus en plus vers les parties génitales, qui seront le siège des instincts sexuels plus tard. Cette évolution au cours de l’enfance ne se fait jamais sans conséquence. Des troubles psychiques résultent plus ou moins fortement des expériences et de la construction sexuelles des enfants : la perversion d’un côté et la névrose de l’autre sont deux types de troubles de l’évolution normale de la sexualité. Alors que le « pervers » reste bloqué à un stade particulier, et qu’il n’a pas laissé aboutir le processus qui devait faire de sa sexualité le moyen de reproduction premier, le « névrosé » lui a enfoui certains désirs, contrairement au pervers, et ceux-ci ne se manifestent plus que par des symptômes pathologiques. C’est à ce moment que Freud énonce son célèbre « complexe d’Œdipe » : l’enfant, amoureux de son parent de sexe opposé, doit symboliquement – dans son psychisme – tuer l’autre parent, rival, pour pouvoir accepter sa sexualité. Toute pathologie devient ainsi le résultat de ces évolutions naturelles, qui ont été perturbées : « nous voyons que les hommes tombent malades quand, par suite d’obstacles extérieurs ou d’une adaptation insuffisante, la satisfaction de leurs besoins érotiques leur est refusée dans la réalité. Nous voyons alors qu’ils se réfugient dans la maladie, afin de pouvoir, grâce à elle, obtenir les plaisirs que la vie leur refuse. »

 

Cinquième leçon

 

      Freud revient alors sur toutes les connaissances qu’il a dégagées sur la névrose : les névrosés se réfugient dans un monde autre pour échapper à des frustrations ou des traumatismes qu’ils ne peuvent pas s’avouer. Mais les structures psychiques des névrosés et des hommes sains ne diffèrent pas, car chacun est confronté aux mêmes évolutions et aux mêmes problèmes. Seulement, cette confrontation n’a pas les mêmes effets, ni les mêmes modulations chez les différents individus : « les névroses n’ont aucun contenu psychique propre qui ne se trouve aussi chez les personnes saines, ou, comme l’a dit C. G. Jung, que les névrosés souffrent de ces mêmes complexes contre lesquels nous aussi, hommes sains, nous luttons. Il dépend des proportions quantitatives, de la relation des forces qui luttent entre elles, que le combat aboutisse à la santé, à la névrose ou à des productions surnormales de compensation. »

      Une autre notion importante et fondamentale de la psychanalyse s’avère être le « transfert ». Quand le patient exprime ses frustrations les plus inavouables, il déverse sur le psychanalyste ses émotions et sentiments : la relation avec le médecin devient un succédané d’une relation antérieure, qui n’avait pas pu donner lieu à une libération de sentiments. Ainsi, le médecin joue le rôle de catalyseur, et le patient superpose sur lui la figure des êtres à qui il aurait dû, à un moment, parler et se confier. Une fois la cause du mal découverte, il existe trois moyens pour soigner le malade : soit la découverte de la frustration originelle fait disparaître d’elle-même les symptômes, soit le psychanalyste tente de replacer le fait dans le cours normal de l’évolution psychique de l’individu ; enfin, Freud nomme un dernier moyen « sublimation », quand la frustration à fin sexuelle trouve un autre canalisateur, un autre moyen d’expression : « Les tendances qui composent l’instinct sexuel se caractérisent précisément par cette aptitude à la sublimation : à leur fin sexuelle se substitue un objectif plus élevé et de plus grande valeur sociale. »

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