Cléopâtre captive

par

Style d’écriture

« Cléopâtre captive » est une pièce qui s’inspire d’une histoire réelle. Dans cette tragédie qui relate les évènements de la vie de Cléopâtre, de son arrestation à sa mort, l’auteur cherche à transmettre les émotions les plus profondes de ses personnages, spécialement celles de Cléopâtre. D’ailleurs, l’acte premier est presque entièrement fait de lamentations de Cléopâtre sur son sort. Ainsi, tout au long de la pièce on rencontre d’innombrables tirades, chacune d’elle témoignant de la richesse littéraire de cette tragédie de Jodelle. Entre autres, on remarque son usage répétitif de l’anaphore, comme dans cette réplique de Cléopâtre (Acte IV, scène 1) :

La Parque, et non César, aura sus moy le pris,

La Parque, et non César, soulage mes esprits,

La Parque, et non César, triomphera de moy,

La Parque, et non César, finira mon esmoy,

L’anaphore ici est le groupe de mots : « La Parque, et non César ». Ceci permet à Jodelle d’insister sur l’obstination profonde de son héroïne à ne pas se laisser faire esclave d’Octave (César). Jodelle fait également usage de la stichomythie, où les personnages se répondent vers pour vers comme dans un combat, en utilisant des vers de même longueur. C’est comme une sorte d’action-réaction, où chaque personnage prend la parole juste après l’autre, donnant ainsi une certaine intensité au récit :

Cléopâtre : Qu'est-ce qui adviendroit plus horrible à la veuë ?

Eras : Qu'est-ce qui pourroit voir une tant depourveuë ?

Cléopâtre : Permettez mes sanglots mesme aux fiers Dieux se prendre.

Charmium : Permettez à nous deux de constante vous rendre.

Tout ceci contribue au lyrisme de cette pièce de théâtre, qui est lui-même accentué par les chants synchronisés du chœur. En effet, on remarque que le chœur prend la majorité de la parole à la fin de chaque acte, comme s’il pleurait ou se lamentait des évènements qui venaient de se passer dans ces actes. De plus, les répliques du chœur sont organisées suivant le format strophe/antistrophe ; ce qui fait naître un contraste d’idées et une certaine mélancolie lyrique : les strophes, qui ont une connotation positive et expriment gaieté et joie, sont opposées aux antistrophes qui sont par essence chantées sur un air déprimant et mélancolique. En voici un exemple tiré du second acte :

Strophe.

A qui ne sont cogneuës

Les races du Soleil,

Qui affrontoyent aux nuës

Un superbe appareil,

Et montagnes portées

L'une sus l'autre entées ?

Antistrophe.

La tombante tempeste,

Adversaire à l'orgueil,

Escarbouilla leur teste,

Qui tropuva son recueil

Apres la mort amère

Au ventre de sa mère.

Ainsi donc, l’organisation de la pièce, de même que sa richesse en procédés littéraires et linguistiques (figures de style, tirades, etc.) et la dichotomie strophe/antistrophe contribuent grandement à l’aspect lyrique de cette tragédie d’Étienne Jodelle.

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