Dan Yack

par

Résumé

Première partie – Le Plan de l’aiguille

 

Chapitre premier : Hedwiga

 

Début septembre 1904, Saint-Pétersbourg. Dan Yack est un millionnaire britannique, célèbre dans les milieux mondains pour sa folie et son insatiable soif de fête. Quand le roman commence, il a appris depuis peu la mort de son oncle Carlos Yack William, dont il est le seul héritier. Il est désormais en possession de la firme d’armateurs William and William, basée à Liverpool, au capital de 25 millions de livres. De fait il doit quitter définitivement Saint-Pétersbourg pour l’Angleterre. Cela ne se fait pas sans désagrément sentimental puisque la belle Hedwiga, son amante, refuse de venir avec lui. Amoureuse et reconnaissante pour tous les plaisirs qu’il a su lui procurer, elle décide néanmoins de rester en Russie et d’épouser l’aristocrate qui la convoite depuis quelque temps. Lorsque pendant la nuit de fête qui précède son départ Dan Yack aperçoit par hasard Hedwiga, lui à pied, elle dans une voiture tirée par la jument Iskra, dont Dan lui a fait cadeau, notre héros est pris de l’envie de la voir une dernière fois. Il entre donc dans un bar et demande le téléphone. Comme Hedwiga ne répond pas, il désespère, et pour distraire son chagrin il lance une grande fête dans l’établissement, avec tous les clients. S’il s’endort rapidement sous une table, ce n’est pas le cas de tous les convives : quand il s’éveille, Arkadie Goischmann, poète juif, Ivan Sabakoff, sculpteur russe, et André Lamont, musicien d’origine française, sont en train de discuter vivement, au sujet du lien entre création et argent. Les trois hommes confient que leur carrière artistique les tient dans la misère et qu’ils sont las de cette vie. À ces mots, Dan Yack surgit et, détaillant l’état de sa fortune, il leur signe chacun un chèque en blanc, qu’ils pourront remplir à leur guise, dans la limite qu’il vient d’énoncer. Puis lui vient une nouvelle idée : puisque chacun rêve de rompre avec le cours habituel de l’existence, Dan Yack leur propose de l’accompagner tous frais payés pour un tour du monde maritime ainsi qu’une année sur une île déserte. Les artistes, une fois l’étonnement passé, acceptent de relever le défi.

 

Chapitre second : Longitude 164° 3′ E (de Greenwich), Latitude 67° 5′ S

 

Mars 1905. Nos quatre aventuriers sont en mer depuis quelques mois, conduits par le commandant Deene. Dan a également embarqué le chien de son défunt oncle, Bari. Comme le tour du monde entrepris touche à sa fin, Dan Yack décide qu’il est de temps de choisir l’île où ils logeront pendant un an. Pour ce faire, il propose un jeu de hasard et d’adresse : chacun des quatre futurs colocataires doit tirer au revolver sur une mappemonde suspendue au plafond – le commandant Deene définira ensuite laquelle des destinations atteintes correspond le mieux à leur dessein. Mais André Lamont n’aime pas ce jeu et, habile au tir, il vise volontairement le fil qui tient la mappemonde au plafond, laquelle s’échoue au sol et se brise. Dan Yack est fâché, mais il se réconforte rapidement avec son passe-temps favori, la musique, ou plus précisément la mécanique des phonographes et des gramophones. Dan Yack est loin d’être un esthète – il n’a jamais lu de livres et considère les œuvres d’art publiques comme des obstacles à la circulation – c’est en écoutant les cris d’un phoque qu’on tue, enregistré pour lui par un ami chasseur, qu’il se met du baume au cœur. C’est en écoutant ce même enregistrement que lui vient l’idée de leur destination : l’île Sturge, archipel Balleny, océan Antarctique. Malgré la difficulté de progresser dans une mer glacée sans bateau adapté, ils y arrivent bientôt. Le commandant Deene les laisse à leur sort, chien compris, et les quatre hommes doivent se protéger tant bien que mal du blizzard hivernal dans leur maison démontable.

 

 

Chapitre troisième : Hivernage

 

Les jours passent sur l’île Sturge. Étant donné la rudesse du climat et l’étroitesse de l’habitation, le séjour n’est pas des plus agréables. André Lamont travaille obstinément à son projet de symphonie mais il doit sans cesse lutter contre l’angoisse de cette suspension du temps (il fait nuit à toute heure à cette période de l’année). C’est lui qui prend l’initiative discutable de détruire montres et autres indicateurs temporels. Il vit une sorte de cauchemar permanent, dormant très peu. Arkadie Goischmann demeure pour sa part dans l’oisiveté absolue, fumant en continu, totalement mutique, absorbé par ses souvenirs, que dans cette retraite il arrive à revivre de manière très vive. À un moment il est pris de l’envie d’écrire – mais l’envie disparaît aussitôt dans la facilité et le plaisir de la contemplation des souvenirs. Sa seule activité concrète : tirer inlassablement sur son nez dans l’espoir de l’allonger. Ivan Sabakoff est peut-être celui qui vit le mieux l’exil. Il est tous les jours actif, a beaucoup d’appétit, et projette pour son retour la création d’une grande œuvre à la gloire de Dan Yack. Le chien Bari quant à lui apparaît triste, il ne comprend pas pourquoi on lui impose cette nouvelle routine inconfortable, froide, frugale. Il se console en traînant aux pieds d’André, « qui sentait la chienne ». C’est une des raisons pour laquelle Dan Yack a de l’animosité envers André. Dan est en outre celui des cinq qui souffre le plus de ne pouvoir connaître précisément l’heure. Pour contrer l’absence de montre, il se sert des boîtes de conserve usagées comme d’un calendrier. Mais il prend une décision bien téméraire, qui consiste à jeter dans la nature tout ce qu’ils ont de vivres excédents. Il craint également de briser son monocle (il a oublié d’en prendre plusieurs) et s’impatiente de la chasteté imposée par les lieux. Il se réfugie dans la musique, qu’il écoute avec un petit phonographe portatif avec oreillettes, immobile sur son lit.

 

Chapitre quatrième : Le soleil

 

Les jours passent, l’été approche. Loin d’apaiser les âmes, le retour du soleil semble réveiller la folie des cinq aventuriers. L’inimitié entre André et Dan atteint son sommet quand, pour fêter le premier rayon de lumière, ce dernier joue en parallèle sur tous ses phonographes les différents hymnes nationaux des voyageurs. André en fait est accablé de ce que le soleil existe encore, et explique que le but de sa symphonie était de le détruire. Il confie dans le même temps qu’il a depuis longtemps la syphilis et qu’elle est en train de le tuer. Dan comprend alors que l’attachement de Bari à André est dû au fait que celui-ci est malade, et diffuse une odeur particulière qui sied au chien. André à partir de là sombre dans l’alcool et, un jour de crise, s’enfuit avec le chien. Ils finiront par mourir dans la fonte estivale des glaces. Arkadie est également horrifié par le soleil, ne supporte pas de se revoir, d’autant qu’il a largement enlaidi. Alors qu’un jour le soleil tape, il croit avoir le scorbut et imagine qu’il va mourir dans les minutes qui suivent. Dan tâche de l’aider mais quand il vient à sa rencontre Arkadie s’est coupé le nez. Il mourra seul dans la maison abandonnée aux ouragans. Ivan a emménagé à l’extérieur pour pouvoir sculpter la glace toute la journée. Quand Dan horrifié par les folies d’André et Arkadie va le rejoindre, il le trouve mort, écrasé sous une sculpture à l’effigie du millionnaire britannique. Au terme de cette quatrième partie, Dan Yack est le seul survivant de l’expédition, la plupart des vivres sont perdus, la maison détruite.

 

Chapitre cinquième : Port-Déception

 

Pendant quelques mois, Dan Yack vit dans une tente, se nourrissant du pudding qu’il gardait en réserve pour Noël. Il tue le temps en jouant aux dés. Bientôt l’été se termine et, au grand étonnement de Dan qui ne s’attendait plus à être sauvé, le commandant Deene revient, dans le délai qui était prévu. Après quelques semaines de voyage pendant lesquelles le commandant enrage d’avoir de nouveau l’excentrique Dan à son bord, le bateau débarque à San Carlos, au Chili. Là Dan dilapide sa fortune dans l’organisation de fêtes somptueuses et orgiaques avec l’équipage. La fête n’est interrompue que lorsque Gonzalo Hortalez junior, de la Compagnie d’armateurs Gonzalo Hortalez, basée à Punta Arenas, vient jusqu’à San Carlos pour parler affaire. Ce dernier apprend à Dan qu’une entreprise norvégienne a mis à profit les innovations industrielles pour prendre possession du marché. À Port-Déception, les Norvégiens chassent au canon et au harpon-torpille tout ce que l’océan compte de baleinoptères, avec sur place un bateau-usine pour transformer directement le fruit de la chasse en produits commercialisables. L’idée de Hortalez est de fusionner l’entreprise de Dan et celle de sa propre famille pour essayer de rattraper le retard pris sur ces Norvégiens. Mais Dan a un plan plus audacieux : il faut dissoudre les anciennes entreprises et en créer une nouvelle, en poussant à l’extrême le système norvégien. À l’endroit où les Norvégiens mettaient leur bateau-usine l’été, ils construiront une usine permanente qui fonctionnera sans cesse été et hiver, en récupérant absolument tous les déchets, faisant des cordages avec les nageoires, des vêtements avec la peau, du linoléum avec les boyaux, de la colle et des engrais avec les os. Dan veut également lancer une gamme de conserves alimentaires à base de gibbar. En somme, il veut prendre les Norvégiens de vitesse. Hortalez est séduit par le projet.

Dan Yack vit quelques mois très heureux à San Carlos, le temps que l’affaire se mette en place, puis il part pour Port-Déception, où s’édifie une ville pour les ouvriers de la compagnie, Community-City. Aidé par les trouvailles de Doktor Schmoll (l’inventeur du linoléum en boyaux de baleine), le projet de Dan Yack fonctionne à merveille et, en cinq ans, la compagnie norvégienne est totalement absorbée. La sixième année, Hortalez passe l’été à Port-Déception, et vient accompagné de son épouse, Dona Heloisa, qui fait un grand effet : Community-City compte 711 habitants mais aucune femme. Dan Yack tombe amoureux. Quand les Hortalez repart, il est résolu à transformer Community-City en une sorte de paradis terrestre. Ainsi il autorise et même incite les ouvriers à aller chercher des épouses sur le continent afin que la population se développe ; il demande à Doktor Schmoll d’étudier les vertus médicinales potentielles de la baleine (grandes selon les traditions des baleiniers) dans l’espoir d’atteindre l’autonomie du point de vue de la santé ; enfin il entreprend de construire une pouponnière où les enfants seront nourris à l’huile de foie de phoque – animal qu’il chassera de ses mains. « Le Plan de l’aiguille » se clôt sur le septième hiver de Dan Yack à Port-Déception, pendant lequel transi d’amour pour Dona Heloisa, tout en chassant le phoque avec une efficacité redoutable, il tergiverse sur ce qu’il serait bon de faire vis-à-vis de leur relation : la tuer ? se tuer ? étouffer le sentiment ? Il ne trouve pas de réponse et se noie dans l’alcool.

 

 

Deuxième partie – Les Confessions de Dan Yack

 

 

Le dispositif narratif change du tout au tout dans cette deuxième partie. La narration traditionnelle du « Plan de l’Aiguille », à la troisième personne du singulier, aux temps du récit, fait place à une parole libre, désordonnée, à la première personne : Dan Yack s’enregistre en train de lire et de divaguer avec un dictaphone, et ce que nous lisons est une retranscription de ces enregistrements.

 

Rouleau un

 

Janvier 1925, Plan de l’Aiguille, Chamonix. Dan Yack parle principalement d’une certaine Mireille, qui semble avoir été son amante durant l’ellipse d’une dizaine d’années qui a lieu entre les deux parties du roman. Mireille malheureusement a été gravement malade et elle est décédée. Il ne reste à Dan que le petit cahier où Mireille écrivait, et il passe son temps à essayer de lire, et de s’enregistrer le lire à voix haute. Il est obsédé par la possibilité de l’oublier. Dan semble dire qu’il a un fils, mais ne dit pas d’où il vient, ni avec qui il l’a eu.

 

Rouleau deux

 

Dan Yack s’adresse à la jeune dactylographe chargée de retranscrire les enregistrements qui, s’excuse-t-il, ne sont pas d’excellente qualité. Il prend le soin de détailler longuement ce qu’il aimerait qu’elle s’achète avec le billet qu’il joint à l’envoi – une robe Chanel par exemple.

 

Rouleau deux bis

 

Dan Yack lit ce qui semble être les premières pages du cahier de Mireille. Dans cet extrait, elle raconte son enfance de manière très elliptique, entre incompréhension face à l’arbitraire de l’éducation et confusion des premières découvertes sentimentales et sensuelles.

 

Rouleau deux ter

 

Suite du cahier de Mireille. L’enfance de la jeune fille prend un tour plus tragique : sa famille s’étiole, tombe dans la misère et au bout du compte le père meurt, en laissant une maigre fortune.

 

Rouleau trois

 

Dan Yack se remémore sa rencontre avec Mireille. On apprend qu’il a quitté Port-Déception pour combattre les Allemands en Europe pendant la Première Guerre mondiale. Revenu du front, il erre dans Paris et une prostituée nommée Théréson s’amourache de lui – Théréson est la mère de Mireille. Bientôt la mère lui présente sa fille. Dan et Mireille tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre. Quand Mireille confie ses sentiments, Théréson est horrifiée, mais Dan propose aussitôt d’épouser Mireille. L’affaire est réglée.

 

Rouleau quatre

 

Dan Yack va plus loin dans la rétrospection et se souvient de ses derniers temps à Port-Déception. Il raconte que les Allemands ont pris le contrôle de la compagnie et de Community-City par le biais de Doktor Schmoll. Las de sa vie à Port-Déception, et de l’accumulation stérile de richesses, Dan n’a pas particulièrement cherché à résister. Néanmoins il garde un souvenir épouvanté de l’été qu’il a passé là-bas sous contrôle allemand : les autorités germaniques refusaient que les baleiniers s’éloignent de Port-Déception et toute la pêche s’est faite aux abords de la ville ; ainsi, tout le bord de mer était ensanglanté, et l’ivresse du sang faisait tourner les têtes. C’est avec soulagement et sans regret que Dan fuit pour l’Europe à bord d’un bateau américain et s’engage dans l’armée.

 

Rouleau cinq

 

Dan Yack s’adresse de nouveau à la dactylographe, parce qu’il a trouvé par hasard un petit cahier supplémentaire dont il ignorait l’existence. Il lui raconte que Mireille avait une lésion au cœur mais qu’elle est morte d’autre chose, une mystérieuse maladie qui minait à la fois son esprit et son corps. Il ajoute que Mireille était passionnée de cinéma et qu’il n’a pas hésité à dépenser tout l’argent nécessaire pour fonder une société de production et la faire jouer dans des films. Ainsi il se peut que la dactylographe ait déjà vu Mireille, sur un écran de cinéma. Toutefois, Dan n’apprécie pas les films dans lesquels elle a joué, car les réalisateurs, trop sérieux, ne la montrent jamais rire.

 

Rouleau cinq bis

 

Dan Yack lit le nouveau petit cahier. Mireille y raconte ses belles années avec Dan, détaille son goût pour les voyages en taxi et le cinéma.

 

Rouleau cinq ter

 

Suite du petit cahier de Mireille. Elle décrit son expérience d’actrice de cinéma. On ne la fait jouer que dans des films fantastiques, dont le tournage s’avère parfois dangereux – adaptations des Contes d’Hoffman, puis d’Edgar Poe, puis L’Ève future. Sa carrière doit cesser quand elle tombe malade.

 

Rouleau six

 

Dan Yack divague, se remémore les moments les plus insoutenables de la guerre, songe que la Nouvelle-Zélande est a priori un paradis terrestre.

 

Rouleau sept

 

Dan Yack nous renseigne sur ce qu’est devenue Hedwiga. C’est à vrai dire une des personnes qui a le plus souffert de la révolution soviétique. Le bruit court que pour échapper aux révolutionnaires elle s’est enfermée dans une porcherie et s’est fait progressivement dévorer par les cochons. Dan se souvient qu’une des choses les plus difficiles à la guerre était l’abstinence sexuelle.

 

Rouleau huit

 

C’est l’anniversaire de la mort de Mireille. Dan Yack décide de retourner à Paris. Ce faisant, il se souvient du dernier jour qu’il y a passé. Voyant Mireille dépérir, il va demander conseil à son ami Max Hyène, très au fait des dernières innovations médicales, notamment parce que Mme Hyène a des tendances hypocondriaques. Max cependant ne lui est d’aucune aide. L’ami reste d’ailleurs perplexe lorsque Dan lui confie qu’il n’a jamais couché avec Mireille et que cela ne l’a jamais dérangé.

 

Rouleau neuf

 

Dan Yack est de retour à Paris. Il y prend de nouvelles habitudes. Il décide finalement d’aller chercher son fils. En fait il se rend à cette occasion dans un orphelinat et adopte un enfant russe âgé de onze ans, qui lui rappelle Hedwiga. Il s’appelle Nicolas mais compte bien le renommer Dan Yack dès que ce sera possible. Dan l’ancien se promet aussi d’apprendre à rire à son fils.

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