Dan Yack

par

La déception et le questionnement sur la nature humaine dans les confessions

Toutes ces expériences, ces projets pleins d'enthousiasme, quelques peu originaux et qui tombent à l'eau finalement représentent l'idée de déception que se fait Blaise Cendrars vis à vis de l'humanité. Il s'est largement inspiré de sa propre vie, notamment de sa connaissance des Alpes, ayant vécu en Suisse, puis en France, pour situer l'action et les endroits dans lesquels le héros s'est reclus vers la fin de l'œuvre. Il s'en est aussi inspiré pour sa connaissance de la Russie, mais plus globalement de la soif de découverte du personnage, de ses voyages et de ses aventures. Il est curieux, vif, inventif et fantaisiste à certains égards. L'auteur se pose aussi les questions autour de la conscience de l'écrivain et de l'importance de l'écriture pour celui qui vit des expériences. Cependant Dan Yack n'écrit pas ses confessions, il les dicte à un dictaphone, considérant que cela ''réveille tous les échos'', le narrateur d'ailleurs ajoute : ''Ce livre n’a pas été écrit. Il a été entièrement dicté au dictaphone. Quel dommage que l’imprimerie ne puisse pas également enregistrer la voix de Dan Yack et quel dommage que les pages d’un livre ne soient pas encore sonores. Mais cela viendra.
Pauvres poètes, travaillons…
''

Dan Yack, est ainsi insatiable, riche, enthousiaste pour beaucoup de projets, beaucoup d'idées et de moyens financiers et techniques, mais se lasse rapidement, un peu à la manière d’un enfant par exemple. Il est souvent déçu, comme lorsqu'il apprend, à son retour vers la société normale, mixte (plus exclusivement masculine), que la femme dont il est amoureux est désormais la compagne de son associé. Les déceptions existent encore pour l'humain et ce malgré le progrès, l'époque moderne, les techniques les sciences la rapidité des transports. Cendrars montre que le héros est un homme moderne mais un homme aussi, simplement pris ''dans la tourmente de son siècle'', victime de la crainte de l'ennui, de l'immobilisme, de la folie et de l'extrême qui finissent par lasser. L'Homme reste l'Homme et aucune époque ne pourra le changer, c'est sans doute ce que cherche à démontrer l'auteur, bien que cela ne soit pas un constat d'échec, mais simplement la manière dont il voit l'évolution humaine, et les points qui ne pourront pas changer. L'être humain est ainsi, même si son environnement et la technique évoluent.

C'est ainsi qu'il finit reclus à la montagne et qu'il va rédiger ses mémoires, ce qui entraine un changement de schéma narratif, d'où le titre du roman '' Les confessions de Dan Yack '', afin de confier ses aventures et prendre du recul par la réflexion. L'endroit où il se retrouve n'existe pas vraiment bien que Cendrars en fasse une description géographique précise, près de Chamonix et de Saint Gervais dans les Alpes Savoyardes françaises, il le nomme '' Le plan de l'Aiguille '', d'où le titre du premier roman, bien que ce sommet ne soit visible nulle part dans les Alpes. Le mot aiguille, comme dans l'expression ''aiguille dans une botte de foin'', est sans doute utilisé pour exprimer la difficulté, voire l'impossibilité de trouver le lieu.

C'est à cet endroit que Dan va observer une vieille promesse : ''Mireille est morte. Je lui ai fait la promesse de lire tous les jours son petit cahier pour bien penser à elle.[…] Je dicte et je dicte à nouveau et recommence et redis toujours les mêmes passages et je gâche les rouleaux'', Mireille c'est la fille d'une ancienne maitresse et il dicte désormais ses souvenirs. Il y relira des cahiers des souvenirs de Mireille, ses histoires, son passé qui se mêle à celui de Dan, l'amour et les expériences de la jeune fille de l'époque. On a donc plusieurs niveaux de narration, entre Mireille et sa vie, sa façon de dicter, puis la lecture par Dan de ces manuscrits, sa parole au dictaphone, ainsi que le narrateur extérieur, tiers qui relate la manière dont les confessions sont rédigées. Il relit ces manuscrits, et découvre aussi les problèmes rencontrés par Mireille, qui voulait les refaire en rouleaux, puis a renoncé : ''Je suis tout de même descendu à Chamonix. Je voulais mettre les premiers rouleaux à la poste. Je ne sais pas pourquoi, je les ai encore rapportés ici. Et maintenant, je recommence. Je dicte encore à haute voix. Je dicte à la machine qui ronronne. Je recommence tout, mais je n’alterne plus les rouleaux''. Ces cahiers sont une analogie aux cahiers rouges et aux rouleaux qu'utilisa l'auteur pour écrire ces romans.

S'entremêlent donc les souvenirs qu'il relit, mais aussi les siens, et ceux liés à la chasse à la baleine de son entreprise William & William : ''Ce fut un curieux été, pas bleu, mais rouge, rouge. Tout le monde était rouge de sang. […] Quel massacre. Les baleines foisonnaient. Elles étaient si nombreuses qu’on n’avait pas le temps de les viser et qu’on les éperonnait. On fonçait dedans à toute vapeur. De l’évent jaillissait soudain une colonne de sang au lieu d’une colonne d’eau. Hourra ! Hourra ! En quelques secondes les hommes avaient les bras, les mains, le visage aussi rouges que leur chemise de laine rouge.''

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