De l'existence à l'existant

par

La notion lévinassienne de « il y a »

Le philosophe, dans De l’existence à l’existant, pose ceparadoxe absolu sur lequel nous nous sommes tous interrogés un jour :pourquoi, lorsqu’en nous ou en l’environnement extérieur il ne semble rien yavoir, pourquoi, à chaque absence ou à chaque vide, nous semble-t-il quequelque chose subsiste, né justement de l’absence et du néant ? Comment lanon-existence, l’absence, peuvent-elles donc créer, finalement, une présencedont nous pouvons parler, que nous reconnaissons, que nous pouvons presquenommer ?

Par exemple, si nousenvisageons un monde dans lequel tout est détruit, dans lequel plus rien detangible ne subsiste, si nous imaginons le néant, nous avons nié l’existence detout le reste au profit, justement, du vide absolu. Le néant existe doncimaginairement, à la place du matériel. Cependant, son existence demeure, alorsque le propre du néant est justement une non-existence totale de quoi que cesoit. Ainsi, lorsque nous essayons, dans notre tête, de ne penser à rien, cettetentative s’avère impossible puisque nous pensons précisément à« rien », à un concept de vide que nous pouvons toutefois nousreprésenter.

Ce paradoxe rappelé parLévinas montre ainsi toute l’ampleur de la question. La destruction, l’absence,semble appeler irrévocablement une existence à elle propre. Quelle que soit lamanière dont nous l’imaginons, l’absence de toute chose peut se matérialiser enpensée ; même si c’est comme un monde totalement muet, aveugle et sourd,par une obscurité sans pareille, cette absence aura tout de même unereprésentation mentale que bon nombre partagent.

Lévinas s’approche de cettenotion de la perpétuelle existence du non-existant, qu’il nomme « il ya », par le biais de nos états de faiblesse psychique, de relâchement del’esprit, de détente du corps. Par exemple la fatigue : lorsque noussommes sur le point de nous endormir, le monde autour de nous sembledisparaître. Les formes et les contours de notre environnement s’estompent, lescouleurs s’assombrissent et il ne nous reste plus que la certitude, pervertiepar le sommeil venant, que tout ce qui nous entoure existe encore. À nos yeux,plus rien n’existe alors, cependant, nous savons qu’il continue de demeurer lemême environnement. Ainsi, le paradoxe s’affiche clairement, car, malgré lanon-existence de ce qui se trouve autour de nous, notre environnement continued’exister par le fait même qu’il disparaît.

Lévinas nous proposeégalement le cas de l’insomnie. En effet, lorsque nous sommes seuls dans lenoir sans parvenir à trouver le sommeil, nous avons pleinement conscience quela nuit absorbe tout. Nous ne faisons rien, n’agissons sur rien. Cependant, ce« rien » mentionné n’est pas synonyme de néant complet : eneffet, si, dans le noir, privés de nos sens et livrés au vide que nouspercevons, nous ne distinguons plus ni nos traits, ni notre physique, ni notreenvironnement, quelque chose demeure pourtant : la présence qui nouspermet d’avoir conscience de tout ce phénomène. Quand la nuit ôte la totalité dece que l’on a, il ne nous reste que ce « moi », cette présence, lamême que l’auteur définit lorsqu’il énonce la phrase « il pleut », ou« il fait chaud ».

Cette présence constante,universelle, qui demeure lorsqu’il ne reste plus rien d’autre, Lévinas la nomme« il y a », véritable jointure qui lie ce paradoxe de l’existence etdu non-existant.

L’entreprise de l’auteur visera donc à chercher la bonne méthode pour selibérer de cet « il y a », selon lui forme aliénante et diminuante del’être humain. Nous allons donc approfondir avec lui cette démarche.

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