De l'existence à l'existant

par

Le rapport avec autrui

Une fois sa conscience assumée et son moi reconquis face à l’« il y a », l’être humain doit encore accomplir un pas supplémentaire. Reconnaître son existence dans le néant est certes une chose, mais elle n’est pas suffisante pour acquérir une totale liberté, une totale revendication de soi-même. C’est là que, selon Levinas, le pas le plus difficile reste à faire.

En effet, cette nouvelle existence, cette nouvelle liberté est considérée par l’être humain comme merveilleuse mais à la fois porteuse de bon nombre de difficultés. Assumer sa propre existence, que l’on ne connaissait pas du tout et que l’on vient juste de reconquérir, s’avère être une entreprise ardue. Reconnaître son moi ne suffit donc pas, il faut ensuite savoir l’utiliser, l’assumer, l’adopter afin de faire totalement corps avec lui et de s’arracher à l’« il y a ».

Selon Lévinas, c’est par la relation au monde que le moi peut réellement s’affirmer. En effet, un objet seul, dénué de tout environnement et de repères, n’a aucun point de comparaison et ne peut se confronter à rien dans son existence. Celle-ci n’est donc vraiment réelle que si elle est mise en relation avec autrui ou le monde extérieur en général.

Lévinas nous explique donc l’intérêt que comporte le désir de la possession sur l’affirmation du moi. En effet, si la conscience nous terrifie et nous paraît être un fardeau insupportable, cela vient du fait qu’elle est la seule et unique chose que le moi possède. Moi et conscience ne font qu’un, et cette possession qui n’en est pas une est donc source de frayeurs et d’angoisses.

Le moi a donc besoin d’une autre source de possession pour se débarrasser de celle qui l’étreint trop violemment. En désirant des objets, il transpose alors cette volonté sur des éléments sans rapport avec lui : « Le souci d’exister est absent de l’intention. En désirant, je ne me soucie pas d’être, mais suis absorbé par le désirable, par un objet qui amortira totalement mon désir. » Le désir de possession n’existe donc que si l’on confronte le moi avec l’extérieur, avec son environnement, et disparaît si le moi se retrouve à nouveau seul. En désirant, on se détourne de son existence, on reconnaît la réalité d’autres éléments qu’on désire s’approprier. Le désir, né de notre moi, va donc tisser un lien entre conscience et extérieur. Le point de comparaison hors de soi est donc trouvé, atteint. Faire face au monde est donc une qualité indispensable pour s’affranchir du « il y a ».

En lien avec cette idée apparaît le fardeau de la solitude. Ce moi qui désire est pourtant toujours totalement seul, même s’il parvient à satisfaire des envies, car celles-ci vont devenir siennes et faire partie intégrante de son moi. Il est donc nécessaire de trouver une autre source de confrontation, source dont on ne peut ni voler ni s’approprier l’individualité. Si le désir porte sur des objets, la relation avec le sujet, elle, est dépourvue de toute aliénation. C’est donc le rapport avec autrui qui libèrera totalement le moi, car on ne peut s’approprier autrui, il ne peut devenir une partie du moi à la manière des objets. Autrui nous affranchit du « il y a » par sa capacité à être également un moi. Aussi, cette relation à sens double se dote d’une dimension éthique qui caractérisera l’œuvre de Lévinas.

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