De la brièveté de la vie

par

L’homme face à la nature

Ce livre est une interpellation sur notre mode de vie et sur notre conduite. Les hommes craignent le temps qui passe et la vie parce qu’ils dilapident les moments que cette dernière leur offre. La vie nous offre tous les ingrédients nécessaires à sa gestion équilibrée et harmonieuse. Sénèque pense que l’homme doit rejeter toutes les préoccupations du monde sensible, car ces préoccupations matérielles les privent du meilleur que la vie a à offrir.

Plus loin l’auteur affirme que les hommes passent la plupart de leur temps à reporter à plus tard leurs projets, qui ne seront finalement pas réalisés. Il prend pour exemple l’empereur Auguste : « Le divin Auguste, à qui les dieux avaient plus accordé qu'à tout autre mortel, ne cessa de réclamer pour soi le repos et de souhaiter d'être délivré des soins du gouvernement.» (P.4) La retraite anticipée de l’empereur a pour but de lui permettre de récupérer sa liberté. La gloire dont il jouissait venait de la doxa et cette origine l’empêchait de se réaliser en tant qu’individu, car tout son temps était accaparé par des choses extérieures. D’où le fait que l’évasion et le repos soient perçus par l’empereur comme une source de libération. L’auteur prend également l’exemple de Livius Drusus et montre le suicide de ce dernier, non pas comme un aveu d’échec, mais plutôt comme le chemin d’accès au monde intelligible. Chez Sénèque, le suicide est un signe d’accomplissement. C’est une des raisons pour laquelle l’auteur ne quantifie pas la vie en nombre d’années vécues. Il s’agit plutôt d’une qualification de l’existence dépendante de la manière dont chacun la mène.

Il s’agit ici du rapport, de la relation que les hommes entretiennent avec la nature et le monde. Le refus de mener une existence dominée par les passions a conduit de grandes figures de l’histoire à entreprendre des actions différentes. Le monde extérieur rend l’homme esclave de ses plaisirs et de ses excès, il le dépossède de son être et de sa raison. L’auteur compare cet esclavagisme de l’homme à une maladie. Il propose donc une philosophie qui va permettre aux hommes de se débarrasser de ces préoccupations matérielles. Il précise que les hommes ne devraient pas se préoccuper des choses qui ne dépendent pas d’eux et qui contribuent à les avilir. L’homme est aliéné par les passions et les désirs. Dans son rapport avec le monde, l’homme doit respecter la nature. Il ne doit pas chercher à se projeter dans le temps, mais plutôt à s’accorder avec la nature.

Par ailleurs, Sénèque définit une vie saine comme une existence réglée par la raison. Mais il reconnaît que ce mode de vie n’est pas facile à adopter et à maintenir : « Bien des grands hommes se sont affranchis de tout soin, ont renoncé aux richesses, aux emplois, aux plaisirs, pour ne s'occuper, jusqu'au terme de leur carrière, que de savoir vivre. Cependant presque tous ont avoué, en quittant la vie, qu'ils n'avaient pu acquérir cette science : comment à plus forte raison les hommes dont nous parlons l'auraient-ils apprise ? » (P.6). Il revient sur la difficulté d’une telle entreprise et par ce fait, montre clairement que ceux captivés par les plaisirs ne peuvent mener une vie saine, même s’ils le souhaitent. Vivre sainement requiert une éducation, un apprentissage : « Cependant, aucune science n’est plus difficile que celle de la vie. » (P.6). Ceux qui sont ancrés dans les passions de la vie se font voler leur temps et ont toujours la sensation que leur vie a été courte. La raison permet donc de maximiser le temps que la nature nous donne.

Après avoir ainsi identifié les raisons pour lesquelles les hommes se plaignent de la nature, l’auteur propose un essai de solution. Il arrive à la conclusion que ceux qui ont mené une vie de plaisirs ont la sensation d’être passé à côté de la vie elle-même. Ce fait se vérifie dans l’attitude de certains vieillards qui regrettent leur vie passée et leur mort prochaine. Sénèque propose une thérapie contre les passions à partir d’une conception rationnelle du temps.

En définitive, cette œuvre nous appelle à entreprendre une démarche philosophique. Nous ne devons pas limiter notre existence aux plaisirs, mais la rendre utile par nos accomplissements. Les conseils de Sénèque et la manière accessible dont il les présente confirment son immense talent de pédagogue.

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