De la nature humaine

par

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Thomas Hobbes

Chronologie : Vie, Regards
sur l’œuvre, Éléments sur la pensée

 

1588 : Thomas Hobbes naît à
Westport en Angleterre. Il est le fils d’un ecclésiastique. Il fait ses études
au Magdalen Hall, à Oxford. À vingt ans il devient le précepteur du fils aîné du baron William Cavendish, et l’accompagne deux années durant lors de son « grand tour » à travers l’Europe. À cette période Hobbes étudie
assidument le grec ; il se lie également d’amitié avec Ben Jonson et
Bacon. À la mort de son élève, en 1628
– année où il publie une traduction de l’Histoire de Thucydide que l’on
édite encore –, il devient pour trois ans le précepteur du fils du comte de
Clifton, avant de revenir chez les Cavendish s’occuper de leur troisième fils.
Des lettres classiques, son intérêt gagne les sciences, et lors d’un nouveau voyage en Europe il en profitera
pour rencontrer des sommités comme Galilée. En 1630, il a publié un Short
Tract on First Principles
, résultat de son étude du problème de la vision, envisagée sur un
mode mécaniste. En 1640, en raison des troubles politiques, le partisan de
l’absolutisme qu’est Hobbes part vivre à Paris,
où il fréquentera Descartes et Gassendi. Il ne retournera en Angleterre qu’en 1651.

À l’époque de Hobbes, la politique donne un spectacle
de violence et de haine
, aussi bien en France, où se déroulent les guerres
de religion, qu’en Angleterre, où sévissent des luttes intestines et une guerre
civile. Ce climat infléchira grandement sa pensée philosophique et ses prises
de position en faveur de l’absolutisme
de l’État
. Cependant, Hobbes se gagnera l’opposition des partisans de
Charles Ier et de Charles II car il basait sa pensée politique sur
un matérialisme sensualiste et mécanique radical, une anthropologie
réaliste, plutôt qu’un légitimisme de droit divin.

1642 : Du citoyen (De cive),
première section parue des Éléments de philosophie (Elementa philosophiae), en constitue en
réalité la troisième. La question du citoyen permet à Hobbes d’étudier le
passage de l’état de nature à l’état civil des sociétés humaines, la société
civile apparaissant comme un remède à la guerre universelle qu’imagine le
philosophe, à l’œuvre à l’état de nature. En effet, le droit naturel est
synonyme de mort pour Hobbes, les lois naturelles, morales, n’ont pas cours
selon lui à l’état de nature ; il faut qu’une souveraineté, effet d’une institution civile, définisse un droit civil. Le philosophe pose ainsi
les bases du positivisme juridique. Dans
la première partie, « Liberté », Hobbes étudie, à l’état de nature,
l’état des hommes hors de la société civile, ainsi que la loi de nature.
« L’Empire » se penche sur les organes de la société, les formes de
gouvernement, les menaces qui pèsent sur l’union des hommes, mais encore le droit
des maîtres, des pères, et les devoirs des puissants. Une dernière partie,
« La Religion », énumère les divers modes du règne de Dieu et traite des
conditions pour rejoindre son royaume.

1650 : Dans De la nature humaine ou Éléments
fondamentaux de la politique
(Human
Nature, or the Fundamental Elements of Policy
), Hobbes s’attache à étudier la nature humaine à travers le prisme
de ses passions, ceci afin de
déterminer la conditions de possibilité d’une communauté d’hommes. De l’homme, qui paraîtra huit ans plus
tard, constitue une version plus achevée de ce traité.

1651 : Dans son œuvre majeure, Léviathan, fondatrice de la philosophie politique moderne, Hobbes
repense le corps politique selon des principes rationnels. Il vise en effet une
science politique, qu’il établit sur
un mode mécaniste à partir de son étude des mouvements des corps et de
l’esprit. Dans la partie « De l’homme »,  plutôt que de considérer l’homme d’abord comme un animal
politique, Hobbes le décrit comme un être
de passion
, marqué par l’insatisfaction, une précarité qui le pousse à désirer toujours plus, tendance qui
engendre la guerre de tous contre tous
« bellum omnium contra
omnium »
– qu’est l’état de nature selon le philosophe, mais qui n’est
qu’une hypothèse. À l’état de
nature, selon la formule célèbre, l’homme
est ainsi un loup pour l’homme :
« homo homini lupus ». Hobbes
en vient ensuite à discuter l’apparition du langage, qui tire l’homme hors de la condition animale et fonde le
rapport à autrui. Ce langage peut produire des définitions claires, mener à la
vérité, ou engendrer de fausses querelles. Il a donc une portée politique et de lui dépend la possibilité d’un lien social. Dans « Of
Common-Wealth », titre traduit par « De l’État » ou « De la
République », Hobbes développe sa théorie
du contrat
selon laquelle chaque individu, poussé par une loi de nature –
qui est tout simplement un théorème de la raison – à privilégier sa
conservation à tout prix, abandonne son
droit de se gouverner
pour devenir le sujet
volontaire d’une institution politique
. À son sommet, le souverain, dont l’intérêt se confond
avec l’intérêt général, est la seule
source d’autorité
via la loi ; il remplace ainsi les instances
naturelles ou révélées qui fondaient auparavant la légitimité des pouvoirs
requis par la vie en société. Hobbes transpose ainsi le mécanisme rigoureux
qu’il a observé dans la nature à l’organisation de l’État, qui s’en fait le pendant artificiel en se présentant comme une
machine parfaitement organisée. Le souverain, ingénieur et maître de cette
mécanique, « dieu mortel »,
est représenté en frontispice du traité comme le Léviathan sous la forme d’un
géant couronné, muni d’un glaive et d’une crosse. Hobbes ne justifie en rien la
tyrannie, le totalitarisme, puisqu’il pose, pour le citoyen, le droit inaliénable – et c’est le premier
en philosophie – de se révolter,
dans le cas où il est menacé dans sa vie par le fonctionnement de l’État. L’œuvre
paraît d’abord en anglais, puis en latin en 1668 dans une traduction de Hobbes
lui-même. En 1654 paraissent les Lettres
sur la liberté et la nécessité
(Of
Liberty and Necessity
), qui valurent au philosophe une polémique avec un
évêque.

1655 : Paraît la première section des Éléments de philosophie, Du corps
(De corpore), où Hobbes distingue la philosophie naturelle, étude des corps
naturels ; et la philosophie civile,
recouvrant l’éthique, qui est celle de cet autre corps, artificiel,
qu’est l’État, pourvu d’une âme
artificielle : la souveraineté, et d’une raison et d’une volonté
artificielles : la justice et les lois. Comme il le fait pour la
philosophie, Hobbes attribue une fin
utilitaire
à la science, qui
doit aider à améliorer les conditions de vie de l’homme. Il étudie la méthode
de la philosophie, qu’il fonde sur la logique, art du calcul qui consiste selon
Hobbes à simplement soustraire ou additionner des notions via des syllogismes.
Il décompose la philosophie naturelle en géométrie, mécanique, physique, puis
vient la morale, discipline qui étudie les mouvements psychiques, dont découle
la philosophie politique, laquelle s’intéresse aux mouvements de l’âme.

1658 : De l’homme (De Homine),
deuxième partie des Éléments de
philosophie
, est à rapprocher du traité De
la nature humaine
qui présentait le même contenu mais de façon moins
ordonnée. Hobbes déclare d’abord, en début d’ouvrage, accepter l’enseignement
de la Bible pour les origines du genre humain, puis il expose des principes
physiologiques essentiels. Il s’attarde longuement sur la faculté visuelle, les
illusions d’optique, et dans ce cadre il est mené à définir l’imaginaire. Il
est également question des origines naturelles du langage, source d’erreur, de
mensonge, mal employé par les scolastiques et certains philosophes qui ont
développé un jargon obscur. Il étudie également la science, définie comme la connaissance
des causes
. Puis il en vient aux passions provoquées chez l’homme par
l’action des objets sur ses sens. Il déploie des considérations morales en
posant le bien et le mal comme relatifs, le bien étant ce qui est profitable à la conservation de l’individu. Il parle ensuite de
l’obéissance aux lois, de religion, de foi et de culte. Ce traité sera réuni
avec De la nature humaine pour former
l’édition complète des Éléments du droit
naturel et politique
(
The Elements of Law, Natural and Politics) qui ne verra le jour qu’en 1889. L’édition complète des Éléments
de philosophie
, regroupant donc Du
corps
, De l’homme et Du citoyen, paraît également en 1658.

Les accusations
d’antireligion
portées contre lui par le clergé anglais obligent Hobbes à se retirer
chez ses anciens protecteurs, les comtes de Devonshire, jusqu’à sa mort. Il
publie encore des textes
polémiques 
: Behemoth (1660)
et A Dialogue between a Philosopher and a
Student of Common Law in England
(≈ 1666). Il s’occupera notamment
d’une traduction en vers de l’Iliade
et de l’Odyssée, ainsi que d’une autobiographie
versifiée, Vita carmine expressa.

1679 : Thomas Hobbes meurt à
quatre-vingt-onze ans à Hardwick Hall (Derbyshire). Par son œuvre politique,
Hobbes apparaît comme le précurseur
ou le prophète des totalitarismes aussi bien que des démocraties modernes et des droits de l’homme. Tous les penseurs
politiques après lui l’ont lu ; ont notamment discuté ses thèses Rousseau,
Kant, Hannah Arendt, Leo Strauss ou encore Carl Schmitt.

 

 

« La seule façon d’ériger un pouvoir commun, c’est de confier
le pouvoir et la force à un seul homme, ou à une assemblée, qui puisse réduire
toutes leurs volontés, par la règle de la majorité, en une seule volonté. Cela
revient à dire : désigner un homme ou une assemblée, pour assumer la
personnalité du peuple ; et que chacun s’avoue et se reconnaisse comme
l’auteur de tout ce qu’aura fait ou fait faire, quant aux choses qui concernent
la paix et la sécurité commune, celui qui a ainsi assumé leur personnalité, et
que chacun, par conséquent, soumette sa volonté et son jugement à la volonté et
au jugement de cet homme ou de cette assemblée. La multitude, ainsi unie en une
seule personne, est ainsi appelée République […] Telle est la génération de
ce grand Léviathan, ou plutôt, pour parler avec plus de révérence, de ce dieu
mortel, auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre
protection.

 

Thomas Hobbes, Léviathan, 1651

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