Derniers vers

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L'acceptation stoïque de la mort

La tendance de Ronsard à voirsa mort d’un point de vue principalement anatomique et non sentimental évoquel’épicurisme. Apparaît un certain détachement, comme si le poète vivait cettemort de loin et qu’elle n’était pas la sienne. Il décrit l’agonie, l’aspect ducorps, ce qu’il en adviendra en des termes assez crus et difficiles. Sa mort,bien qu’elle lui soit difficile, est étudiée sous toutes les coutures sansréserve ni pudeur ; le poète devient une sorte de corps à disséquer. Parailleurs, on sent à travers son ton et le temps qu’il privilégie – le passécomposé – que cette mort est définitive, scellée : il n’y a pas de rémissionpossible, pas de retour en arrière. Il va mourir et voilà tout. De plus, aucunremords n’est énoncé. Le poète, bien conscient de sa condition humaine et detout ce qu’elle implique, n’en niant aucun aspect, la met en regard avec lacondition divine, en évoquant ce repos éternel que les dieux n’auront jamais,car à eux seuls est réservée l’immortalité : « La jeunesse des dieuxaux hommes n’est donnée ».

Autre marque de l’acceptationde la mort par l’auteur, son euphémisation récurrente ; la mort n’est pasvécue comme une chose dure et définitive, mais comme quelque chose de doux tel lesommeil. Cette idée de sommeil revient par ailleurs dans bon nombre de sespoèmes : « Je n’ai que lesos », « Longues nuitsd’hiver », ou encore « Quoimon âme ». Mourir serait donc comme glisser doucement dans unprofond sommeil, la seule différence étant que celui-ci ne prendra jamais fin.On peut donc penser que Ronsard part en paix vers un autre monde.

Le dernier élément quiexplique le courage du poète face à la mort est la certitude d’unecontinuité de son âme dans l’au-delà. En effet, il est évident qu’il a lacertitude que si son corps restera en terre, son âme, elle, partira au ciel :« Son âme soit à Dieu, son corps soit à la terre ». Sanscompter qu’il dit explicitement à ses amis qu’il leur gardera une place à sescôtés dans l’autre royaume, présentant donc la mort comme un passage vers uneseconde réalité, où les retrouvailles promises par la religion sont permises.

Ronsard, en évoquant la mortdans ses derniers poèmes, quitte certes la vie dans une certaine douleur, maisune douleur quelque peu amoindrie, mariée à des promesses de persistance d’unepartie de soi et de retrouvailles dans l’au-delà. Selon le poète, sa mort serasemblable à un long sommeil de son corps et un nouvel éveil de son âme, dans unautre lieu.

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