Derniers vers

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Une évocation réaliste et baroque de la mort

Dans ses poèmes, Ronsardtente de s’approcher au plus près de la description de son état physique etmental. Il apparaît comme un dépossédé de son propre corps : celui-ci parten lambeaux tandis que son âme semble s’en aller.

 

A.La dépossession de soi

 

Ronsard nous montre commentson corps se trouve abîmé, faible, en usant et abusant des énumérations. Dans « Je n’ai plus que la peau », sadescription physique est longue et son choix de termes cru : « Décharné,dénervé, démusclé, dépoulpé ». En somme, il n’est plus qu’unsquelette, un amas d’os sans rien pour les souder entre eux ; son corpscommence à lui faire défaut. Il ne sera bientôt plus bon qu’à mettre en terretandis que son âme ira avec Dieu : « Ronsard repose ici […] Sonâme soit à Dieu, son corps soit à la terre ».

Mais en plus d’être dépossédéde son corps, il sent également son âme, sa vie le quitter lentement. Cetteidée de l’âme qui s’en va pour le royaume des morts revient très souvent dans lerecueil. Un poème y est même dédié : « À son âme ». Ronsard s’adresse à elle comme s’il parlait àquelqu’un d’autre, un peu comme si cette âme qui est en lui, en partant, devenaitune entité propre et autonome, capable de penser sans son corps.

 

B.La douleur

 

 Malgré une certaine pudeur de l’auteur qui nes’épanche pas trop sur sa douleur, on la sent tout de même présente à travers certainstermes, certaines images ou formulations. Dans « Je n’ai que les os », la douleurest passée au second plan. Mais cela n’en est pas ainsi partout : sadouleur est enfin véritablement évoquée dans « Longues nuits d’hiver » : « Pour chasser mesdouleurs, amène-moi la Mort, ah ! Mort, le port commun des hommes, leconfort, viens enterrer mes maux, je t’en prie à mains jointes ! ».On peut supposer que la douleur du poète fut effectivement si grande qu’il envient à supplier la mort de lui ôter ce qu’il endure, oubliant ainsi toutepudeur et dévoilant à son lecteur combien l’agonie peut être longue et dure à supporter.

 

C.L’anticipation de la mort

 

L’auteur semble accepter samort, la destruction de son corps et la perte de son âme. En effet, nous avonsvu plus tôt que cette mort est presque attendue puisqu’elle semble être vécuecomme une délivrance. Ronsard considère sa mort en esthète : elle est unévénement de la vie qui est macabre et beau à la fois. Se détachant de sonpropre ressenti, il se concentre sur la beautéde ce changement d’état. Ainsi utilise-t-il des figures de style pour désignersa mort : « De la mort, qui cruelle en ce tombeau l’enserre » ;« Viens enterrer mes maux, je t’en prie à mains jointes ». Onnote là une esthétique quelque peu baroque, fondée sur l’exagération.

L’auteur évoque donc sa mortavec un certain détachement qui étonne ; sa mort n’est pas seulement unefin, c’est également une scène à admirer.

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