Derniers vers

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Une émouvante cérémonie des adieux

La tristesse du poète dequitter la vie pour rejoindre les morts est bien apparente à travers ses écrits ;ainsi rend-il hommage à différents éléments de ce monde auxquels il va devoirrenoncer.

 

A.La perte des amis

 

Dans « Je n’ai plus que les os »,Ronsard rend un grand hommage à ses amis, ceux qui l’ont accompagné dans la vieet qui le suivront plus tard dans la mort. Il parle de leur ouvrir le chemin,de leur laisser une place à ses côtés : « Adieu, chers compagnons,adieu, mes chers amis, / je m’en vais le premier vous préparer la place ».Dans ce même poème, le champ lexical du chagrin est très présent ; on leretrouve via des termes tels que : « œil triste »,« mouillé », « consolant », etc. La répétition du terme« cher » insiste sur la force des liens qui vont être un temps brisés,et dit la difficulté de quitter ses proches pour continuer seul.

 

B.La difficulté des adieux au monde

 

Le poète fait souventréférence à des choses qu’il ne verra plus comme le soleil. On sent ladifficulté qu’il éprouve à abandonner les choses qu’il a vues et connues. Lescinq sens sont ainsi évoqués : dans « Pour son tombeau »,c’est l’ouïe qui est évoquée par la musique : « Suivant le son duluth » ; dans « Stances », il fait cette foisappel au goût en évoquant le vin : « l’amour et le vin » ;on retrouve le sens de la vue avec cette phrase qui déclame un adieu à lalumière du jour : « Adieu, plaisant soleil ». Pourl’odorat, l’allusion est moins directe, l’auteur parle de sa dépouille quipourrit dans « Il faut laisser… » :« Laissant pourrir là-bas sa dépouille de boue ». Enfin, pourle dernier sens, celui du toucher, de la sensation, c’est le thème de ladouleur qui l’illustre le mieux notamment dans « Longues nuits d’hiver », où est décrite une douleurpermanente qu’il aimerait éradiquer : « Paupière sur paupière, etne fais que gémir, souffrant comme Ixion des peines éternelles ». Nousretrouvons donc bien les cinq sens du poète, certains qui le desservent (commele toucher ou l’odorat), d’autres qui lui manqueront (comme la vue).

 

C.Des adieux solennels

 

Par la construction despoèmes et l’organisation des rimes, on sent dans la mort du poète une forme decérémonial. C’est un passage important, celui de la vie vers la mort, quimarque la fin de tout ce qu’il a construit. Cette fin lui est pénible et ilregrette sa jeunesse : « La jeunesse s’enfuit sans jamais revenir ».C’est pour cela qu’il prend le temps de dire au revoir à tout ce qui a comptépour lui à travers ses textes, comme Villon dans ses Testaments. Chaque poème est un hymne où tous se voient remercier.Sa mort nous est ici présentée comme des obsèques incluant un impossiblediscours d’adieu.

Nous assistons donc à unedifficile et émouvante cérémonie, où l’auteur cherche à remercier tous ceux quilui ont apporté des joies dans la vie, sans se départir d’une certaine dignité,d’une solennité de bon aloi.

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