Dialogue du Chapon et de la Poularde

par

Résumé

Le titre de ce très court récit deVoltaire – qu’il vaut donc mieux aller lire directement – ne peut être plusclair : il s’agit bien, tout simplement, du dialogue entre un chapon etune poularde. Tout commence par la description par la poularde de l’arrachagede sa matrice par une servante, geste qui lui interdit toute ponte future. Leregistre de langue n’est pas des plus élevés, puisqu’il est question d’une« longue aiguille » qu’on lui a plongée « dans le cul ». Lechapon, qui a subi un sort comparable, dit s’être consolé en écoutant deux abbésitaliens eux-mêmes châtrés dans le but de rendre leur voix plus claire. Lapoularde alors se méprend sur le but de l’opération qui les a concernée ;le chapon la corrige : on ne veut pas qu’ils aient eux-mêmes la voix plusclaire, mais améliorer leur chair. La poularde apprend par là quel est sontriste destin ; les hommes sont des « monstres », dit-elle.

Le chapon se livre alors à un récit dessévices à venir ; la poularde n’en revient pas : on va entre autreslui crever les yeux ! Et la poularde de redoubler de haine contre leshommes, « détestable engeance ». Le chapon renchérit en évoquant lesempereurs chrétiens et grecs qui faisaient subir de semblables sévices jusqu’àleurs proches, et les hommes sont bien connus pour en avoir fait rôtird’autres. Chez les Juifs, parmi d’autres peuples, on aurait même pratiqué lecannibalisme.

Le chapon invoque ensuite le végétarismede l’Inde et de Pythagore, et l’œuvre de Porphyre de Tyr, un philosophenéoplatonicien du IIIe siècle ap. J.-C., qui prônaitl’abstinence de la consommation de chair animale. Descartes en revanche esttraité de « fou », dont les théories légitimeraient la barbarie. Lamémoire du païen Porphyre est encore détesté des chrétiens, eux grands mangeursde viande.

La poularde se souvient avoir entendu unprêcheur rappeler un pacte conclu par Dieu avec les animaux et les hommes,interdisant à ceux-ci de manger le sang et la chair de ceux-là, mais les hommeslui désobéissent remarque-t-elle. Le chapon élargit le propos : certes, leshommes ne sont pas à une contradiction près : « Ils ne font des loisque pour les violer », et « en conscience » ajoute-t-il. Leurintelligence ne leur servirait qu’à justifier leurs crimes. Leur ridicule vajusqu’à s’interdire certains jours la chair des animaux terrestres, mais pouraller s’approvisionner en chair d’origine marine : impossible« d’imaginer une espèce plus ridicule à la fois et plus abominable, plus extravaganteet plus sanguinaire. »

Alors que le marmiton de cuisine se dirigevers eux avec un couteau et les empoigne, le chapon pense à Dieu pour le salutde son âme, et veut pardonner à ses ennemis, tandis que la poularde s’y refuse,et souhaite plutôt, tout bonnement, une indigestion puis la mort à celui qui lacroquera.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >