Discours de la servitude volontaire

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Résumé

L’auteur se demande pourquoi les hommesacceptent la tyrannie alors qu’ils pourraient, d’après lui, refuser de s’ysoumettre. Pourquoi des millions d’individus se soumettent-ils à la volontéd’une seule personne ? Pour le jeune écrivain, cette situation peut dansun premier temps s’expliquer par l’habitude, la tradition. Si tout homme vitsur le même pied d’égalité fraternelle et que chacun, à l’image des animaux,cherche à défendre sa liberté, alors celui qui se soumet perd « ses droits d’hommes », il sedénature, et il n’est plus un individu à proprement parler. Et bien que laforce ou la violence puisse contraindre un homme à obéir, c’est bien souventl’habitude qui lui fait oublier qu’il était libre. L’habitude, chez l’êtrehumain, efface la nature : « La première raison pour laquelle les hommesservent volontiers, est parce qu’ils naissent serfs et sont nourris commetels ». Le filsd’esclave par exemple, né et élevé dans un milieu peuplé d’individus voués àservir fidèlement leur maître, ne peut se voir que comme esclave. N’en ayantjamais fait l’expérience, il ne peut concevoir ce qu’est la liberté ; pourlui, la liberté n’est que dans la jouissance de quelques plaisirs que son maîtredaigne lui accorder afin qu’il ne souffre pas trop de sa condition d’esclave.

Et ce point amène l’auteur au prochain axe de son raisonnement :pour maintenir sa suprématie, le puissant doit abrutir le soumis par tous lesmoyens – l’alcool et le sexe évidemment, mais plus globalement la débauche,l’aliénation, l’éveil de désirs qui s’exprimeront alors avec la force debesoins. L’homme devient le modèle même du consommateur compulsif, prostré dansun confort inutile et refoulant son envie de liberté. L’auteur résumed’ailleurs cette situation par la phrase : « Le théâtre, les jeux, les farces, lesspectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableauxet autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâtsde la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie ». En fait, seules l’éducation et la connaissance sontaptes à maintenir l’individu libre, conscient, en le détournant de l’ignoranceet de la bêtise qui le maintiennent dans la soumission et la servitude.

Il semble donc clair que le tyran nerègne pas sur les opprimés car il les a privés de leur liberté, mais parcequ’il les empêche d’en comprendre la nature même. Usant de quelques ruses, untyran ingénieux n’aura aucun mal à rétrocéder à la masse une partie de cequ’elle produit pour lui, afin de la rendre encore plus naïve, encore plusmalléable, en l’enivrant de distractions vulgaires et médiocres qui ne ferontqu’appauvrir davantage la capacité de réflexion des soumis.

Un autre moyen utilisé par le tyran peutêtre l’appropriation de la religion, en ayant défini une base de fausses valeursqui font office de lois pour les dominés. Le dominant peut alors se hisser aurang d’autorité morale, une sorte de représentation du vrai Dieu.

Ainsi se manifeste la structurepyramidale de la société, que le dominant contrôle en son sommet grâce à unechaîne ininterrompue de groupes d’hommes à son service qui profiteront du peuqu’il daignera leur offrir. À la base de cette pyramide, vit le petit peuple,qui soutient toute cette organisation dont le leader est véritablement sacralisé.Cette structure doit son relatif équilibre à la participation et surtout à lavolonté de chacun. Chaque individu en effet souhaite partager le moins possibletoutes « les miettes » que le tyran laisseratomber de sa table. La tyrannie devient alors le seul mode de fonctionnementvéhiculé par la société, ce qui amène l’esclave à voir la perversité de cetteorganisation comme fatale. Étienne de La Boétie résume ainsi lasituation : « En somme, par les gains et les faveursqu’on reçoit des tyrans, on en arrive à ce point qu’ils se trouvent presqueaussi nombreux, ceux auxquels la tyrannie profite, que ceux auxquels la libertéplairait ».

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