Discours de la servitude volontaire

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Etienne de La Boétie

Chronologie

 

1530 : Étienne de La Boétie naît à Sarlat (Périgord, actuellement
en Dordogne) dans une famille de magistrats, d’un père lieutenant particulier d’un
sénéchal. Il grandit dans un milieu
bourgeois
, cultivé, éclairé. Son père meurt alors qu’il est
encore jeune, et c’est un oncle prêtre qui se charge de son éducation. Il
aurait peut-être fait ses humanités
classiques
au collège de Guyenne
à Bordeaux. Il se passionne pour la philologie antique, discipline alors à
la mode, c’est un adolescent précoce
qui versifie en français, en grec et en latin, dans le goût pétrarquisant, et
qui dès seize ans a traduit plusieurs ouvrages grecs.

1549-1553 : Alors qu’il étudie le droit à l’université
d’Orléans
, La Boétie reprend et termine son Discours de la servitude
volontaire
ou Le Contr’un (cf. ci-dessous),
dénonciation des abus de la force voué à une considérable postérité. Selon
Montaigne, son ami aurait écrit le Discours
à seize ou dix-huit ans, et l’aurait corrigé plus tard à Orléans. Ce projet
d’écriture aurait peut-être été inspiré au jeune homme par la révolte, en 1548,
des populations laborieuses du sud-ouest de la France contre la gabelle, et la répression
subséquente qui l’aurait indigné. Après avoir obtenu sa licence en 1553, il
devient l’année suivante conseiller au
Parlement
de Bordeaux deux ans avant l’âge légal. À
Orléans, le jeune homme a pu subir des influences variées, l’université étant un
foyer actif de diffusion de l’humanisme et de la Réforme. Aux cours de droit
pouvaient venir s’additionner des leçons de philosophie, notamment averroïste.

1558 : C’est à
peu près à ce moment-là que La Boétie et Montaigne
se rencontrent, ce dernier venant lui aussi d’être nommé au Parlement de
Bordeaux (1557). La Boétie, versifiant en latin, parlera de leur amitié comme
d’un « mariage des âmes ». Montaigne lui a fait une belle place à leurs
liens dans ses Essais, au livre I,
chapitre XXVIII, « De
l’amitié 
» : « Au
demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont
qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par
le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle,
elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel,
qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me
presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en
répondant : “parce que c’était lui ;
parce que c’était moi
.” »

1560 : Dans le
cadre des dissensions entre catholiques
et protestants, Étienne de La Boétie
travaille à la paix en intervenant
dans les négociations sous la
direction de Michel de L’Hospital,
devenu chancelier de France cette année-là, dont il a embrassé les thèses
modérées. Il se marie en outre avec la fille du président du Parlement de
Bordeaux, alors veuve.

1562 : La
Boétie rédige des Mémoires sur l’édit de janvier 1562, préparé par
Catherine de Médicis et Michel de L’Hospital, qui proclame la liberté de
conscience et de culte pour les protestants, contre la restitution des lieux de
culte dont ils s’étaient emparés, et à condition que les offices aient lieu hors
les villes closes. Ce texte de tolérance va finalement déclencher la première guerre de religion, les
protestants détruisant les lieux de culte en réponse à l’édit. Dégoûté par les conflits
sanglants des guerres de religion, il arrive à La Boétie de penser à fuir en
Amérique.

1563 : Étienne de La Boétie meurt à trente-deux ans à Taillan-Médoc, près de Bordeaux, probablement
d’une dysenterie, alors qu’il tentait de regagner les terres de son épouse dans
le Médoc, lors d’une halte chez le beau-frère de Montaigne, lui aussi collègue
au Parlement.

Outre son célèbre Discours, Étienne de la Boétie laisse
derrière lui des traductions de traités de Xénophon, Plutarque,
Aristote, des poésies latines, les vingt-neuf sonnets insérés dans les Essais de Montaigne, ainsi qu’une Historique Description du solitaire et
sauvage païs de Médoc
, publiée en 1593.

1574 : Deux
ans après la Saint-Barthélemy, le Discours de la servitude volontaire est publié dans le Réveille-matin des Français et de leurs voisins, un recueil
collectif d’inspiration protestante aux textes pour une large part virulents.

 

Le Discours de la servitude volontaire

 

La thèse principale d’Étienne de La Boétie et
que lorsqu’un homme prend le pouvoir, dans le cadre de la royauté comme de la tyrannie,
c’est d’abord, face à lui, parmi les gouvernés, l’homme qui s’asservit, et le souverain ne fait que recevoir un
pouvoir dont le peuple se démet. Le
jeune écrivain analyse les moyens par lequel le gouvernant assure ensuite son pouvoir,
usant de paternalisme, de corruption, profitant de l’esprit superstitieux d’un peuple ignorant, et décrit un système d’obéissance et
d’asservissement pyramidal. Le tyran en effet n’a qu’une paire d’yeux et de
mains, et c’est dans le peuple qu’il en trouve des dizaines, des centaines
d’autres, et ainsi de suite, tous valets les uns des autres, et in fine du
tyran. Pour lui ôter son pouvoir, le tyrannicide n’est pas obligatoire, il suffirait
de ne plus soutenir le tyran, d’inverser cette dénaturation dont sont victimes les gouvernés. Ceux-ci doivent en effet retrouver cette nature de la
bête capturée qui regimbe, préférant la mort à l’esclavage. Le pouvoir, comme
la religion, observe La Boétie, procèdent d’une essence commune en
désintéressant l’homme de son corps et de la terre.

Le Discours
est nourri de part en part d’un idéalisme
humaniste
, d’un grand optimisme,
puisque l’auteur conçoit l’homme, l’esclave, décrit telle une véritable bête de
somme, comme un être libre de penser à
la liberté
malgré sa condition, et qu’il s’agit donc de sermonner et d’exhorter à la dignité pour qu’il se
libère et applique son empreinte à l’histoire. La Boétie anticipe donc Rousseau
en considérant l’homme comme né libre.

L’appréciation qui a été faite du Discours a pu varier, certains ne
percevant le texte que comme une dissertation scolaire saturée de citations de
Plutarque, d’autres, avec quelque anachronisme, comme la manifestation
d’opinions républicaines voire socialistes.

La postérité
du Discours fut immense. À chaque époque
troublée
, on y fait référence. Les pamphlétaires protestants s’en
servirent, ainsi que les révolutionnaires en 1789 bien sûr, ou encore on le
réemploie sous la Restauration, quand Lamennais le réédite après 1830 pour en
faire une arme contre la monarchie de Juillet. Paru en 1857 à Bruxelles, il
sert encore de pamphlet contre Napoléon III.

 

 

« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux
mains, n’a qu’un corps, et n’a autre chose que ce qu’a le moindre homme du
grand et infini nombre de nos villes, sinon que l’avantage que vous lui faites
pour vous détruire. D’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne
les lui baillez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne
les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d’où les a-t-il,
s’ils ne sont des vôtres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par
vous ? »

 

« Soyez résolus de ne servir
plus, et vous voilà libres. »

 

Étienne de la Boétie,
Discours de la servitude volontaire, ≈ 1547-1549

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