Enéide

par

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Virgile

Publius Vergilius Maro, connu sous le pseudonyme de Virgile dans le
monde des lettres, est un poète latin. Il est né en 70 av. J.-C. dans la petite
bourgade d’Andes (actuelle Pietola) en Gaule cisalpine, dans un domaine
agricole dont son père, d’origine très modeste, avait obtenu la jouissance. Il
passa son enfance à la campagne avant de faire ses études à Mantoue, Crémone,
Milan et Rome où il séjourne vers 50.

Il part ensuite pour Naples où il fréquente le cercle épicurien, animé
par le grand philosophe Siron. C’est probablement aussitôt après son séjour à
Naples qu’il commence à composer son premier grand ouvrage, les Bucoliques, sans doute sur les conseils
d’Asinius Pollion, gouverneur de Cisalpine. Il revient dans sa patrie en pleine
guerre civile. Après la victoire d’Octave, Pollion, qui était partisan
d’Antoine, doit quitter son gouvernement, tandis que les terres de Virgile sont
confisquées et distribuées aux vétérans de l’armée du vainqueur.

Vers 37, il fait la connaissance de Mécène, grand seigneur fort riche et
ami d’Octave, qui l’incite à entreprendre la composition d’un poème sur la vie
rurale, qui paraîtra en 29 sous le titre des Géorgiques. À cette époque, Virgile a quitté définitivement la
Cisalpine et vit à Rome et à Naples. Il est entouré d’un cercle d’amis :
hommes politiques, philosophes, poètes, comme Gallus, Alfenus Varus, Horace.
L’appui de Mécène, qui demeure son protecteur puissant et fidèle, le rapproche
d’Octave, devenu en 27 l’empereur Auguste : c’est sans doute à leur
instigation qu’il se lance dans la grande œuvre de sa vie, l’Énéide. Cette œuvre, en 19, était
presque achevée, des lectures en avaient été faites au palais devant Auguste et
Livie, lorsque Virgile part pour la Grèce dans le but de vérifier certains
détails géographiques de la navigation d’Énée. À Athènes, il retrouve Auguste,
qui revenait d’Orient. Au mois d’août, au cours d’une visite à Mégare, il tombe
malade et regagne l’Italie. Il meurt en débarquant à Brindes le 21 septembre
19. Il est enterré à Naples, au pied du Pausilippe.

Les premières œuvres de Virgile, réunies dans l’Appendice à Virgile, sont
d’inspiration très diverse : une épopée parodique, Le Moustique, de petites pièces autour de la vie paysanne, Le Moretum, qui annonce le poète des Bucoliques et des Géorgiques, La Fille d’auberge,
un récit de métamorphose, L’Aigrette,
des épigrammes, des priapées. Les trois œuvres majeures de Virgile peuvent se
caractériser d’abord par leur ampleur et leur ambition croissantes : on
passe de la poésie pastorale à l’épopée (Bucoliques :
727 vers ; Géorgiques :
2 187 vers ; Énéide :
9 886 vers), et ensuite par la constance de la forme rythmique,
puisqu’elles sont toutes trois composées en hexamètres dactyliques.

Les dix églogues, qu’on appelle le plus souvent les Bucoliques,
sont des poèmes, expressément inspirés de Théocrite, mais où apparaît une
structure consciente et savante qui semble absente du modèle grec. C’est une
alternance rigoureuse de dialogues ou chants amébées entre pâtres grecs, ou au
moins aux noms grecs (I, III, V, VII, IX), et des monologues sous forme de
récits, d’hymnes ou de chansons (II, IV, VI, VIII, X), le poème X répondant au
poème V. À l’intérieur de chaque pièce s’observent également de remarquables
symétries. Amours et passions des bergers, récits mythologiques (VIII, X), évocation
de la nature et de la vie paysanne, annonce solennelle et mystique du retour de
l’âge d’or (IV), allusions précises à la cruelle actualité de la guerre civile
à travers les malheurs des paysans arrachés à leur terre, ou au contraire au règne
pacificateur d’Octave (I, IX), ces pièces sont une miraculeuse intégration de
l’inspiration grecque dans la nature, l’histoire et la civilisation latines.
Les bergers sont, volontairement, des pâtres de convention, mais les
descriptions de la nature, des arbres, des fleurs, des joies et des peines des
travaux de la terre n’ont rien d’artificiel. Parfois la poésie se fait plainte
ou élégie douloureuse, parfois elle s’élève jusqu’à l’hymne aux accents
prophétiques.

Avec les quatre Géorgiques, on passe de
l’inspiration de Théocrite et de la poésie alexandrine à celle d’Hésiode (Les Travaux et les Jours). Sans doute
Virgile s’est-il inspiré également pour la partie technique du traité d’Économie rurale de Varron, qui venait de
paraître. Il s’agit, dans un monde où l’on entrevoit des espoirs de paix civile
sous la protection des dieux et d’un souverain soumis aux décrets divins, de
chanter la nature et les hommes, qui au rythme des saisons, par leurs peines et
leurs joies, collaborent à l’œuvre des dieux. Le plan de l’ouvrage est annoncé
dès le début, en quatre vers, I : l’agriculture, les céréales ;
II : arboriculture et viticulture : la vigne et l’olivier ;
III : élevage : gros et petit bétail ; IV : apiculture. Le
domaine agricole envisagé ici n’est pas une vaste exploitation mais une petite
propriété. C’est l’humilité, la patience qui sont l’honneur et partant le
bonheur des paysans, qui n’en sont d’ailleurs pas toujours conscients. Les Géorgiques sont didactiques et
techniques (description du marcottage et du greffage), précises (énumération
des variétés de raisin), mais sans excès. La documentation, outre Varron, est
empruntée aux anciens Grecs, au De
agricultura
de Caton et, plus proche de Virgile, à Hygin. Mais comme le De rerum natura de Lucrèce, les Géorgiques sont loin de n’être qu’un
poème didactique : les digressions lyriques y abondent (par exemple celle
du taureau vaincu dans la lutte pour la génisse au livre III, celle des régions
du ciel expliquant le rythme des saisons au livre I) ; certains tableaux
ont valeur symbolique, comme l’épisode célèbre du « vieillard de
Tarente » ; ou allégorique, comme la description de la « cité
des abeilles » (livre IV) ; d’autres, plus rares, évoquent une
actualité douloureuse (les présages de la mort de César et la guerre civile, au
livre I). Un des passages les plus célèbres des Géorgiques est l’épisode d’Aristée, inventeur de
l’apiculture : Virgile rattache à cet épisode, de façon peut-être un peu
artificielle, l’histoire d’Orphée et d’Eurydice, ce qui nous donne le premier
récit, avant celui d’Ovide, de cette légende promise à une si grande fortune.

La composition de l’Énéide s’inscrit dans la grande
entreprise de restauration et de renouvellement du patrimoine moral et
religieux de Rome, lancée par Octave Auguste au début de son principat :
Tite-Live retrace l’histoire de la Ville depuis les origines, monument en prose
auquel répond le monument poétique élevé par Virgile, qui conte dans son épopée
comment la nécessité supradivine, le fatum,
dirige, malgré tous les obstacles, y compris ceux venus des dieux (Juron,
Neptune, Éole), les errances d’Énée vers ce petit coin d’Italie où quelques
siècles plus tard naîtra Rome. Les Annales
d’Ennius et quelques historiens grecs avaient déjà évoqué la figure du héros
troyen ; il devient le protagoniste de l’épopée de Virgile. En douze
chants, comme il y a douze Olympiens et douze mois, l’œuvre relate comment Énée
quitte Troie, est jeté par la tempête sur les rivages de Carthage (I), devient,
après lui avoir raconté les horreurs de la prise de Troie, l’amant de la reine
Didon, et peut-être le futur souverain de Carthage, puis, rappelé à ses devoirs
par les dieux, abandonne la malheureuse reine qui se suicide (II à IV). Il
reprend ses errances, et arrive enfin en Italie. Accompagné de la sibylle de
Cumes, il descend aux Enfers où le sens de ses errances et le destin de la
future Rome lui sont révélés par son père Anchise (V et VI). Ensuite, il se
heurte aux peuples aborigènes, et c’est alors le récit de l’alliance avec le roi
Latinus et des affrontements sanglants entre Énée et Turnus jusqu’à la mort
cruelle de son ennemi (VII à XII). L’inspiration homérique est évidente :
en un seul poème, Virgile reprend l’Iliade
et l’Odyssée, mais il commence
par l’« odyssée » d’Énée pour terminer par une « iliade »
qui n’est plus la prise de Troie mais la conquête de l’Italie. D’ailleurs, cette
inspiration se manifeste aussi bien par la transposition de certains épisodes
que par la reprise littérale de certains vers récurrents du poète grec. L’Énéide est un poème religieux, une
méditation sur la puissance du fatum ;
c’est un poème patriotique sur la vocation universelle et les obligations de la
future maîtresse du monde ; c’est un poème politique où sont évoquées les
relations entre les différents peuples de l’Italie et Rome, et, par des visions
« prophétiques », les grands épisodes de l’histoire de la ville –
vision d’Hannibal, vengeur de Didon humiliée (IV), description de la bataille
d’Actium (VIII) – ; et c’est une œuvre d’art qui séduit par la force et la
vérité des portraits (violence de Laocoon, passion et jalousie de Didon, amitié
de Nisus et d’Euryale), et la composition de grands tableaux (les Jeux funèbres
au livre V, l’arrivée du Cheval dans la ville de Troie au livre II).

Jusqu’à la Renaissance, l’influence de Virgile dépassa celle d’Homère
qui n’était connu que par des citations ou des résumés. Il fut, dès sa mort,
salué comme le poète national de Rome, cité par Sénèque, analysé et glosé par
Macrobe, Servius et Donat, admiré autant que redouté par saint Augustin.  Au Moyen Âge, il inspire la chanson de geste
et le roman courtois (Roman d’Énéas).
Dante, dans sa Divine Comédie, en
fait le guide de sa descente dans l’Enfer. Toute la poésie de l’Europe, à
partir de la Renaissance, subit son influence : Camoens et ses Lusiades, Goethe, Nerval, Hugo. Il est
même parodié au XVIIe siècle dans le Virgile travesti de Scarron. L’opéra n’est pas en reste : Didon et Énée de Purcell, Orphée et Eurydice de Gluck, Les Troyens de Berlioz. Quant aux arts
plastiques, on ne compte plus les sculptures et les tableaux (Tiepolo,
Carrache) qui s’inspirent de motifs virgiliens. Virgile est également un des
poètes les plus traduits, en prose comme en vers.

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