Enéide

par

La destinée et la fatalité

Ledestin est un thème particulièrement présent dans l’œuvre. En effet, toutes lesactions gravitent autour de la détermination qu’a Énée d’accomplir son destin,pour le bénéfice de son fils, et des nombreuses générations de héros qui luisuccèderont. Bien qu’il y ait un nombre considérable de personnages qui tententde dissuader Énée et de l’écarter de son destin, leurs tentatives et lesobstacles qu’ils mettent sur la voie du héros ne parviennent qu’à retarder lesprojets des Troyens, sans jamais nuire véritablement à la fondation de la citéqui deviendra un jour le centre du glorieux Empire romain.

Cettefinalité du destin est mise en avant à plusieurs occasions dans les chants, parexemple lorsqu’Énée reçoit de Vulcain un bouclier sur lequel la scènefondatrice de Rome est peinte, ainsi que le futur de l’Empire. Toutefois, laplace des dieux par rapport au destin est particulière dans L’Enéide.

« Si mon pouvoir divin ne suffitplus, pourquoi hésiterais-je à implorer n’importe quel secours ? S’ilm’est impossible de fléchir les dieux du ciel, je soulèverai l’Achéron. Jen’arriverai pas à empêcher Énée de régner sur les Latins, et l’arrêtinébranlable du destin lui réserve Lavinia pour épouse : soit ! Maisil m’est permis de faire traîner les choses et de retarder ces grandsévénements. »

D’unepart, le destin apparaît comme étant supérieur aux dieux. Son irrévocabilité nefait aucun doute et n’admet aucune exception. Ainsi, de nombreuses divinités,dont Junon surtout, tentent d’influencer Énée. Mais malgré leur toute-puissanceet leurs ressources phénoménales, ces créatures mythiques ne parviennent pas àdétourner Énée de son destin. Le destin des hommes serait donc une entité surlaquelle les dieux n’ont pas de réel pouvoir. Jupiter déclare d’ailleurs queles actions des dieux sur le destin des hommes ne peuvent avoir que desrésultats mineurs. Ils ne peuvent que modifier la façon dont les événements seproduisent, mais ne peuvent en aucun cas changer la fin prédestinée.

D’autrepart, le destin est présenté comme étant l’œuvre de ces mêmes divinités – cellede Jupiter pour être précis. De ce point de vue, les hommes ne sont pas maîtresde leurs destins, et une fois que Jupiter décide du destin qu’un homme doitavoir, aucune influence mortelle ou divine ne peut entraver l’accomplissementde sa sentence, que cette influence soit bénéfique ou non. Ainsi, le destin,assimilé à la volonté de Jupiter, est au-dessus du pouvoir des dieux.

« Augustes habitants du ciel, pourquoice changement de résolution et ces hostilités entre vous et cetacharnement ? Je n’avais pas permis que l’Italie entrât en guerre avec lesTroyens. Que signifie cette discorde qui enfreint mes commandements ?Quelle crainte a persuadé ou à ceux-ci ou à ceux-là de s’armer etd’attaquer ? Le temps viendra marqué pour les combats ; il est inutile dele hâter »

Maisencore, aller à l’encontre du destin est une conduite dangereuse. Énée soumetses désirs à son destin ; Didon qui désire Énée mais que le destin luirefuse est consumée par son destin ; Junon et Turnus qui, à tout moment,ont œuvré contre le destin, finissent par se résigner, laissant le récit suivreson cours normal. Pour Virgile, le destin est un principe divin qui déterminele cours de l’histoire et qui a culminé avec l’avènement de l’Empire romain.

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