Enquête sur l'entendement humain

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Résumé

Première section : Des différentes sortes de philosophie

 

Hume oppose ce que d’une part il appelle la « philosophie facile et humaine », matérialiste, et d’autre part la philosophie « exacte et abstraite », métaphysique. À ses yeux, c’est la première sorte de philosophie qui a le plus de consistance puisque, comme l’être humain, elle est mixte, à mi-chemin entre l’ignorance et l’excès de savoir, entre la vie irréfléchie de l’homme lambda et la vie ascétique du penseur dans sa tour d’ivoire. Toutefois, la métaphysique, précise Hume, n’est pas dénuée d’intérêt. Tout d’abord, elle permet de fonder avec exactitude la philosophie matérialiste – à cet égard, le souci de la métaphysique pure est qu’elle n’a pas de finalité pratique, mais en elle-même, elle est fructueuse. En outre, la métaphysique procure du plaisir, ce qui pour Hume suffit à justifier sa valeur, d’autant que le plaisir ainsi procuré est sûr et innocent. Hume finit par formuler sa véritable objection à l’égard de la métaphysique : il définit le métaphysicien comme celui qui s’attache à l’obscurité ; or, ajoute-t-il, l’obscurité est « une source inévitable d’incertitude et d’erreur ». Mais, étant donné que la recherche métaphysique procure du plaisir, les philosophes y retournent sans cesse, alimentent le domaine en nouvelles réflexions, et perpétuent la tradition. C’est là que Hume énonce ce qui motive la rédaction de l’œuvre : « Le seul moyen de délivrer d’un seul coup nos connaissances de ces questions abstruses, est d’instituer une sérieuse enquête sur la nature de l’entendement humain, et de montrer, par une exacte analyse de ses pouvoirs et de sa capacité, qu’il n’est fait en aucune manière pour traiter des sujets si éloignés de nous et si abstrus. » Pour ce faire, Hume se fixe une méthode, qu’on peut décomposer en trois articulations. Dans un premier temps, il cherchera à répertorier les matériaux à partir desquels l’entendement humain travaille. Dans un second temps, il étudiera comment l’entendement aménage ces matériaux. Enfin, il décrira quels problèmes se posent face à cet aménagement particulier des matériaux par l’entendement.

 

Deuxième section : De l’origine des idées

 

Les matériaux de l’entendement sont les données sensibles que nous récoltons sans cesse – Hume les appelle « perceptions ». Il y a d’après lui deux catégories de perceptions, en fonction de leur intensité : d’une part les impressions, perceptions très vives, qui contiennent à la fois les sensations (impression externe), les émotions et les passions (impression externe) ; d’autre part les idées, plus faibles, qui sont comme des représentations spirituelles des impressions. En d’autres termes, pour utiliser un exemple de Hume, être en colère relève de l’impression, et penser à la colère de l’idée. Hume rejette l’idée selon laquelle l’imagination et l’intellect n’auraient pas de brides. Une idée extrêmement sophistiquée n’est jamais qu’une accumulation d’idées simples, qui procèdent toutes d’impressions. On ne peut donc pas créer de concepts strictement intellectuels, coupés de toute réalité concrète, sensuelle. De même, cela annule la possibilité d’existence des idées innées. C’est toujours dans un rapport au monde que les idées se développent, il n’y a pas d’idée antérieure au monde. Hume propose une méthode empiriste : les philosophes devraient conscientiser le fait que les idées sont des impressions dérivées pour que chaque concept, en connaissance de cause, puisse se nourrir des impressions.

 

Troisième section : De l’association des idées

 

L’articulation entre les différentes idées suit trois logiques, trois « principes de liaison » – une logique de ressemblance, une logique de contiguïté spatiale ou temporelle, et une logique de causalité. Hume illustre ainsi cette distinction : quand on voit un portrait on pense spontanément au modèle (principe de ressemblance) ; quand on évoque une chambre précise dans une maison on est amené à évoquer les autres chambres de ladite maison (principe de contiguïté) ; quand nous pensons à une blessure, nous en venons automatiquement à envisager la douleur qui en découle (principe de causalité). Hume, en prenant appui sur les procédés de la littérature antique, démontre ensuite que toutes les sophistications dans les liens entre les idées sont soit des sous-catégories, soit des composés de ces trois principes. Le principe de contraste par exemple serait un mélange du principe de ressemblance et de celui de causalité.

 

Quatrième section : Doutes sceptiques touchant les opérations de l’entendement

 

Première partie : Hume se concentre plus particulièrement sur le principe de causalité. C’est que ce principe, selon Hume, est le principe qui fonde toutes nos certitudes quant aux « choses de fait » (« le soleil se lèvera demain » est une chose de fait). Le principe de causalité a ceci de particulier qu’il se détache, contrairement aux principes de ressemblance et de contiguïté, des témoignages passés de la mémoire et présents des sens, de telle sorte qu’on déduit logiquement que tel événement va aboutir à tel autre événement. Or Hume remarque que même s’il s’agit de logique, la causalité ne peut être postulée a priori, intuitivement, ou par le truchement d’une démonstration. Le lien causal est déduit de l’expérience. Quand nous découvrons un objet, nous sommes incapables de déterminer ses causes et effets, même si nous avons tendance à oublier cette situation première dès lors que nous sommes habitués à l’objet en question : « Adam, au cas même où on admettrait l’absolue perfection, dès le début, de ses facultés intellectuelles, n’aurait pu conclure de la fluidité et de la transparence de l’eau, que cet élément fût capable de le suffoquer ».

Deuxième partie : Hume se demande quel est le fondement des énoncés formés à partir de l’expérience. Il commence par réfuter celui qu’on pourrait spontanément leur donner : le raisonnement démonstratif – pour la simple raison qu’à l’intérieur du raisonnement démonstratif, il est admis que la nature est imprévisible, et pourrait modifier ses lois d’un jour à l’autre. Or pour que l’expérience puisse être édifiante, il faut nécessairement postuler que la nature dans une certaine mesure est immuable, que le futur sera conforme au passé, que tout événement est une répétition.

 

Cinquième section : Solution sceptique de ces doutes

 

Première partie : Le fondement des énoncés formés à partir de l’expérience serait plutôt, selon Hume, l’habitude, autrement dit l’expérience régulière du lien constant entre un objet et des effets – par exemple la neige et le froid – tant et si bien que nous finissons par croire que l’objet est réellement constitué de cet effet – nous croyons que la neige est froide. Cela n’a rien à voir avec le raisonnement démonstratif, il s’agit d’un « instinct naturel » sur lequel nous n’avons aucun pouvoir, et que tous les êtres humains semblent partager également, y compris les éléments peu éduqués ou les enfants.

Deuxième partie : Hume s’arrête sur la nature du processus qui fait que nous croyons qu’un objet est doté de telle ou telle qualité. Il définit la croyance comme une modalité très vive du sentir qui nous fait lier un objet présent concrètement à un objet présent abstraitement dans la mémoire et les sens. Le concept d’habitude est capital aux yeux de Hume en ce qu’il est ce qui permet à l’espèce humaine de persister. C’est par l’habitude que nous nous gardons instinctivement de ne pas nous jeter dans toutes les douleurs, tous les dangers.

 

Sixième section : De la probabilité

 

Hume explique dans cette section courte qu’il existe différents degrés de croyance, qui se déterminent en fonction de la probabilité de tel ou tel événement. Nous ne croyons pas de la même manière au caractère brûlant du feu et au résultat d’un jeu de hasard. C’est que le premier événement est systématique, de fait très habituel, tandis que le second repose sur l’aléatoire.

 

Septième section : De l’idée de connexion nécessaire

 

Première partie : Une fois ces notions établies, Hume travaille à les appliquer. D’abord il s’arrête sur le concept d’énergie / pouvoir / force / connexion nécessaire – qui à ses yeux sont des termes qui renvoient tous à la même chose. Une connexion nécessaire est une connexion qui ne peut pas ne pas être. Lorsque nous sommes dans le régime de la croyance et établissons que la neige est froide, nous affirmons en fait qu’il y a une connexion nécessaire entre la neige et le froid. Or, Hume démontre que l’expérience régulière d’un lien répété entre un objet et son effet ne permet pas de concevoir qu’il existe entre l’un et l’autre une connexion nécessaire. Il applique aussi cette réflexion à la relation de l’humain avec son propre corps. Il n’y a pas selon Hume de connexion nécessaire entre la volonté d’actionner la jambe et l’action de la jambe.

Deuxième partie : Pour résumer, la connexion entre un objet et son effet est de l’ordre du fait, jamais de la nécessité. C’est l’habitude qui nous donne le sentiment qu’il existe des connexions nécessaires. Concrètement, il n’en est rien : ces connexions sont subjectives.

 

Huitième section : De la liberté et de la nécessité

 

Première partie : Hume utilise les concepts établis auparavant dans son essai pour prendre parti dans l’éternel débat qui oppose en somme les existentialistes et les déterministes, pour ce qui est de la question de la liberté. Les uns affirment qu’on peut agir en dehors de toute détermination, qu’on peut opérer une action gratuite, être un plein individu sans limites ; les autres que tout individu est le fruit d’un contexte, et chaque action le produit d’une situation particulière. Hume pense que si le débat a toujours cours, c’est que les hommes ne se mettent pas d’accord sur la signification précise des mots employés. Pour lui, la liberté au sens existentialiste du terme n’existe pas, l’esprit humain est soumis également à la causalité. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut repousser définitivement la notion de liberté. Il réconcilie les deux positions de départ en considérant l’esprit comme la matière. Il y a, dans l’esprit humain, des connexions habituelles mais jamais de connexions nécessaires. En ce sens, par l’idée de connexion habituelle on tend plutôt vers le déterminisme, et par l’idée de connexion non nécessaire vers l’existentialisme.

Deuxième partie : Hume remarque que de telles conceptions peuvent mener à des conclusions dangereuses en termes de moralité, notamment la déresponsabilisation des individus s’adonnant au vice. Bien que, précise-t-il, le motif de la dangerosité ne soit pas suffisant à invalider une théorie, Hume est soucieux de prouver qu’au contraire la nécessité et la liberté, telles qu’il les conçoit, sont ce qui fonde la moralité. Vient alors la question de Dieu : puisque Dieu est la cause première de toute chose et que le mal se déploie allègrement dans le monde, soit le mal est un à-côté ponctuel du bien général, soit Dieu en lui-même est mauvais. Or ces deux positions sont inacceptables, la première parce qu’elle est insatisfaisante quand on expérimente la souffrance et la misère, la seconde parce qu’elle est profondément impie. Hume finit par écarter cette question, jugée beaucoup trop complexe. Il décide que son sujet sera le quotidien, et non le mystère divin.

 

Neuvième section : De la raison des animaux

 

Hume montre que la raison animale n’est pas si éloignée qu’on pourrait le penser de la raison humaine. Il y règne aussi le principe d’habitude. Ce qui distingue la raison animale de la raison humaine est similaire à ce qui sépare, au sein même de l’humanité, le génie de l’imbécile : « Où il y a un ensemble compliqué de causes pour produire un effet quelconque, un esprit peut être bien plus large qu’un autre, et mieux en état d’embrasser le système d’objets tout entier ».

 

Dixième section : Des miracles

 

Première partie : Hume applique cette fois-ci sa méthode aux contingences religieuses : d’abord les miracles, ensuite la providence. Hume rappelle que les miracles ne sont validés que par des témoignages, c’est-à-dire par l’expérience. En outre, comme il l’a dit auparavant, un événement ne mérite son nom qu’en tant qu’il se répète. Ainsi toute exception à des lois bien ancrées paraît fausse. Le miracle, unique par définition, pose également ce problème. Toutefois Hume propose de se fier aux témoignages

Deuxième partie : Mais il ne tient pas sa proposition très longtemps. Il remarque que contrairement au caractère exceptionnel du miracle, cette affaire semble liée à des événements très courants, les tentatives de tromperie, les erreurs. Il est plus probable, conformément au système de Hume, que les témoignages soient le fruit d’une incompréhension ou d’une manipulation du témoin. En bref, Hume maintient une grande méfiance à l’égard des témoignages de miracle, même si sa piété l’incite à l’indulgence. En fait, il considère le corpus biblique comme un texte historique et non comme un texte sacré, allégorique, ce qui lui permet de le discuter rationnellement, sans mettre en cause la religion.

 

Onzième section : D’une Providence particulière et d’un État futur

 

Pour Hume, le concept de providence est une « projection » illusoire visant à rendre Dieu plus accessible, plus lisible, par rapprochement métaphorique avec l’artiste humain. Hume démontre qu’aucune métaphore ne saurait rendre compte de la religion, puisque par définition Dieu et la Création sont uniques. On ne peut les classer dans le même ordre de causalité qu’un artiste et ses œuvres parce qu’il n’y a ni répétition ni séries de causes et d’effets.

 

Douzième section : De la philosophie académique ou sceptique

 

Première partie : Hume récapitule les découvertes opérées pendant l’essai en achevant de réfuter la doctrine sceptique radicale. Il commence par expliquer que l’erreur, qui dominerait selon les sceptiques radicaux le mode d’existence de l’être humain moyen, est plus opérante à actionner la vie que la méthode sceptique.

Deuxième partie : Hume montre que la méthode des sceptiques radicaux consiste à détruire tout ce que la philosophie propose, dans une sorte d’effort nihiliste légèrement sadique. À cela Hume oppose un scepticisme modéré, qui viserait à critiquer l’usage de la raison, à préserver l’humilité du savant en lui rappelant les limites de son savoir, et ainsi participer substantiellement à l’activité philosophique.

Troisième partie : Toujours dans le sens d’un scepticisme maintenant qualifié de « mitigé », Hume propose de circonscrire d’une nouvelle manière les champs dans lesquels la philosophie se permet d’intervenir – c’est-à-dire qu’il propose de limiter l’étendue de ces champs, afin que la philosophie ait autant de valeur que les sciences dures.

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