Essai sur les éléments principaux de la représentation

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Octave Hamelin

Octave
Hamelin est un philosophe français né dans la commune Le Lion-d’Angers
(Maine-et-Loire) en 1856 et mort noyé dans le fleuve côtier des Landes dit le
Courant d’Huchet en 1907, tentant d’apporter son aide à des personnes en train
de se noyer elles-mêmes. Sa pensée philosophique, qui tient tout entière dans
son Essai sur les Éléments principaux de
la Représentation
, relève d’un idéalisme dialectique. L’hamelianisme repose
sur le paradoxe apparent entre la pensée de la médiation, de la dynamique du raisonnement
qu’il est, et une volonté d’être un système fixe et hiérarchisé de concepts et
de catégories. Hamelin souhaite par ailleurs conserver les droits de la
personne et de l’existence concrètes contre tout logicisme, et ce par les seuls
moyens de l’entendement. Il n’y a aucun autre exemple, dans la pensée
française, de cette volonté d’allier un rationalisme intransigeant et un
sentiment presque existentiel de la personne.

Octave
Hamelin enseigne la philosophie à l’université de Bordeaux à partir de 1884
puis à l’École normale supérieure et à la Sorbonne en 1905. À Bordeaux, parmi
ses élèves, figure Marcel Mauss (1872-1950), dont le rapport à la philosophie
est en grande partie déterminé par le fruit qu’il tire des cours d’Hamelin, qui
éclaircit notamment pour lui la notion de temps, même si Mauss juge sa
philosophie trop souvent idéologique. Un cours donné par Hamelin à partir de
1891 incite Mauss à entreprendre un mémoire sur le philosophe néoplatonicien
portugais Léon l’Hébreu (1660-1521) et sur Spinoza, et à rédiger un texte concernant
« Spinoza et les docteurs juifs ».

Avec des
collègues, Hamelin anime un cours sur l’explication dans les sciences physiques
à partir de 1892. Il traite de questions de méthodologie autour de la
distinction des sciences et de la philosophie, de la nature et du degré de la probabilité
ou de la classification des sciences. Il étudie aussi, en 1893, les
commentaires du  livre Z de la Métaphysique d’Aristote, qui aborde les
multiples sens de l’être, et les définitions de la chose, de la substance et
d’un prédicat.

Dans son Essai sur les éléments principaux de la
représentation
, publié en 1907, est exposée toute la pensée de Hamelin.
Pour le philosophe, les composants majeurs de la représentation sont construits
par l’esprit, à travers des synthèses a priori, par un processus dialectique.
Alors que chez Hegel, la triade thèse-antithèse-synthèse a un moteur négatif,
chez Hamelin, le mouvement se fait par une succession d’affirmations. Au lieu
d’une contradiction dans les termes, ceux-ci sont corrélés par le fait même
qu’ils sont des contraires. C’est donc la relation qui est au centre de la
philosophie de Hamelin, qui fonde la pensée en unissant les contraires. Le
premier terme de la triade est le lieu d’un vide, d’une injonction de
rencontrer l’antithèse.

Dans
l’idéalisme de Hamelin, le monde, fait de relations, trouve donc sa résolution
dans les concepts. L’esprit est dans la relation, dans cet entre-deux entre les
termes, qui prime sur les termes eux-mêmes. Ainsi Hamelin écrit-il « Nous
allons donc constituer les choses avec des rapports ? Sans doute. Des choses
qui seraient en elles-mêmes primitivement, des choses dont la nature serait la
source des lois, au lieu de découler des lois ou de leur être identique ».

Après la
relation, viennent les catégories du nombre et du temps, dont l’importance, en
tant que constituant essentiel des choses, est mise en avant. C’est à travers
sa dernière synthèse que la dialectique de Hamelin – qui par là n’est pas
hégélienne – atteint le concret, qui est la conscience libre, l’être pour soi,
et cette liberté constitue un point culminant.

Pour
juger d’une philosophie, selon Hamelin, il faut se pencher sur sa capacité à
unifier, car la philosophie doit devenir un système. Dans cette perspective,
l’expérience n’a qu’un rôle transitoire, sur le chemin de la construction
synthétique.

Octave
Hamelin a notamment assuré la traduction de plusieurs philosophes grecs de l’Antiquité,
comme Aristote et Épicure (Lettre à
Ménécée
, Lettre à Hérodote). En
1911, posthumément donc, est publié Le
Système de Descartes
, où Hamelin défend notamment le philosophe du XVIIème
d’avoir totalement dédaigné l’expérience, car on pense coutumièrement que
Descartes pensait traiter tous les problèmes de la physique comme des problèmes
abstraits, mathématiques, à travers des natures simples saisies dans
l’intuition. Or d’après Hamelin « Il y a en effet selon Descartes une
expérience bien définie, qui porte sur des notions distinctes, c’est-à-dire
discernées de tout ce qui n’est pas elles, et cette expérience-là est une
espèce de l’intuition. »

Le Système d’Aristote paraît en
1920. Il s’agit de la réunion de leçons données à l’École normale supérieure en
1904-1905. Hamelin s’étend largement sur la logique et la théorie de la science
d’Aristote, un peu moins sur les principes généraux de sa physique, et passe
rapidement sur la théorie du monde, la physique spéciale, la psychologie et la
théorie de l’être. Quant aux thèmes moraux et politiques, le professeur fut
trop pressé par le temps pour les traiter auprès de ses élèves. Hamelin, dans
son étude, se repose sur les travaux de Zeller, et part des hypothèses de Ch.
Thurot et Ravaisson. C’est M. Robin qui a publié l’œuvre de Hamelin telle qu’il
l’avait laissée, sans qu’il ait pu y mettre la dernière main, d’où les
imperfections qui demeurent dans l’œuvre, qui est propre néanmoins à intéresser
les adeptes du péripatétisme, notamment par son exposé éclairant de la
« philosophie du concept », évoquant l’attitude de Platon et
d’Aristote face aux problèmes du réel et de la science.

En 1927, Le Système de Renouvier paraît. Certains
ont vu Hamelin comme un réel disciple de ce philosophe du XIXème siècle, qu’il
a d’ailleurs salué comme « le philosophe auquel nous devons le
plus ». Dans l’Essai, Hamelin
reprend certaines thèses fondamentales de Renouvier : il refuse comme lui
la possibilité d’un infini en acte, affirme avec lui le primat de la liberté
comme de la personne, et surtout il choisit comme Renouvier la relation comme
catégorie fondamentale. Mais l’exigence systématique, si prégnante chez
Hamelin, l’éloigne tout à fait de son inspirateur.

Parmi les
disciples d’Hamelin, figure le philosophe métaphysicien et psychologique René
Le Senne (1882-1954). Celui-ci embrasse un idéalisme absolu suite à l’étude des
œuvres de son maître. Plutôt que d’utiliser les catégories kantiennes de la
pensée, il met en avant la notion de « fonctions de la conscience ».
Le métaphysicien Louis Lavelle (1883-1951), spiritualiste existentiel, pose les
fondations de sa métaphysique contre Hamelin, car selon lui l’être n’est pas
issu d’une opération intellectuelle, d’une synthèse des catégories, et c’est
avant le connaître que ce philosophe pose l’être. L’influence de Hamelin est
aussi notable chez l’historien et philosophe René Hubert (1885-1954), qui
considère cependant que Hamelin se trompe quand il envisage le concept comme
l’acte de l’esprit par excellence, alors que le concept signe l’immobilisation
de l’esprit, tandis que le jugement traduit lui la créativité de l’esprit.

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