Ethiopiques

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Léopold Sédar Senghor

Léopold
Sédar Senghor est un écrivain et homme politique sénégalais né en 1906 à Joal (au
sud-est de Dakar, Sénégal), et mort à Verson (Calvados) en 2001. Premier agrégé
de grammaire africain, premier Africain membre de l’Académie française, il fut
vingt ans président du Sénégal et en outre l’auteur d’une poésie symboliste et
fédératrice, d’essais lucides où il se montre le porte-flambeau de la notion de
négritude et de la Francophonie.

Il est
issu d’un milieu aisé – ses deux parents appartiennent à la noblesse
sérère ; son père est un riche commerçant catholique. Le jeune Léopold
étudie dès sept ans à la mission catholique de Joal puis à partir de huit ans à
celle de Ngazobil (sud de Dakar). Il passe son baccalauréat dans un lycée de
Dakar, puis grâce à une aide de l’administration coloniale il arrive à Paris en
1928.

Il y fait
son hypokhâgne et sa khâgne au lycée Louis-le-Grand, où il se lie d’amitié avec
Georges Pompidou, puis en 1931 avec Aimé Césaire qui arrive de la Martinique. En
1932 il obtient la naturalisation française. En 1934 il crée avec Césaire L’Étudiant noir, où son ami évoque pour
la première fois ce qu’est la négritude, acceptation selon lui du fait d’être
noir, de son destin, de son histoire et de sa culture, tandis que Senghor en
parlera comme de « l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir »
où qu’elles s’expriment. Après une licence de lettres, il devient en 1935 le
premier Africain agrégé de grammaire à son deuxième essai.

Il commence
alors une carrière d’enseignant de lettres classiques, d’abord à Tours où il
donne aussi des cours du soir, organisés par la C.G.T., à des ouvriers, puis à
Saint-Maur-des-Fossés. Durant la Seconde Guerre mondiale, enrôlé comme
fantassin dès 1939, il connaît plusieurs camps de prisonniers allemands de 1940
à 1942. Il commence à y écrire de la poésie. Malade, il est libéré et réformé,
et reprend ses cours au lycée Saint-Maur tout en ayant une activité de
résistance à travers le Front national universitaire.

De 1944 à
1960 il est professeur de linguistique à l’École nationale de la France
d’outre-mer. Alors que les colonies obtiennent le droit d’être représentées à
l’Assemblée Constituante française et que Senghor étudie la poésie sérère sur
place au Sénégal, il a l’occasion de devenir député de la circonscription
Sénégal-Mauritanie en 1945. Il devient très populaire en soutenant notamment la
grève des cheminots de la ligne Dakar-Niger. La même année sa carrière
littéraire débute avec Chants d’ombre,
un recueil de poèmes paru au Seuil construit autour des souvenirs de son
enfance au Sénégal, pays qui lui inspire des visions pleines de nostalgie.

Senghor
occupera divers postes dans l’administration française et au Sénégal. Il reste
député jusqu’en 1955 et devient président de la République du Sénégal en 1960
après la proclamation de l’indépendance du pays dont il compose l’hymne national,
Le Lion rouge. Il se montrera un
démocrate, mais fut néanmoins l’auteur de répressions vigoureuses et de
certaines dérives autoritaristes. Il instaurera notamment le multipartisme dans
les années 1970 – bien que limité – et un système éducatif performant. Réélu
quatre fois, il démissionne de la présidence en 1980, exemple peu commun, en
Afrique, de transition politique pacifique.

Trois ans
plus tard, il est le premier Africain à être élu à l’Académie française. Cet
hommage couronne une littérature faite d’un « métissage culturel » selon
sa propre expression. En effet, chez Léopold Sédar Senghor, le savoir
universitaire français ne vient pas étouffer l’inspiration africaine, qui
affleure toujours, notamment sous ses aspects symphoniques. Sa poésie est d’un
grand lyrisme, parfois jusqu’à l’hermétisme. Mais cette poésie prend chez Senghor
un double sens, expliqué ainsi par Armand Guibert, auteur d’un ouvrage sur
l’écrivain sénégalais : « En lui le poète ne peut être dissocié de
l’homme : déférer un pays, lui donner le goût de l’œuvre à accomplir, en
faire une des capitales de l’amitié, former des élites, jeter des ponts entre
deux univers et deux modes de pensée, c’est encore de la poésie, une poésie
faite chair, vivante et vécue, inspirante autant qu’inspirée – la poésie d’une
transmutation et d’une re-naissance. »

Le
deuxième recueil de poésie de Senghor, publié en 1948, Hosties noires, illustre cette proximité de la poésie
négro-africaine avec les sources divines, exprimée dans son essai Langage et Poésie négro-africaine (1954).
La poésie est donc proche de la prière, elle est identitairement liée aux
forces cosmiques, à l’acte de la création. L’image négro-africaine pénètre les idées,
le sens, exprime un monde moral par la voie de l’analogie, du symbole. L’« image-analogie »
permet de libérer la valeur émotionnelle inhérente au langage. La poésie
de Senghor embrasse de nombreux aspects culturels de son pays d’origine, avec
lequel il exprime une forte solidarité, notamment en s’adressant aux
Tirailleurs sénégalais. Il évoque par ailleurs la nature, la brousse, les
rythmes nocturnes de la terre, les fêtes gymniques des moissons. Dans Nocturnes en 1961, la poésie de Senghor
apparaît moins marquée par les paradigmes de la culture du colonisateur,
l’imagerie européenne, même si jusqu’à présent le poète leur apportait déjà son
rythme différent. Alors que les évocations africaines pouvaient sembler relever
d’un certain exotisme, et non naître d’une jaillissante authenticité, les
versets de Nocturnes ne relèvent pas
du discours ; leur rythme passe avant les images, l’écoute avant la vue.
Les correspondances cosmiques sont d’abord des échos – comme chez les poètes
gymniques de son enfance qui lors des concours de lutte traditionnelle
célèbrent les vainqueurs –, souvenirs de la transe des tam-tams. Les mots
valent d’abord pour leur résonance, leurs qualités instrumentales. Sous cet
aspect, le poète prête une attention particulière aux assonances, aux
allitérations, aux homéotéleutes et autres rimes intérieures pour rendre la
richesse d’une vie grouillante.

À partir
de 1964, Senghor publie plusieurs tomes de sa série Liberté, dont les premiers sont intitulés : Négritude et humanisme et Nation et voie africaine du socialisme (1971),
où l’auteur réunit des essais, des préfaces, des conférences et des articles remontant
à 1945. Il y exprime ce qu’est pour lui la négritude, et l’applique à tous les
aspects de la culture africaine. Selon lui, toute civilisation doit chercher à
s’intégrer dans la civilisation universelle, et à cette fin, Senghor place à
côté de ses considérations plus spécifiquement africaines – il évoque ainsi les
ballets africains, l’université de Dakar, la poésie bantoue – des exposés plus
généraux portant par exemple sur l’Unesco, la latinité, ou Charles de Gaulle sous
lequel il a été ministre conseiller. On retrouve cette même envie de fusion
dans le titre du recueil Éthiopiques,
qui fait référence à un héritage gréco-latin (cf. le roman d’Héliodore, les
recueils d’odes de Pindare), de par sa forme, tout en mettant en avant la
négritude.

Léopold
Sédar Senghor est considéré comme l’un des pères fondateurs de la Francophonie.
Il terminait ainsi son célèbre article pour la revue Esprit, Le Français, langue
de culture
 : « La Francophonie, c’est cet Humanisme intégral, qui
se tisse autour de la terre : cette symbiose des “énergies dormantes” de
tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur
complémentaire. “La France, me disait un délégué du F.LN., c’est vous, c’est
moi : c’est la Culture française”. Renversons la proposition pour être
complets : la Négritude, l’Arabisme, c’est aussi vous, Français de
l’Hexagone. Nos valeurs font battre, maintenant, les livres que vous lisez, la
langue que vous parlez : le français, Soleil qui brille hors de l’Hexagone. »

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