Ethiopiques

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La place du mythe dans le recueil

Dansson recueil, Senghor utilise le mythe d’une manière tridimensionnelle,répondant ainsi aux trois objectifs de l’œuvre : affirmer la force de lanégritude, chanter une Afrique idéalisée et fantasmée, particulièrement àtravers la figure de la femme, et enfin s’en servir comme objet politique pourmettre en lumière les travers et les inégalités entre Occident et Sud.

Toutd’abord, il utilise de nombreuses références à des mythes issus de la traditionafricaine, de son folklore. Il réemploie ces figures emblématiques, propres àproduire des échos en chaque Africain et à émerveiller chaque Occidental, afinde montrer la profondeur de son amour pour l’Afrique. C’est par exemple le cas dela figure du « Kaya-Magan », ou « Roi de l’Or », utiliséedans le recueil pour faire écho à la puissance antique de l’Afrique, au tempsdes empereurs tout-puissants mais qui faisaient également office de sages.Cette figure emblématique rappelle une époque où l’Afrique était encore celledes mythes et du merveilleux, une Afrique qui fascine, attire et subjugue,celle qui fait partie intégrante du royaume d’enfance de Senghor.

Maisle mythe peut aussi être engendré par la propre imagination de l’auteur, quicrée lui-même ses propres figures légendaires. Par exemple, la figure de la « Princessede Belborg » que chérit le poète et qui occupe une place prépondérantedans l’intégralité du recueil est utilisée afin de présenter son idéalamoureux, et rendre hommage à la femme noire en général. Cette invention estentièrement attribuable à l’auteur et personnalise davantage sa poésie en cequ’elle émerge de ses rêves et des merveilles qui habitent son royaume d’enfance.Cette femme aimée, idéalisée à l’extrême, accapare entièrement les sentiments dupoète durant tout le recueil.

Enfin,le mythe est utilisé en tant qu’outil de mise en valeur de l’évolutionpersonnelle de Senghor. En effet, la figure de Chaka, par exemple, existaitdéjà dans l’histoire de l’Afrique : c’est un guerrier de l’ethnie zouloueayant perpétré de nombreuses actions cruelles et sanguinaires au début du XIXesiècle. Le poète se l’approprie et, par un décalage temporel astucieux, le faitdevenir acteur de l’insurrection africaine perpétrée contre les Blancs qu’ilnomme « les possesseurs d’Outre-Mer ».Ainsi, il insère son propre reflet dans ce personnage mythique, comparant unancien combat au sien. Il s’attache ensuite à décrire l’évolution de cepersonnage, avec toujours en parallèle sa propre évolution : au chant II,le sanguinaire Chaka redécouvre les véritables valeurs pour lesquelles il vautla peine de se battre, il oublie sa cruauté et sa facilité à verser le sang etcomprend, dans une prise de conscience régénératrice – « Que du tam-tam surgisse le soleil du mondenouveau » que nulle actionpolitique n’égale la lutte pour l’amour, pour l’innocence et surtout, pourl’acte de poésie, car c’est celui-ci qui constitue avant tout la liberté d’unhomme.

Ainsi, Senghor utilise lafigure mythique pour mettre en avant son propre parcours et son désir dechanter une Afrique qu’il aime. L’idéalisation de la femme aimée, à travers lacréation de la figure de la princesse de Belborg, qu’une mer sépare de lui, aune dimension plus universelle que l’évocation d’un simple couple, et cenouveau mythe lance un appel à l’amour commun par-delà les frontières, par-delàla Méditerranée.

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