Etoile Errante

par

Résumé

Hélène

 

Été 1943, à Saint-Martin-Vésubie, village aupied des montagnes proche de la frontière italienne, dans les Alpes-Maritimes.La localité est occupée par les troupes italiennes, et la population surveilléepar les carabiniers. C’est là qu’ont été rassemblées des familles juives venuesde toute l’Europe, traditionalistes, joailliers rêvant à leur anciennesplendeur, musiciens, ou modestes réfugiés comme la famille d’Esther. Son pèreétait professeur à Nice, et occupe maintenant son temps à des activités clandestines,aidant les maquisards traqués et participant à une filière d’évasion versJérusalem. La discrétion est son mot d’ordre, c’est pourquoi Esther est appeléeHélène dans tout le village : les autres doivent ignorer que la familleest juive. Son père l’a surnommée Estrellita, sa petite étoile. La vieest certes un peu amère mais aussi assez douce, sous la surveillance indolenteet dénuée d’antisémitisme des carabiniers.

Esther est une jeune adolescente, elle voits’écouler la vie comme l’eau qui dévale bruyamment les rues du village lors desorages d’été. Deux jeunes garçons arrêtent ses pensées. Il y a Gasparini,robuste paysan qui courtise gauchement la jeune fille. Il est chez lui à Saint-Martinet connaît tout des événements du temps, du moins le croit-il : il ne faitque répéter les avis lapidaires de son père. Et il y a Tristan O’Rourke,réfugié qui loge avec sa mère, belle femme aux robes élégantes qui nourrit sonfils en vendant ses pauvres bijoux. Le frêle garçon contemple Esther comme untrésor lointain, et se mêle peu aux autres jeunes gens. Les jours d’Esther separtagent entre les leçons de piano de M. Ferne – avant que les soldatsitaliens ne lui volent son instrument –, les jeux avec les autres filles,l’école de M. Seligman, et les étranges soirées qui voient, à la nuittombée, des hommes frapper discrètement à la porte de la maison : ils sontjeunes, ils se battent contre les Allemands et les soldats italiens, ils sont juifsou italiens eux-mêmes, comme le jeune et beau berger Mario, qui lui a montrécomment charmer les vipères en sifflant, et qui va mourir en transportant desexplosifs. Esther espère un départ vers la terre promise : un homme au nommagique, Angelo Donati, va affréter un navire qui cinglera vers la liberté etla Ville Sainte. Enfin, Esther a une grande affection pour Rachel, qui estdevenue la maîtresse du capitaine Mondoloni. Celle-là, a dit Gasparini, on luicoupera les cheveux à la fin de la guerre, pour lui apprendre.

Le soir du 8 septembre arrive lanouvelle : l’Italie a capitulé. Les soldats italiens plient bagages, alorsles Allemands vont arriver, et avec ceux-là, ce sera terrible : il ferontpartir tous les Juifs, les emmèneront on ne sait où. Les familles juives serassemblent sur la place du village et prennent le chemin de l’Italie, àtravers la montagne. La route est longue et rude, il pleut, la mère d’Estherdoit la pousser à marcher sans trêve. Pour Esther, l’arrivée au sommet du colqui ouvre la porte de l’Italie est gâchée par l’absence de son père, parti on nesait où afin d’aider les réseaux d’évasion.

Début 1944, Esther et sa mère sont installéesà Festiona, un petit village. Réfugiées dans une pension de famille, ellesmènent une vie discrète après avoir échappé au pire. En effet, les Allemandsattendaient les fuyards à l’entrée de Borgo San Dalmazzo : ils les ontfait grimper dans des wagons à bestiaux, le train a pris le chemin de lafrontière, est remonté vers Drancy, puis ce fut l’inconnu, un camp à l’est. Letemps s’écoule tristement pour Esther : son père lui manque, sa mèrevieillit si vite…

 

Esther

 

Le récit reprend en décembre 1947, et Estheren est la narratrice. Elle a dix-sept ans, son père n’est jamais revenu.Quelques mois d’errance entre l’Italie et Paris l’amènent à Marseille, ultimeétape avant le bateau qui doit les emmener, elle, sa mère et tout un groupe deJuifs rescapés de la tragédie, vers Jérusalem, la terre promise par son père.Dans la calanque d’Alon toute proche, Esther attend le Sette Fratelli,nom magique du navire qui doit les emmener au bout de l’horizon. Esther scrutela mer et songe à D…, dont le père, communiste, n’aimait pas parler, et dontmême les sages religieux n’ont pas le droit de dire ou d’écrire le nom. D…est de plus en plus présent en elle, et c’est une joie quasi religieuse qu’elleressent quand elle embarque enfin sur le navire tant attendu. Hélas, à peineau-delà de Port-Cros, une vedette de la douane arraisonne le bateau et lesréfugiés sont ramenés à la côte, puis parqués à Toulon. C’est l’attente,encore, et Esther écoute Reb Joël lire le Livre du Commencement, dans cettelangue plus psalmodiée qu’elle n’est parlée, et que parleront ceux qui vonthabiter la nouvelle Jérusalem. Enivrée, elle écoute, assise à côté de JacquesBerger, qui lui traduit les paroles saintes.

Le bateau reprend la mer, et après unehasardeuse traversée où l’on doit échapper aux navires anglais qui bloquentl’accès aux côtes, on atteint le rivage promis : Israël. Cette fois, c’estdans la joie que l’on attend les camions qui vont emmener les arrivants versJérusalem, malgré les bruits de guerre : les Anglais et les Arabes neveulent pas d’eux ici. Quand les Anglais quittent la Palestine, la routes’ouvre vers Jérusalem, et on monte dans les camions. C’est une nuit, lorsd’une halte, que le convoi croise la colonne misérable de réfugiés quicheminent chargés de leur pauvre paquetage : des Arabes. Esther marchevers eux, une silhouette s’en détache : une jeune fille, comme elle, quiserre contre elle un cahier. Les deux filles se font face, l’Arabe écrit sonnom, Nejma, sur le cahier, qu’elle tend à la Juive, qui fait de même. PuisNejma reprend la route.

 

Nejma

 

Nejma est la nouvelle narratrice. Elle vivaitpaisiblement dans un beau port de pêche quand son père a dû partir pour laguerre : on voulait chasser les Arabes de leur terre. Le père a été tué,et on a bouté Nejma et les siens hors de chez eux. Après une longue route, ilssont arrivés à Nour Chams, en cet été 1948. C’est un camp qui grandit avecl’afflux de nouveaux réfugiés venus de toute la Palestine. La vie y est dure,puis elle devient misérable ; les puits sont progressivement taris, lesvieillards sont les premiers à mourir, avec les chiens assoiffés. Nejma saitécrire, et consigne le quotidien de leur calvaire dans son cahier : surcette colline désolée, on ne peut rien cultiver, mais seulement attendre lescamions de l’ONU qui apportent une maigre subsistance. Elle survit, jeune filleau corps de vieille femme, auprès de sa mère, d’Aamma Houriya qu’elle considèrecomme sa tante et qui raconte aux enfant et aux grands de belles histoirespleines de démons bienveillants – les Djinns – qui vivaient avec les hommesdans un pays où l’eau fraîche coulait à flot et les fruits poussaient partout.Un jour arrive Roumiya, belle jeune veuve enceinte qu’Aamma Houriya prend soussa protection.

Vivre à Nour Chams, c’est la mort lente. Lesnouveaux réfugiés apportent de terribles nouvelles : partout les Arabessont chassés de leurs maisons, de leurs échoppes, de leurs champs, et sontparqués dans des camps. Un seul espoir : la guerre, se battre contre ceuxqui les ont spoliés et leur ont volé leur dignité. Et il y a aussi la prière,la foi en Allah qui rendra justice à ses enfants. C’est ce que croit Saadi,jeune garçon qui veut emmener Nejma loin de l’enfer de Nour Chams. C’est dansle vallon où les réfugiés vont faire leurs besoins que Roumiya met au monde unefillette, Loula. Peu de temps après, une épidémie de peste se répand dans lecamp et décime la population. Aamma Houriya pousse Nejma à fuir ce lieu mauditoù les Arabes vont tous mourir. Elle prend la route avec Saadi, emmenant Lounaavec eux. Le couple et le bambin traversent un pays en guerre, se cachant dessoldats, des chars, des camions. Ils manquent mourir de soif et de faim au coursde ce calvaire qui les emmène à la frontière avec la Jordanie, qu’ilsfranchissent pour atteindre un nouveau camp de réfugiés.

 

L’enfantdu soleil

 

Au kibboutz de Ramat Yohanan, Esther mène unevie laborieuse et heureuse. Sous le soleil, elle prend part aux durs travauxagricoles. Elle a une amie, Nora, jeune fille dont la famille a été enlevée parla Milice pendant la guerre, et qui a passé des mois cachée au fond d’une cave.Elle en est ressortie un peu folle, et Esther l’aide à supporter l’absence dessiens. Elle s’est fiancée à Jacques Berger, qui se bat aujourd’hui à lafrontière de leur nouvel État attaqué de toutes parts. Quand la guerre serafinie, ils partiront pour le Canada et deviendront médecins. Quand Jacquesrevient en permission, le couple se retrouve en de longues et tendresétreintes, dont Esther porte bientôt le fruit : un enfant. Mais c’est lamort qui frappe encore quand Jacques est tué au combat, avant même la naissancede son fils Michel, le morceau de soleil, qui va illuminer et réchaufferEsther.

C’est à Montréal qu’Esther reprend son récit,en 1966. Elle et son petit Michel ont émigré, elle a tenu la promesse queJacques et elle avaient faite : elle est devenue médecin. C’est à l’aubede l’adolescence de son fils qu’Esther décide de retourner en Israël, sa terre,son pays. Elle y retrouvera les siens, sa mère, et se rapprochera de cellequ’elle considère comme sa sœur, bien qu’elle ne l’ait rencontrée qu’unefois : Nejma, la fille croisée un instant au bord de la poussiéreuse routede Siloé, elle aussi ballottée par la guerre et la vie. Sa famille est là-bas,sa vie est là-bas.

 

Elizabeth

 

Quand Elizabeth, la mère d’Esther, décide deretourner en France, elle sait qu’elle est atteinte d’un mal qui la tuera. Defait, à l’été 1982, Esther est revenue à Nice pour accompagner Elizabeth dansson agonie. La vieille femme est revenue au pays où elle a tant souffert pourreposer là où est mort son mari, fauché avec les réfugiés qu’il aidait à fuirpar les rafales des SS. Après la cérémonie de la crémation, Esther marche dansNice, l’urne contenant les cendres d’Elizabeth avec elle. Puis ses pas laconduisent vers Saint-Martin, où tout est aujourd’hui riant et paisible, où lestraces de sa souffrance se sont estompées. Dans son âme résonnent les voix decelles et ceux qu’elle aime et a aimés, tandis qu’elle contemple le lieu où sonpère est mort, où les SS ont abandonné son cadavre. C’est dans la Méditerranéequ’Esther répand les cendres d’Elizabeth, murée dans une solitude que la vie abâtie autour d’elle, étoile errante comme Nejma.

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