Eugénie Grandet

par

L'argent et l'avarice

L’argent et le rapport des personnages àl’argent forment les rouages principaux de ce roman. Le contexte historique duroman, pendant la Restauration, voit la montée de la bourgeoisie qui s’estenrichie avec le développement de l’industrie. L’argent et le désir d’argent sontau cœur de toutes les actions des personnages, c’est le moteur du récit.

    Lepère Grandet ne vit que pour l’argent : sa principale préoccupation estd’amasser de l’or et d’économiser le plus possible. Son avarice est quasimentpathologique, puisque même immensément riche, à la tête d’une fortune de dix-septmillions, il se refuse tout confort et toute dépense qu’il considère commefutile : il paraît « économiser tout, même le mouvement ». Chezlui, l’amour de l’argent prend le pas sur toute autre considération et il nevoit les autres que par le filtre déformant de l’intérêt, n’hésitant pas àignorer ou même mépriser sa propre famille. Ainsi, il n’a aucune considérationpour son propre neveu désargenté, même si celui-ci vient de perdre son père. Ilne voit en sa fille qu’une héritière et un moyen de perpétuer sa fortune. Iln’hésite pas à la traiter de manière cruelle quand il découvre qu’elle nepossède plus les pièces qu’il lui avait données, ne se réconciliant avec elleque pour éviter qu’elle ne réclame sa part de l’héritage de sa défunte mère. Lepère Grandet est l’incarnation même de l’avarice, ne vivant que pour amasser etne profitant pas de sa fortune.

    CharlesGrandet subit lui aussi l’influence de l’argent. Bien qu’au début du roman,totalement ruiné et sans ressources, il ressente un amour sincère pour sacousine, l’argent va changer sa nature profonde et le corrompre. Il trahitainsi tous les serments qu’il avait faits à sa cousine, renie sa promesse del’épouser une fois sa fortune faite en se mariant avec une femme pour laquelleil ne ressent rien, mais qui lui apporte de la richesse et un statut social. Satransformation est l’illustration du pouvoir que peut avoir l’appât du gain surles hommes. Balzac brosse avec Charles le portrait de l’homme qui trahit saparole et son honneur pour faire fortune.

    EugénieGrandet est la seule dont la nature profonde ne soit pas changée par l’argent.Jeune fille naïve et ignorante, au début du roman, elle n’hésite pas à fairedon de toute sa fortune par amour. Sous la direction de son père, elle apprendà se soucier de l’argent et à le gérer. Mais ceci ne produira pas le changementobservé chez Charles. En effet, immensément riche et libre avec son héritage etla mort de son mari, si elle vit humblement comme le faisait son père, ce n’estpas par avarice mais par habitude. Son souci n’est pas d’économiser nid’accroître sa fortune puisqu’elle en fait don à des œuvres de bienfaisance.

    LesCruchot et les Grassins, enclins eux aussi à l’avarice, le sont cependant à undegré moindre que le père Grandet. Ils ne rechignent pas à dépenser de l’argentsi c’est pour parvenir à un but supérieur. Leur motivation reste toutefoisl’enrichissement, puisque la seule raison pour laquelle ils supportent lesexigences du père Grandet est l’espoir de capter sa fortune en mariant leurfils avec Eugénie. Ils sont serviles par intérêt et malgré une façade aimable,ils méprisent les Grandet. Ce sont les Cruchot qui parviendront à leurs fins enmariant Eugénie à la mort de son père.

    Dansce roman, Balzac peint le portrait du milieu étriqué de la bourgeoisieprovinciale qui n’a pour centre d’intérêt et horizon que leur fortune. Ilprésente plusieurs types de caractères, différents dans leurs rapports àl’argent. L’avarice est graduelle : l’extrême est incarné par le pèreGrandet, les Cruchot et les Grassins représentent les bourgeois typiques, lecousin Charles montre le pouvoir de corruption de l’argent, alors qu’Eugénieest le seul personnage positif, que n’a pas altéré dans son essence l’attraitde la fortune. 

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